Né le 3 juillet 1906 à Châtellerault (Vienne), fusillé le 19 juin 1943 sur le champ de tir de Biard près de Poitiers (Vienne) ; ajusteur à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault ; résistant, membre des FTPF.

Ajusteur à la Manufacture nationale de Châtellerault, Jean Chiquet, marié, appartint à l’Organisation spéciale (OS) puis aux FTPF de Châtellerault du 15 octobre au 16 décembre 1942. La Manufacture nationale de Châtellerault, placée sous une double direction franco-allemande et contrainte de produire pour la machine de guerre allemande, abrita le premier embryon de résistance châtelleraudaise. C’est une minorité, au maximum quarante employés, surtout des jeunes communistes et sympathisants, dont quelques femmes, qui s’engagèrent contre l’occupant à l’automne 1940. Si l’information clandestine constitua leur activité première, ils effectuèrent aussi des sabotages, des collectes de fonds pour les familles d’internés, sans oublier les actes de résistance passive à portée d’un nombre plus conséquent d’ouvriers. La grande manifestation du 26 novembre 1942 est un exemple significatif. Face aux réquisitions de main-d’œuvre toujours plus pressantes pour aller travailler en Allemagne, la fronde monta à la « Manu ». Jean Chiquet, un des meneurs de la grève avec Fernand Marit et Eugène Roux, mobilisa les ouvriers de l’atelier 39. Ce 26 novembre 1942, 80 % des ouvriers de la « Manu » débrayèrent. Réunis à l’extérieur, ils entonnèrent « La Marseillaise ». Éliane Devergne, usineuse à la plaque à l’atelier 39 se souvient : « Profitant de la cohue à l’affichage des listes, l’un d’entre nous coupe le courant. C’est le signal. Dans chaque travée, un ou deux camarades entraînent les ouvriers vers la sortie. [...] C’est formidable. [...] Nous sommes près de 2 500 dans la cour. [...] De toutes les poitrines une vibrante ``Marseillaise’’ » résonne. Nous sommes devant les bureaux de la direction française et allemande. On nous y attend armé et menaçant. [...] Nous parlementons. [...] Nous donnons l’ordre de dispersion [...]. La liste suivante de requis fut réduite de trente noms. »
Les sources divergent sur les circonstances de son arrestation. Certaines affirment qu’il fut arrêté le 18 décembre 1942 avec treize autres personnes suite à la grève du 26 novembre 1942 à la Manufacture nationale ; d’autres le mentionnent comme arrêté à Poitiers le 17 juin 1943 avec Pierre Tavernier, Eugène Roux, Robert Gaillard et Roger Aubugeau au cours d’une mission pour récupérer des tracts. Il fut interné jusqu’à son exécution à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers (Vienne).
Condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Poitiers (FK 677) le 16 juin 1943, il a été fusillé sur le champ de tir de Biard le 19 juin 1943 avec quatre autres camarades – Pierre Tavernier, Eugène Roux, Robert Gaillard et Roger Aubugeau. Fait exceptionnel, les autorités d’occupation diffusèrent dans la presse locale l’avis d’exécution de ces hommes.
Son corps, avec celui de ses sept camarades de la Manu fusillés sur le champ de tir de Biard, fut rapatrié dans le carré des fusillés dans le cimetière de Châteauneuf à Châtellerault par la section du Parti communiste le 10 novembre 1944. Le 30 novembre 1944 furent célébrées des funérailles officielles.
Son nom est inscrit sur le monument érigé à la mémoire des 128 fusillés sur le champ de tir de Biard, inauguré le 8 mai 1949, et sur le monument des martyrs de la Résistance à Châtellerault.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Vienne, 1921W4. – Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, La Crèche, Geste Éd., 2005. – Au nom de la Résistance, hommage aux 128 fusillés, coll. Centre régional « Résistance & Liberté » et MIMC Office national des anciens combattants Vienne, Poitiers, 2013.

Virginie Daudin

Version imprimable