Né le 3 novembre 1911 à Avignon (Vaucluse), fusillé le 18 juillet 1944 à Signes (Var) ; médecin ; responsable de secteur du réseau Jockey du Special operations executive (SOE) dans les Basses-Alpes.

Gastro-entérologue à Avignon, place Crillon, Léon Dulcy appartenait à la bonne société de la région, par ses origines et ses relations, familiales ou amicales. Il était marié avec Adrienne Plauzolles, elle-même docteur en pharmacie et sa collaboratrice, apparentée au bâtonnier Ferdinand Bec, maire d’Avignon entre 1919 et 1925. Son père était médecin, dermatologue et pharmacien, dans le village de Sablet (Vaucluse) dont sa famille était originaire. Très sportif, passionné d’aviation, il présidait l’Aéroclub d’Avignon. Son ami et compagnon de chasse, l’avocat Louis Gonthier, le décrivait comme un patriote « sans failles », respectueux des traditions et des devoirs qui en découlaient, attaché au régime républicain. Se situant à droite, Léon Dulcy était vraisemblablement très proche du Parti social français (PSF), s’il n’en était pas membre.
Mobilisé en 1939, il servit comme médecin dans une unité de chars d’assaut et avait été candidat pour conduire un char. Après sa démobilisation, il garda le contact avec les officiers de son groupe qui était repliés en Afrique du Nord et gardait, comme eux, l’espoir qu’une armée française puisse s’y reconstituer. Rallié au maréchal Pétain, il pensait, d’après Louis Gonthier, qu’il fallait réconcilier les Français si l’on oubliait les déchirements d’avant-guerre. Il fut l’un des créateurs de la Légion française des combattants dans le Vaucluse aux côtés de Me Bec, son premier président départemental et ancien dirigeant de l’Union nationale des combattants (UNC).
Toujours d’après Gonthier, il se serait rallié au général de Gaulle, ce qui laisse dubitatif. Il est vrai que Me Bec, opposé à la politique de collaboration, était démissionnaire dès fin 1940 de ses responsabilités à la Légion. Léon Dulcy a-t-il suivi le même chemin ? Il restait pourtant vice-président de la section d’Avignon en 1941 et avait poussé Max Knipping, futur bras droit de Darnand à la tête de la Milice, dont il avait fait le vice-président de l’Aéroclub, à accepter la présidence de la section avignonnaise de la Légion à la fin de 1941. En tout cas, il est paraît probable qu’il ait voulu reprendre le combat avec ses compagnons qui étaient en Afrique du Nord après le débarquement anglo-américain de novembre 1942.
Il aurait pris contact avec le socialiste Casimir Mathieu, de Saint-Rémy-de-Provence, responsable local de Combat et des Mouvenments unis de Résistance (MUR) et, par celui-ci, avec Maurice Barrelet Mistral, officier de réserve, chef de bureau à la préfecture des Bouches-du-Rhône, révoqué comme juif, et responsable local du réseau Andromède-Nestlé. Il participa aussi au réseau Jockey, principal réseau du SOE dans le Sud-Est, grâce à Louis Malarte, chirurgien-dentiste à Avignon, qui, surveillé, dût quitter la ville en mars 1944 et se réfugia à Saint-Christol (Vaucluse) pour continuer son action et superviser des parachutages dans la région de Forcalquier (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Francis Cammaerts, chef du réseau, était en contact avec lui et le mit en relation avec César Josz dit « le pilote » qui était l’un des responsables du réseau dans les Basses-Alpes. En 1944, Léon Dulcy, menacé d’arrestation par les Allemands, vint se réfugier à Gap (Hautes-Alpes) chez des amis, puis à Sénez (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) qui était le berceau de sa famille maternelle. Il continuait cependant à exercer puisqu’il fournit le 5 juillet 1944 un certificat de maladie à la mère de Gaston Viens*, militant de la jeunesse communiste, interné au cap de Saint-Sulpice-la-Pointe afin de justifier une demande de permission. Il accepta de remplacer le responsable du secteur de Mezel du réseau Jockey. Ce responsable, Pascaud*, qui venait d’être arrêté le 8 juin, a été fusillé à Digne (Basses-Alpes, Alpes de Haute-Provence) peu après. En charge des parachutages du réseau dans ce secteur, Dulcy aurait noué des liens cordiaux avec les FTP, particulièrement implantés ici, partageant avec eux le matériel reçu. Il avait l’habitude de dire : « Aux mêmes ouvriers, pour le même travail, les mêmes outils ».
Il fut arrêté par les Allemands le 16 juillet 1944 à l’entrée du village d’Oraison alors que les Allemands et les éléments Brandebourg arrêtaient les membres du CDL. Alors qu’il se trouvait à Bras d’Asse, il y avait été appelé par une agent de liaison à qui les Brandebourgeois, se faisant passer pour maquisards selon leur tactique habituelle, avaient demandé d’aller chercher un médecin pour signer de soi-disant blessés. Au FTP qui le dissuadait de s’y rendre, Dulcy aurait répondu « S’il y a des blessés, ma place est là-bas ».
Emprisonné aux Baumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône), il a été fusillé avec ses camarades pris à Oraison et d’autres résistants, après un jugement sommaire sur place, le 18 juillet, au fond d’un vallon isolé, dans les bois de Signes.
Les corps ont été découverts en septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans le lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés », devenu nécropole nationale en 1996.
À Avignon, son nom a été donné à l’une des salles de la clinique des Sources où il consultait et au Stade sportif. Une plaque commémorative au « médecin lieutenant Léon Dulcy-Bec » a été apposée sur le monument aux morts d’Entrevennes (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), qui fut peut-être sa dernière résidence.
Sources

SOURCES : Arch. Nat. Z 6 398 (dossier Kniping). — Arch. dép. Bouches-du-Rhône 5 W 219 (dossier Viens). ⎯ Hervé Aliquot, Le Vaucluse dans la guerre 1939-1945,, Le Coteau, Horvath, 1987. ⎯Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983 et rééd. 1990. — Louis Gonthier, Mémoires d’un avocat de Provence, Le Pontet, Atelier servi-grafic, 1994. — Renseignements Thérèse Dumont et Marie Gonthier-Cotrelle.

Jean-Marie Guillon

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