Né le 15 juin 1924 à Monastier di Treviso (Italie), massacré au lieu-dit La Couture, commune d’Ahun (Creuse) le 21 juillet 1944 ; cultivateur ; travailleur immigré italien ; victime civile.

Antonio Cappelletto à droite avec son frère Louis au centre.
Antonio Cappelletto à droite avec son frère Louis au centre.
Originaire de la province de Trévise (région Vénétie), il était le fils d’Eugenio Cappelletto et d’Elisabetta Frate. Ses parents, communistes italiens, émigrèrent en France en 1926, à un moment où les lois fascistissimes établirent une dictature menaçant directement les militants anti-fascistes. Il s’établit avec sa famille dans le sud-ouest de la France, dans une région où les travailleurs immigrés italiens furent nombreux après la première guerre mondiale pour combler les vides laissés dans les campagnes par la saignée de 1914 – 1918. La famille Cappelletto s’installa d’abord à Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), puis exerça le métier d’agriculteurs dans différents lieux, Montpezat, Le Temple-sur-Lot, Miramont-de-Guyenne, avant de s’établir à Casseneuil (Lot-et-Garonne) où elle résidait au début des années 40. Antonio Cappelletto travaillait avec ses parents comme agriculteur.
A la mi-novembre 1943, il fut arrêté avec trois camarades, réquisitionnés sous la contrainte pour le travail forcé (STO). Le récit familial précise que le maire de l’époque de Casseneuil aurait directement désigné (« dénoncé ») les jeunes italiens immigrés pour protéger les jeunes français autochtones. L’étude de la situation historique de l’Italie à l’automne 1943 (Marie-Claude Blanc-Chaléard, op. cit.), complète ce récit : après le 8 septembre 1943, le changement de camp de l’Italie entraîna un changement de considération en France quant aux immigrés italiens. Ils constituèrent alors un réservoir de travailleurs à exploiter. Sur ordre du gouvernement allemand, le régime de Vichy promulgua le 16 octobre 1943 une ordonnance afin de faire procéder à un recensement de tous les Italiens hommes, de 16 à 50 ans, aptes à être incorporés au STO. Sans préjuger de l’attitude du maire de Casseneuil, également plausible, cette politique nouvelle explique pour une bonne part l’arrestation des jeunes italiens de Casseneuil. Arrêté, Antonio Cappelletto fut conduit avec ses camarades sur des chantiers dans la région de Calais (vraisemblablement l’organisation Todt) travaillant en particulier dans une usine à béton, servant à construire les blockhaus. Son frère Louis, fut arrêté et envoyé en Allemagne, huit jours plus tard (le 25 novembre 1943) et dut travailler sous la contrainte (STO) dans des conditions très dures à Niklasdorf, en Autriche (province de Styrie) pour l’industrie de guerre allemande jusqu’à sa libération et son retour fin mai 1945.
En juillet 1944,profitant sans doute des troubles de l’été 44, Antonio Cappelletto et ses trois camarades, Pierre Rinaldi, Charles Devecchi et un nommé Collegaro,tentèrent de regagner le sud-ouest après s’être vraisemblablement enfuis de leur chantier de travail. Leur trajet les amena à traverser le département de la Creuse au moment où une unité allemande, la brigade Jesser, y menait une violente campagne de répression de la Résistance. En effet entre le 10 et le 14 juillet 1944 la brigade Jesser, une formation militaire allemande, composée d’éléments de la Wehrmacht, des SS et de divers services de police, pénétra en Creuse, chargée de la répression contre les forces de la Résistance. Installée dans le sud de la Creuse, à Bourganeuf et Aubusson, mais aussi à Ahun, elle se livra pendant près de quinze jours à de multiples opérations de ratissage à la recherche des maquis dans tout le sud du département, exécutant le plus souvent de manière sommaire de nombreux suspects. Les quatre travailleurs italiens seraient entrés le 21 juillet 1944 dans Ahun pour se ravitailler (acheter du pain et de la viande, suivant les témoignages recueillis par la famille après-guerre), et furent arrêtés par les troupes allemandes qui occupaient la commune. Considérés comme suspects, ils furent conduits près du château de La Chezotte, contraints de creuser une fosse et exécutés sommairement. Non identifiés pour trois d’entre eux et en particulier pour Antonio Cappelletto, les actes de décès furent enregistrés le 22 juillet à la mairie d’Ahun et les corps inhumés au cimetière municipal.
Le 14 mars 1945 le maire de Casseneuil (Lot-et-Garonne) Étienne Restat vint à Ahun accompagné des familles Cappelletto (ses deux beaux-frères), Devecchi et Rinaldi dans le but de reconnaître les corps. Ceux-ci furent exhumés, identifiés, et transférés au cimetière de Casseneuil.
Le nom d’Antonio Cappelletto (prénommé à tort Louis, prénom de son frère) figure sur le monument aux morts de Casseneuil ainsi que sur le mémorial de la Résistance creusoise à Guéret. Une stèle a été édifiée sur la commune d’Ahun, à La Chezotte, pour rappeler la mémoire des quatre travailleurs italiens exécutés.
Sources

SOURCES : État civil — Archives communales mairie d’Ahun — Renseignements familiaux, Mme. Christine Cappelletto (nièce d’Antonio Cappelletto) — Renseignements Antonio Bechelloni —Marc Parrotin Le temps du maquis Ed. Verso 1981 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Marie-Claude Blanc-Chaléard, Les Italiens dans l’Est parisien. Une histoire d’intégration (1880-1960), École Française de Rome, 2000 — Mémorial genweb.

Michel Thébault

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