Né le 7 mai 1901 à La Bastide-du-Salat (Ariège), exécuté sommairement le 27 juin 1944 à Castelmaurou (Haute-Garonne) ; fonctionnaire de la police ; résistant de Haute-Garonne.

. Jean Pagès était originaire de La Bastide-du-Salat (Ariège), un village du Couserans. À sa naissance, ses parents étaient domiciliés dans le département d’Oran (Algérie). Son père, François Pages, gendarme à cheval, avait vingt-huit ans et sa mère Angéline Bouin, couturière, avait vingt-trois ans. Ils étaient toujours vivants en 1944 : ils demeuraient rue Monge à Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne). Il épousa Claire Deruelle, âgée de quarante-sept ans en 1947, née le 12 juin 1900 à Paris. Le couple eut un fils, Guy, Jean, François né le 8 septembre 1926 à Pont-Audemer (Eure). En 1946-1947, vivaient au domicile de feu Jean Pagès à Saint-Julien : son épouse, son fils Guy, et sa belle-mère, Angèle Martigny, née le 8 octobre 1875 à Bellecourt (Pas-de-Calais).
Jean Pagès était titulaire du baccalauréat.
Avant 1939, il était d’après le témoignage de sa femme "chef" dans la Garde républicaine mobile.
En 1944, Jean Pagès était policier à Toulouse (Haute-Garonne) aux Renseignements généraux (sa femme indiqua "police judiciaire" dans une déposition après la Libération). Il résidait à Saint-Julien (Haute-Garonne), mais disposait d’un logement à Toulouse.
Il participa à la Résistance dans le cadre de l’Armée secrète (AS), au moins à partir de février 1943. Il avait été chargé des parachutages, et, à partir de juin 1943, il était responsable de trois groupes de AS à Saint-Julien-sur-Garonne (Haute-Garonne) et à Rieux-Volvestre (Haute-Garonne), deux communes du Volvestre, au sud-ouest de Toulouse. Il fut chargé de missions de renseignements qui attirèrent l’attention de la Sipo-SD. Dès février 1943, il rassembla de la documentation sur les travaux effectués par les forces armées allemandes sur l’aéroport militaire de Francazal, près de Toulouse et sur le dépôt de munitions qu’elles avaient installé à la poudrerie de Fauga. Il fut arrêté le 16 février 1944 par la police allemande à Toulouse, place Dupuy où il logeait. Il fut transféré à la prison Saint-Michel, principal lieu de détention de la ville rose où il fut torturé et dont il fut extrait avec d’autres détenus par la Sipo-SD de Toulouse. Il fut conduit avec eux au bois de la Reulle à la limite entre les communes de Castelmaurou et de Gragnague. Après avoir creusé la fosse où ils furent ensevelis, quinze des seize prisonniers furent exécutés par un peloton du 2e bataillon de réserve de la division SS Das Reich, l’un d’entre eux Jaume Soldevilla, ayant pu fausser compagnie à ses bourreaux.
Jean Pagès, 43 ans en 1944, fit donc partie des quinze fusillés de Castelmaurou avec Claude Charvet, Noël Pruneta, Charley De Hepcée, Marcel Mercié, 32 ans ; Roger Toubiana, Roger Cazenave, 29 ans ; Jean-Louis Belvezet, 28 ans ; Jean-Marie Ducasse, 42 ans ; Raoul Sarda, 43 ans ; Joseph Guillaut, Pierre Cartelet, Marcel Joyeux.
Son corps fut découvert dans le charnier de Castelmaurou le 27 septembre 1944 et reconnu par sa femme le 8 octobre. Il fut inhumé à Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne).
Après la guerre, le cas de Jean Pagès fut évoqué par deux collègues résistants :
l’inspecteur Raymond Renard en poste à Toulouse avant la Libération puis à Charleville (Ardennes) en 1945 et le commissaire Robert Heim, en poste à Toulouse avant la Libération puis à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) après celle-ci. Renard appartenait au même groupe de résistants que Pagès. Lorsqu’il sut, le 16 février 1944, qu’il était traqué par la Sipo-SD, Pagès demanda à Renard de l’héberger dans son domicile toulousain, 20 avenue de Muret. Le 14, il avait apporté à cette adresse la documentation qu’il avait recueillie sur l’activité des forces d’occupation. Le 16, Pagès devait remettre d’autres papiers à Renard. Mais il ne vint pas et le 17 au matin, Renard fut arrêté et transféré d’abord au siège de la Sipo-SD, rue Maignac où il fut torturé et où on lui demanda s’il connaissait Pagès. Ayant répondu négativement, il fut aussitôt mis en sa présence et enchaîné avec lui. Pagès avoua à Renard qu’il avait "parlé" : "Raymond, donne les papiers, ils vont nous fusiller tous les deux". Pagès reconnut lors qu’il "avait été contraint de [le] donner". Pour sa part, Renart constata que Pagès conservait des traces des coups violents infligés sur diverses parties de son corps pendant les séances de torture. Ce qui fut fait. Renard et Pagès (le 20 févier pour Renart) furent ensuite incarcérés ensemble au quartier allemand de la prison Saint-Michel. Renart eut alors l’occasion de demander à une personne incarcérée qui devait être libérée de contacter un" M. Figa", de la préfecture de la Haute-Garonne, afin qu’il prévînt les personne menacées par cette double arrestation. Renart expliqua qu’il sut du Pagès, à Saint-Michel, bénéficiait d’un régime de faveur (procès verbal de l’audition du 8 janvier 1947 par le commissaire Léon Cholet de l’inspecteur sous-chef de police dans cette ville, Raymond Renart en poste à Charleville (Ardennes) à propos de Jean Pagès).
Le commissaire résistant Robert Heim apporta aussi des précisions sur les moments précédant l’exécution de Pagès à Castelmaurou. Arrêté par la Sipo-DD, Heim avait été un des passagers du "train fantôme" destiné à déporter en Allemagne des résistants de Toulouse ou internés au camp du Vernet-d’Ariège (Ariège). Dans le convoi, Heim parla de Pagès avec un autre déporté qui avait été un des compagnons de cellule de ce dernier à la prison Saint-Michel. Pagès était dans un "état physique très déficient à la suite des traitements qui lui avaient été infligés par la Gestapo". Un matin (sans nul doute le 27 juin 1944), vers 5 heures du matin, il fut extrait de sa cellule et amené avec un colonel (Joseph Guillaut). Ils furent, vers 15 heures, conduits vers un lieu inconnu dont Heim sut qu’il s’agit de Castelmaurou. En effet, le commissaire put s’évader du trin fantôme avant que le convoi eut atteint la frontière allemande. Il était à nouveau à Toulouse, fut mis au courant de la découverte du charnier de Castelmaurou, apprit que l’on avait découvert les dépouilles d’un colonel (Guillaut) et constata les coïncidences de dates entre l’extraction du colonel et de Pagès et les exécutions de Castelmaurou. Heim se rendit donc à la morgue avec le commissaire Maurice, des Renseignements généraux. Le corps de Pagès était méconnaissable, mais la veste de l’inspecteur permit de le reconnaître. Il ajouta que quelques jours plus tard, Mme Pagès reconnut son mari. Il précisa aussi qu’il ne savait rien des activités résistantes de Pagès (rapport de Robert Heim, commissaire de police à Saint-Gaudens au commissaire principal des Renseignements généraux à Toulouse, 20 mars 1945, à propos de Jean Pagès).
À la suite de ces deux rapports rédigés dans le cadre d’une enquête qu’il avait diligentée, le préfet de la Haute-Garonne a constaté que Pagès a palé sous la torture et il donna donc un "avis réservé" pour l’atribution à titre posthume de la médaille d’Honneur de la Police nationale.
Jean Pagès reçut la mention "mort pour la France" en 1948 après que sa femme eut effectué les démarches afin d’obtenir une pension et que son fils fût déclaré pupille de la nation. Il fut homologué adjudant des FFI. Son supérieur, dans la Résistance, Pierre Caubet alias "Honoré" attesta, le 14 janvier 1946, de son son arrestation près de l’aérodrome de Francazal le 16 février 1944 et de son appartenance au groupe qu’il avait sous ses ordres.
Voir : Lieu d’exécution : Castelmaurou (Haute-Garonne), fusillés sommaires du Bois de La Reulle (ou Reule)
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, 21 P 125051. — SHD, Vincennes, 16 P 454322. — Arch. nat., archives de la direction générale de la Police nationale, Pierrefitte (Seine-Saint-Denis), enquête pour l’attribution de la médaille d’honneur de la Police à Jean Pagès (documents communiqués à André Balent par Jean-Daniel Gaudais). — Arch. com. La Bastide-du-Salat, état civil, acte de naissance de Jean Pagès. — Le Petit Journal édition du Toulousain, 8 août 2014. — Luc Rudolph, Policier contre policier, une résistance oubliée : la Police, Paris, Spe militaria, 2015, p. 460, 461. — Cd-Rom AERI, Haute-Garonne, Michel Goubet, fiche communiquée à Claude Pennetier par Georges Portalès. — Recherches de Luc Rudolph, ancien directeur des services techniques de la Préfecture de Police de Paris communiquées à Jean-Daniel Gaudais (Lannemezan). — Courrier postal de Jean-Daniel Gaudais (Lannemezan) à André Balent , 13 avril 2017 et courriels à André Balent, 30 avril 2017, 27 juillet 2021, 17 et 18 novembre 2021. — Sites internet.

André Balent

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