Né le 13 novembre 1900 à Châtellerault (Vienne), fusillé le 19 juin 1943 sur le champ de tir de Biard près de Poitiers (Vienne) ; ajusteur à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault ; résistant de l’Organisation spéciale (OS) et FTPF.

Né d’un père armurier Auguste Gaillard et d’une mère couturière Marie Valentine Bregeau, Robert Gaillard s’engagea volontairement dans l’armée en septembre 1918, il n’avait pas encore dix-huit ans. De retour à la vie civile en 1922, il se maria le 6 août 1924 à Châtellerault avec Thérèse Potet, le couple eut un enfant. En août 1939, il s’installa à Naintré, à La Montée rouge. Il travaillait comme ajusteur à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault, classé affecté spécial au titre de son travail en septembre 1939.
La Manufacture nationale de Châtellerault, placée sous une double direction franco-allemande et contrainte de produire pour la machine de guerre allemande, abrita le premier embryon de résistance châtelleraudaise. Dès l’automne 1940, une minorité d’employés – environ une quarantaine – dont Robert Gaillard s’engagèrent contre l’occupant. Si l’information clandestine constitua leur activité première, ils effectuèrent aussi des sabotages, des collectes de fonds pour les familles d’internés, sans oublier les actes de résistance passive à portée d’un nombre plus conséquent d’ouvriers. Robert Gaillard était responsable technique des FTPF de Châtellerault à partir de 1941. Il fut un des acteurs de la grève du 26 novembre 1942. Face aux réquisitions de main-d’œuvre toujours plus pressantes pour aller travailler en Allemagne, la fronde monta à la « Manu ». Ce 26 novembre 1942, 80 % des ouvriers de la « Manu » débrayèrent. Réunis à l’extérieur, ils entonnèrent la « Marseillaise ». Éliane Devergne, usineuse à la plaque à l’atelier 39, se souvient : « Profitant de la cohue à l’affichage des listes, l’un d’entre nous coupe le courant. C’est le signal. Dans chaque travée, un ou deux camarades entraînent les ouvriers vers la sortie. [...] C’est formidable [...] Nous sommes près de 2 500 dans la cour [...] De toutes les poitrines une vibrante ``Marseillaise’’ résonne. Nous sommes devant les bureaux de la direction française et allemande. On nous y attend armé et menaçant. [...] Nous parlementons [...] Nous donnons l’ordre de dispersion [...]. La liste suivante de requis fut réduite de trente noms. »
Robert Gaillard participa à de nombreuses actions de sabotage sur la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux dans le secteur de Châtellerault.
Arrêté le 17 février 1943 par la Gestapo avec Roger Aubugeau alors qu’ils travaillaient à la « Manu », ils furent incarcérés à la prison de la Pierre-Levée (Poitiers, Vienne) jusqu’à leur exécution. Dans sa cellule, après l’annonce du verdict, Robert Gaillard rédigea sa dernière lettre, adressée à sa femme.
Condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Poitiers (FK 677) le 16 juin 1943, il a été fusillé sur le champ de tir de Biard le 19 juin 1943 avec quatre autres camarades, Pierre Tavernier, Eugène Roux, Jean Chiquet et Roger Aubugeau. Fait exceptionnel, les autorités d’occupation diffusèrent dans la presse locale l’avis d’exécution de ces hommes. Il fut inhumé avec Pierre Tavernier dans le cimetière de Buxerolles (Vienne).
Son nom est inscrit sur le monument érigé à la mémoire des 128 fusillés sur le champ de tir de Biard, inauguré le 8 mai 1949, sur le monument des martyrs de la Résistance à Châtellerault et sur le monument aux morts de Naintré. Une rue porte son nom à Châtellerault.
Dans sa dernière lettre, Robert Gaillard écrivait :
« La Pierre-Levée, le 16 juin 1943. Ma chère Thérèse, mon cher enfant, Ici, il te faudra du courage, beaucoup de courage. L’on vient de me juger. Drôle de jugement qui est une exécution. Nous sommes condamnés à mort, Aubugeau, Chiquet, Tavernier, Roux et moi. J’ai du courage, mais toi il faudra en avoir davantage pour élever Jean dans le droit chemin. [...] Que mon frère t’aide, il le peut, écris-lui... Tu te feras remettre mes affaires. Toi qui es la seule chose que j’aurais connue de bon dans cette vie, je t’aimais comme tu ne peux pas l’imaginer. Je te regrette ainsi que mon fils Jean. Tu es jeune ; si tu veux refaire ta vie n’hésite pas. Dis à Georges de Tours tout ce qui s’est passé, il t’aidera de ses conseils. Élève Jean comme il doit être élevé. Quant à toi mon cher Jean, aime ta mère plus que jamais. Souviens-toi ne l’abandonne jamais. Adieu mes chers êtres adorés, puisse l’avenir vous sourire, pensez à moi quelques fois et je pourrai mourir tranquille. »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Vienne, 1921W4. – Marie-Claude Albert, Châtellerault sous l’Occupation, La Crèche, Geste Éd., 2005. – Au nom de la Résistance, hommage aux 128 fusillés, coll. Centre régional « Résistance & Liberté » et MIMC Office national des anciens combattants Vienne, Poitiers, 2013. – Site Internet Vienne Résistance Internement Déportation, Arch. FNDIRP 86. — Memorial Genweb.

Virginie Daudin

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