Né le 22 septembre 1919 à Paris (Xe arr.), fusillé le 17 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; imprimeur ; militant communiste parisien ; résistant des Jeunesses communistes et des Bataillons de la jeunesse.

La famille de Jean Quarré s’installa dans le XIXe arrondissement parisien dans les années 1920, et le jeune garçon commença à travailler après son certificat d’études primaires comme imprimeur à l’âge de quatorze ans dans des entreprises du quartier. Il était membre de la FFTL (CGT). Il vivait dans une cité ouvrière près de la place des Fêtes avec sa mère, Hélène, et ses deux frères, Roger, l’aîné, et Marcel, le plus jeune ; lui-même, grand de taille et de belle apparence, avait une réputation de sportif accompli. Membre des Jeunesses communistes du XIXe arrondissement qui comptaient une trentaine de membres et dont le local se trouvait rue des Bois, Jean Quarré fut un des quatre militants, avec Marcel François, qui en était le secrétaire, André Biver et René Roy, qui se réunirent dans les fortifications à la porte du Pré-Saint-Gervais pour s’efforcer de maintenir leur groupe quand les Allemands eurent occupé la capitale. Ils furent rejoints par un cinquième garçon âgé d’à peine quinze ans, Maurice Deck. De ces cinq-là, seul René Roy, déporté, survécut à la guerre.
Au début de 1941, Marcel François et André Biver avaient déjà été intégrés aux Bataillons de la jeunesse, les groupes armés d’Albert Ouzoulias, et c’est René Roy qui devint responsable du groupe du XIXe arrondissement, dont Odile Arrighi assurait la liaison avec le reste de l’organisation. René Roy, Jean Quarré, Maurice Deck et quelques autres poursuivirent leurs actions de propagande clandestine jusqu’en juillet 1941, par exemple à l’occasion de l’arrestation de Lucien Sampaix, l’ex-rédacteur en chef de l’Humanité, qui habitait aussi vers la place des Fêtes. Les deux aînés furent alors conviés à un rendez-vous aux Buttes-Chaumont (XIXe arr.). Un inconnu dénommé Arthur (René Roy pensait après la guerre que c’était Adolphe Perelstein) leur dit : « Dix pour cent des effectifs doivent passer à l’organisation armée, et on a pensé à l’un de vous deux. » Silence... Puis Jean Quarré, qui était le plus âgé, se dévoua, et les deux camarades n’eurent plus de contact. René Roy revit encore une fois son ami, alors que lui-même assurait une mission de protection et diversion rue Baste, derrière le marché Secrétan (XIXe arr.). Jean Quarré arriva sur sa bicyclette, s’arrêta tranquillement, sortit un pavé de sa musette et le balança dans la devanture d’un local de la Légion des volontaires français (LVF) avant de filer. Le 28 janvier 1942, il participa avec Julio Martin-Rodriguez et Jean Debrais à une action plus risquée : un engin explosif fut jeté contre La Chope Montmartre au 61 rue du Faubourg-Montmartre, un restaurant réquisitionné comme cantine de la gendarmerie allemande. En février, il aurait été mêlé à trois autres attentats sans grandes conséquences.
Jean Quarré fut arrêté par la police française, qui avait établi une souricière près d’une cave du XIe arrondissement où il cachait son vélo et du matériel d’impression, découverte parce que la gardienne de l’immeuble était soupçonnée d’être communiste. Son appartenance aux groupes armés de l’Organisation spéciale (OS) fut vite établie. Il fit partie des vingt-sept résistants communistes qui furent jugés ensemble du 4 au 14 avril 1942 par une cour martiale allemande au procès de la Maison de la Chimie, le deuxième ouvert à la presse après celui des sept condamnés à mort au Palais Bourbon le mois précédent. Parmi les accusés se trouvait aussi Georges Tondelier, par qui les jeunes du XIXe arrondissement avaient rétabli le contact avec leur organisation en août 1940. Un vingt-huitième résistant, Conrado Miret-Muste, était mort sous les tortures des policiers français de la Brigade spéciale (BS). Jean Quarré et la plupart des autres avaient aussi été sérieusement brutalisés, ce dont témoignent leurs photos anthropométriques. À l’issue d’une parodie de procès, où ne leur fut reprochée que la possession d’armes qui les désignaient comme francs-tireurs et où ils furent défendus par des avocats commis d’office, les juges militaires allemands qui siégeaient à une tribune surplombée d’une croix gammée condamnèrent à mort vingt-cinq des accusés. Une femme du groupe, Simone Schloss, fut exécutée en Allemagne au mois de juillet, une autre graciée. Mais leurs vingt-trois camarades masculins furent fusillés au Mont-Valérien le 17 avril. Jean Quarré était du nombre. Il avait laissé une lettre très émouvante à sa mère et à son jeune frère.
Une plaque a été apposée sur l’immeuble de brique où il habitait, rue du Docteur-Potain ; une petite rue et le lycée hôtelier de la place des Fêtes ont été baptisés à son nom.
Sources

SOURCES : Arch. Nat. Z4 39 277. - Arch. PPo., 1W 04156414. – SHD GR16 P 494386. - Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, Éd. Sociales, 1972. – André Rossel-Kirschen, Le Procès de la Maison de la Chimie (7-14 avril 1942). Contribution à l’histoire des débuts de la résistance armée en France, L’Harmattan, 2002. – J.-M. Berlière, F. Liaigre, Le Sang des communistes, op. cit. – Robert Bélot (sous la dir.), Les Résistants, Larousse, 2006. – ANACR, 1940-1945. La Résistance dans le XIXe arrondissement de Paris, Le Temps des Cerises, 2005, 321 p. (avec une iconographie). – Daniel Grason, « Julio Martin-Rodriguez » et « Jean Repussard », notices du Maitron ; notes personnelles. – Entretiens avec René Roy, 2011. – État civil.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 186 cliché du 25 février 1942.

Marc Giovaninetti mise à jour par Marie-Cécile Bouju

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