Né le 18 juillet 1898 à Marseille (Bouches-du-Rhône), fusillé le 18 juillet 1944 à Signes (Var) ; secrétaire fédéral de la fédération SFIO des Basses-Alpes ; conseiller général socialiste SFIO des Basses-Alpes ; responsable de divers organismes coopératifs agricoles des Basses-Alpes ; chef départemental du mouvement Combat, puis des Mouvements unis de la Résistance (MUR) et du Mouvement de libération nationale (MLN), président du Comité départemental de Libération (CDL) des Basses-Alpes.

Paul Martin-Bret
Source : CDIHP, Le Mémorial de la Résistance et des combats de la Seconde Guerre mondiale dans les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), Digne, 1992.
Manosque, monument à la Résistance bas-alpine
Manosque, cimetière, tombe Louis Martin-Bret
Originaire de Marseille, venu s’installer comme agriculteur à Manosque (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) peu après la Première Guerre mondiale, Louis Martin-Bret est la personnalité la plus marquante de la Résistance bas-alpine non communiste. Il en a été « l’âme ». Bret était le nom de sa mère, Virginie Bret, auquel il accola celui de son père, Martin, celui-ci n’ayant pu le reconnaître.
Engagé volontaire le 16 décembre 1916, à dix-huit ans, alors qu’il était lycéen, il fut incorporé au 246e Régiment d’infanterie le 18 avril 1917, puis, le 16 octobre1918, au 411e Régiment d’Infanterie. Il fut cité à l’ordre du régiment le 1er novembre 1918 : « Bon soldat, animé des plus belles qualités guerrières, pendant les attaques des 17 et 18 octobre 1918, a fait preuve de beaucoup de bravoure et de sang froid dans les combats où il s’est trouvé engagé ». Il fut décoré de la Croix de guerre et fut démobilisé en avril 1920 avec le grade de sergent-chef. À sa démobilisation, passionné d’agriculture et de politique, il préféra rejoindre son père à Manosque. Après avoir suivi une formation à l’école d’agriculture, il devint chef d’exploitation à Manosque (ferme du Petit-Valgas) et se maria. Ses engagements furent politiques et professionnels. Il militait au Parti socialiste SFIO. Il fut élu secrétaire fédéral adjoint au congrès fédéral de Malijaï (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) du 27 février 1927. En octobre, il devint secrétaire fédéral et fut réélu au congrès fédéral d’Oraison (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) du 23 septembre 1934. Il fut l’un des artisans du mouvement antifasciste dans le département. Il était à la tribune, le 12 février 1934, lors du rassemblement bas-alpin organisé à Digne (préfecture des Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) en réaction à la manifestation parisienne du 6 et il rappela à cette occasion le souvenir de l’insurrection républicaine de 1851. Membre du conseil national de la SFIO, il fut élu conseiller général du canton de Manosque en 1937. De tendance paulfauriste, il manifesta sa méfiance à l’égard des communistes, comme son camarade Marcel André, au congrès fédéral de mai 1939. Parallèlement, il militait dans les organisations agricoles, devint secrétaire de la Chambre d’agriculture, puis président de la caisse régionale de Crédit Agricole des Basses-Alpes en 1939. Favorable à l’Office du blé, il fut l’initiateur de la Coopérative départementale des silos des Basses-Alpes et de la Coopérative des producteurs de Manosque dont il avait été l’un des fondateurs.
Il fut démis de ses mandats politiques et professionnels par le régime de Vichy, y compris de ses fonctions de syndic du canal de Manosque, comme la presse l’annonça le 22 novembre 1940. L’un des prétextes à cette déchéance furent les poursuites engagées contre lui par le Comité départemental des prix, le 31 octobre 1940, pour hausse illicite, mais, en fait, il était signalé par le préfet pour son « hostilité certaine envers le pouvoir « et son « influence dangereuse dans les milieux agricoles ». Le préfet le fit démissionner d’office de son mandat d’administrateur de la caisse de Crédit Agricole sous divers prétextes. D’après le procureur de la République, les élections de 1937 auraient été frauduleuses. Martin-Bret avait pris la défense de Jean Crémieux, polytechnicien, ingénieur agronome, directeur des coopératives de Manosque, dénoncé par un minotier et destitué. D’autre part, un inspecteur des finances avait relevé des irrégularités de gestion de la caisse de Crédit Agricole sous sa présidence. Le préfet fit remplacer le conseil d’administration par un conseil de gestion nommé et composé de « Blancs » favorables au régime. Malgré tout, bien que gaulliste et anglophile d’emblée, Louis Martin-Bret estima qu’il fallait « noyauter » la Légion française des combattants et y adhéra un temps.
Il fut le principal animateur de la Résistance dans les Basses-Alpes, d’abord en tant que socialiste, en contact, dès l’été 1940, avec Félix Gouin, à Marseille, puis, par l’intermédiaire des résistants socialistes aixois (Henri Malacrida, Max Juvénal) avec lesquels le contact fut noué en 1941, comme fondateur du mouvement Combat dans le département en 1942. En contact avec Henri Aubry et Maurice Chevance (Bertin), adjoints d’Henri Frenay et responsables du mouvement dans la région, il adhéra « officiellement » à Combat en juin 1942. Organisant les divers services du mouvement clandestin, prenant des contacts avec les départements voisins (Vaucluse, Hautes-Alpes, Bouches-du-Rhône, Var), il fit de Manosque le centre de la Résistance bas-alpine. Grâce à lui, le numéro 36 du journal Combat fut imprimé à Manosque à 30 000 exemplaires.
Maurice Chevance (Bertin), chef régional de Combat, a pu écrire : « Les Basses-Alpes, ce n’était pas un département, c’était un homme. C’était Martin-Bret Il était à la fois le souffle, l’âme, le moteur et l’outil. » Il n’hésita pas à participer à l’« action immédiate » avec Jean Vial et Gabriel Besson. À Digne, il fit déposer des explosifs (reçus à Marseille en septembre 1942) devant les locaux de l’Office de placement allemand et de l’hebdomadaire L’Éclaireur dans la nuit du 11 au 12 novembre 1942, et, peu après, à Manosque, dans la nuit du 11 au 12 janvier 1943, devant le domicile de Jean Giono – qu’il connaissait bien – à titre d’avertissement, ce qui lui valut d’être perquisitionné.
Avec le pseudonyme de Michel, il devint le responsable des MUR pour les Basses et les Hautes-Alpes, au début de 1943, sous les ordres du chef régional Chevance (Bertin). Les MUR étant décapités au printemps 1943 par la répression allemande, il cacha Chevance (Bertin), blessé, après son évasion à Marseille, d’abord chez lui, puis à Mison (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence).
Participant au camouflage des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) et à l’organisation des premiers maquis grâce à ses appuis dans le milieu agricole, il mit la Coopérative des producteurs de Manosque et ses camions au service de la Résistance, ainsi que les silos à blé dont le directeur était son ami Roger Chaudon. Il hébergea des réfractaires d’abord dans sa propriété, puis à Banon (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Sa ferme servit de dépôt pour les armes que Louis Picoche, responsable du Service maquis dans le Var, avait récupérées à Hyères (Var) lors de la dissolution de l’armée d’armistice et qu’il lui avait livrées. Il fut arrêté avec Henri Masi, responsable régional du Service maquis, le 10 juin 1943, par les occupants italiens à la demande de la police allemande de Marseille, qui l’avait identifié. Son nom apparaît en effet au numéro 39 dans le rapport « Flora » où Ernst Dunker (Delage), pivot du service IV de la Sipo-SD de Marseille, faisait le bilan de la vague d’arrestations du printemps 1943. Enfermés à Manosque, ils parvinrent à s’échapper le lendemain et furent cachés dans diverses localités des Basses-Alpes, d’abord par le maire de Villeneuve, Aimé Aillaud, puis à Saint-Maime, au Revest-des-Brousses, ensuite dans le Vaucluse, à Sault, et enfin à Seyne-les-Alpes (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Son épouse fut arrêtée le lendemain de son évasion et sa maison fut pillée.
Il faut noter que la justice française engagea des poursuites contre lui pour détention d’explosifs, dépôt d’armes, complot contre la sûreté extérieure de l’État, infraction sur la loi sur le STO, détention et distribution d’imprimés d’inspiration étrangère. Ce dossier fut transmis à la Section spéciale d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) le 5 janvier 1944. Une autre instruction était ouverte contre lui et Gabriel Noël pour dépôt d’engins explosifs dans la nuit du 11 au 12 novembre 1942.
Passé dans la clandestinité, il continua à tout diriger. Durant l’été 1943, la direction du service national maquis prit contact avec lui pour créer une école des cadres dans le département (ce qui fut fait dans le secteur de Barrême). Il continua à créer des maquis dans le département (Banon, Barrême, etc.), sa ferme servant d’étape pour certains. Il faisait également chercher des terrains de parachutage. Tout en gardant ses réserves à leur égard, il rechercha le contact avec les communistes à l’été 1943, mais en vain. Ce n’est qu’après la création du CDL, qu’il présidait, en mai 1944, qu’il put l’obtenir après une réunion à Oraison.
Auparavant, au début de 1944, il avait patronné la mise en place d’un état-major commun Armée secrète (AS)-Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). Des réunions préparatoires ORA-MUR avaient eu lieu en décembre 1943. Louis Martin-Bret y participait avec son adjoint, Marcel André, et François Cuzin pour les MUR-AS, et, pour l’ORA, les capitaines Jacques Lécuyer (Sapin), chef régional, et François-Xavier Chaumont. Ce rapprochement préfigurait la création d’un état-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Réfugié à Aix-en-Provence, Martin-Bret participa avec Paul Héraud au sabotage de l’usine d’alumine de Gardanne (Bouches-du-Rhône) dans la nuit du 4 au 5 mars 1944 par les Groupes francs de la région.
Au mois de mai suivant, le chef de la mission interalliée « Michel », le capitaine Henri Chanay, prit contact avec Martin-Bret pour connaître ses besoins en armes, munitions et matériel et préparer la mobilisation prévue au jour J, avec promesse de parachutages sur les centres de ralliement de la Résistance. Il est à noter que Martin-Bret aurait voulu que le CDL contrôle les FFI.
Au 6 juin, Martin-Bret, conformément aux ordres reçus, mit en place les plans d’action. Il fit occuper Manosque. Mais, dès le 8 juin, en l’absence du débarquement prévu en Méditerranée, sans doute mis en garde par Max Juvénal (Maxence), chef régional MLN, qui était hostile à toute action intempestive, mécontent de la tournure des événements, il prit ses distances vis-à-vis de l’action engagée. D’après le capitaine Chaumont, il aurait été furieux de l’attitude de l’ORA, n’étant pas averti du déclenchement des opérations, ni de l’emplacement du PC choisi par le capitaine Lécuyer (Sapin) pour les diriger, alors qu’il se trouvait dans le département, à Barcelonnette. Louis Martin-Bret s’aligna sur les positions de Max Juvénal et de Robert Rossi (Levallois), chef régional FFI, qui firent condamner Lécuyer (Sapin) par la direction nationale du MLN. Les réunions du CDL au début juillet furent orageuses. Martin-Bret accusa l’ORA de saboter la Résistance en ayant déclenché l’insurrection trop tôt et en ayant pris son indépendance. Il fit remplacer le chef départemental FFI issu de l’ORA par le chef départemental AS. Le 15 juillet, Martin-Bret se plaignit de n’avoir plus d’argent alors que les groupes de l’ORA (soutenus aussi par le réseau britannique Jockey du Special Operations Executive) en avaient
Louis Martin-Bret fut arrêté avec les autres membres du CDL des Basses-Alpes à Oraison, le 16 juillet 1944, par l’armée allemande et ses auxiliaires de la 8e compagnie Brandebourg. Remis à la Sipo-SD, sans doute torturé, emprisonné aux Baumettes à Marseille, il a été fusillé avec vingt-huit autres résistants, dont ses camarades du CDL, après un jugement sommaire sur place, le 18 juillet, au fond d’un vallon isolé, dans les bois de Signes. D’après Ernst Dunker, le jugement aurait été prononcé par la cour martiale de la 244e Division d’infanterie. Les corps furent exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés », devenu nécropole nationale en 1996.
Un monument fut érigé à Oraison en souvenir des arrestations du 16 juillet 1944. Mais des hommages particuliers ont été rendus à Louis Martin-Bret, héros emblématique de la résistance départementale. À Manosque, son effigie se trouve au centre du grand monument consacré à la Résistance bas-alpine et son nom a été donné à l’important lycée des métiers, ainsi qu’à un boulevard ; une plaque a été apposée sur sa ferme La Clémente (Manosque, route d’Apt) « berceau de la Résistance bas-alpine où le général de Gaulle a séjourné du 22 au 23 mars 1950 alors qu’il était venu rendre hommage à Louis Martin-Bret, héros légendaire et martyr de la Libération ». Un timbre à son effigie a été édité en 1959 dans l’une des séries consacrées aux « Héros de la Résistance ».
Son épouse se présenta sur la liste socialiste aux élections municipales de 1945 et devint conseillère municipale de Manosque.
Louis Martin-Bret a été décoré de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Résistance à titre posthume.
Sources

SOURCES : SHD 13P53, Journal de marche du commandant Chaumont. – Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983. – Mémorial de la Résistance et des combats de la Seconde Guerre Mondiale dans les Basses-Alpes, Digne, secrétariat aux Anciens Combattants–CDIHP, 1992. – Jean Vial, Un de l’Armée secrète Bas-alpine. Souvenirs d’un résistant, Marseille, imprimerie Villard, 1947 (ouvrage dédicacé à son « illustre Chef et ami vénéré Louis Martin-Bret »). ⎯ registre des matricules militaires. 

Thérèse Dumont, Jean-Marie Guillon

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