Né le 11 novembre 1895 à Aubignan (Vaucluse), exécuté le 1er août 1944 à Sarrians (Vaucluse) ; exploitant agricole ; communiste ; responsable local Francs-tireurs et partisans (FTP) ; ravitailleur du Maquis Ventoux (AS).

Militant communiste, Albin Durand était agriculteur à Sarrians. Il était issu d’une famille de paysans. Ses parents, Joseph Marie Durand et Marie Mars, étaient installés à Saint-Hyppolite-le-Graveyron (Vaucluse) où ils se livraient à la polyculture. Il était le quatrième des sept enfants de la famille. Travaillant avec son père au sortir de l’école à 12 ans, il choisit rapidement l’apprentissage, à quatorze ans, auprès d’un serrurier-ferronnier de Carpentras, avant de partir à Lyon, toujours en apprentissage, avec un ami. Tous deux s’engagèrent pour cinq ans dans la Marine le 28 février 1914. Affecté au Ve Dépôt des Équipages à Toulon, Albin Durand y resta jusqu’au 4 avril 1915, puis il embarqua comme mécanicien sur l’Amiral Lhermitte, participant à la campagne des Dardanelles. Il passa ensuite sur le Vin-Long, en 1916, qui, en mouillant à Salonique, lui permit d’avoir contacts avec des marins russes. Affecté aux bâtiments de servitude de la base, il fut dégradé de sa 1e classe pour avoir protesté contre la mauvaise qualité de la nourriture. Il débarqua le 13 novembre 1917 à Toulon où il rejoignit le Ve Dépôt. Il fut mis en congé illimité le 7 septembre 1919. Il sortit de cette expérience révolté par l’arbitraire et l’injustice qu’il avait connus dans la Marine, ainsi que par l’attitude d’officiers souvent influencés par L’Action française.
Albin Durand rejoignit la ferme familiale à sa démobilisation, le 7 septembre 1919, et suivit ses parents l’année suivante lorsqu’ils achetèrent une exploitation à Aubignan. Il se lança là dans la culture des plants de vigne greffés. Marié à Albine Martin le 10 juin 1922, père de deux filles, il prit à ferme une exploitation de 5 ha à Sarrians en 1930 où il continua à faire des greffés. Il s’essaya aussi à la culture des fruits, mais ce fut un échec. Militant syndicaliste agricole, initiateur de la caisse locale du Crédit agricole, il avait créé un syndicat de pépiniéristes et c’est au titre de la Coopérative du Sud-Est qu’il fit un voyage à Odessa et Kharkov en URSS avec l’autre fondateur du syndicat, Émile Girard* de Sarrians, en 1931. Grâce aux relations ainsi nouées, il négocia le plus gros marché de plants de vignes de l’époque entre Ukrainiens et Français. Albin Durand, qui n’avait pas le certificat d’études, n’en était pas moins un grand lecteur de livres et appréciait notamment Jack London. Il était également abonné à un mensuel soviétique et à divers journaux.
Passionné de sports, il avait découvert le rugby à XV à Toulon, dans la Marine et, revenu dans le Vaucluse, il joua comme demi de mêlé au Rugby-Club de Carpentras. Il créa l’association des Sports populaires sarriannais le 22 décembre 1936, et l’affilia à la Fédération sportive et gymnique du Travail. Il était le président de ce club omnisports où l’on pratiquait le rugby à XIII, le football, le basket-ball (il entraînait l’équipe et était arbitre), l’athlétisme féminin (qu’il entraînait aussi).
Marqué par un grand-père anarcho-syndicaliste, ayant pris contact avec la CGT alors qu’il était en apprentissage à Lyon, révolté lors de son passage dans la Marine par l’état d’esprit qui y régnait alors que la guerre faisait des ravages, il fit partie du groupe des socialistes communistes d’Aubignan et adhéra au Parti communiste. Il fut candidat aux élections municipales, d’abord à Aubignan en 1925 et 1929, puis à Sarrians en 1935. Il fut candidat aussi aux élections cantonales de Carpentras-Nord en 1925, recueillant 250 suffrages sur 1 765 exprimés. Militant jouissant d’une excellente réputation, considéré comme un travailleur, il fut élu conseiller d’arrondissement de Carpentras-Nord le 5 juillet 1936, avec 528 voix au 1er tour et 915 au 2e (soit 54 % des suffrages), après le désistement du candidat socialiste. Membre de la commission agricole du conseil d’arrondissement, il se montra actif et tenta en vain de faire adopter un vœu s’opposant aux décrets-lois du 2 novembre 1938.
Il refusa de désavouer le Pacte germano-soviétique et le Parti communiste après la dissolution de septembre 1939. En tant qu’élu, il participa à la réquisition des chevaux pour l’armée au tout début de la guerre. Il se lia avec le député des Alpes-Maritimes, Henri Pourtalet, sergent-chef au 7e Régiment du Génie à Avignon, et hébergea son épouse après l’arrestation de celui-ci. Par la suite, il accueillit les familles d’autres députés communistes. Sa sœur et sa fille citent les noms des épouses de François Billoux (député des Bouches-du-Rhône), d’Ambroise Croizat (député de la Seine) et de Charles Gaou (député du Var). S’étant abstenu lors du vote de confiance du conseil d’arrondissement au gouvernement en novembre 1939, il fut déchu de son mandat le 17 février 1940. Il fut régulièrement dénoncé par ses adversaires politiques et concurrents de La Comète, l’autre club sportif de Sarrians. Le secrétaire et le président de ce club signèrent plusieurs lettres de dénonciation entre le 6 octobre et le 28 octobre 1940. Le 2 novembre, le commissaire spécial demanda la dissolution de la nouvelle association qu’Albin Durand avait fondée, le Football Club sarriannais après la dissolution des Sports populaires sarriannais. Très surveillé, il fut encore dénoncé le 6 janvier 1941 pour la reconstitution du PC clandestin dont il aurait été le chef. Après enquête de la police spéciale, le sous-préfet estimait le 24 mai 1941 qu’Albin Durand n’avait pas repris d’activité politique, mais qu’il n’avait pas changé de convictions. Sa fille étant membre du bureau de l’association sportive féminine Red Star sarriannais, le sous-préfet proposa et obtint la dissolution de ce club, le 28 mai 1941. Puis il fit faire une nouvelle enquête en décembre 1941, soupçonnant Durand de propagande lors des déplacements à bicyclette des basketteuses et athlètes de Sarrians qu’il accompagnait. Une nouvelle enquête à son encontre eut lieu dans l’été 1942 et aboutit à une proposition d’internement pour 3 mois, le 25 septembre.
En dépit de cette surveillance, Albin Durand participa à la reconstitution clandestine du parti communiste et à la création du groupe local du Front national. Il devint le responsable du groupe FTP local et participa à diverses actions de sabotage. Il ravitaillait le maquis Ventoux (AS) en 1943 et les maquis FTP qui essaimaient dans le Vaucluse (Sault, Méthamis, Vaison-la-Romaine) et la Drôme. Sa ferme était une plaque tournante pour les FTP. Albin Durand était en contact avec leur direction départementale dont il hébergeait des réunions. Il participa à la manifestation organisée par la Résistance devant le monument aux morts de Sarrians, le 14 juillet 1944. Il fut arrêté le 1er août 1944 au soir dans sa ferme, alors qu’il revenait de mission, par un groupe d’hommes de main du Parti populaire français (PPF) – le Groupe d’action pour la justice sociale. Ces hommes, bien renseignés, étaient en opération dans le secteur. Ils avaient sévi auparavant à Malaucène (10 arrestations) et à Violès (un assassinat et une arrestation) et étaient appuyés par des éléments de la Wehrmacht. Ce détachement avait abattu un résistant et un homme qui secourait un blessé sur la place du village peu avant l’arrestation de Durand. Albin Durand fut torturé dans la nuit (cuir chevelu arraché, jambes sciées, etc.), avant d’être exécuté avec son ouvrier agricole, Antoine Diouf*. Sa ferme fut incendiée, sa femme et ses deux filles furent arrêtées et emprisonnées à Avignon (Vaucluse). Un médecin, sa femme et leur bonne auraient été ses dénonciateurs. Selon une version contestée, un autre médecin (allemand ?) aurait accompagné les tortionnaires et aurait fait une piqûre à Albin Durand pour le maintenir un moment en vie. Le couple dénonciateur fut exécuté sur la place publique de Sarrians le 30 septembre 1944.
Les obsèques d’Albin Durand et Antoine Diouf eurent lieu le 29 août 1944 en présence d’une foule considérable. Le nom d’Albin Durand fut donné en 1945 à plusieurs cellules communistes des environs (Sarrians, Le Thor, Cavaillon), à un boulevard de Sarrians, à une place de son village natal d’Aubignan et à une avenue de Cavaillon, le 31 mai 1946. Des rues portent également son nom à Avignon, Caderousse, Carpentras, Orange. Son nom figurait sur le monument aux joueurs de rugby morts pendant la guerre, inauguré au stade de Carpentras, le 27 avril 1947 (monument détérioré et non reconstruit). Depuis plusieurs années, l’association des Amis d’Antoine Diouf et d’Albin Durand entretient leur mémoire et vient de publier un ouvrage sur leurs parcours, sur la Résistance dans le secteur de Sarrians, sur les circonstances de leur mort et sur ceux qui en ont été les responsables.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, 1M831.— Presse locale (Le Comtadin 1er septembre 1949).— Témoignage René Gilli.— Les Amis d’Antoine Diouf-Albin Durand, Sarrians, 1er août 1944. Un village dans la tourmente, Sarrians, ADAD éditions, 2016, 295 p.— Claude Arnoux, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, 1974.— Aimé Autrand, Le Conseil général de Vaucluse et Le Département de Vaucluse de la défaite à la Libération : mai 1940-25 août 1944, Avignon, Éd. Aubanel, 1965.— Serge Issautier, La Résistance en Vaucluse, documents et témoignages, Avignon, CDDP, recueil n°8, 1980.— Jean Maîtron et alii, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français 1919-1939, Paris, Editions de l’atelier.— André Simon, « Les saints communistes », Communisme n°51-52, 1997, p. 73-87.— Vaucluse 44, l’année de la liberté retrouvée. Aspects de la Résistance et de la Libération, Avignon, ONAC-Mission du 60e anniversaire des Débarquements et de la Libération de la France-Département du Vaucluse, 2004.— Notes Jean-Marie Guillon.

Henri Tramoy

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