Né le 26 novembre 1895 à Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 17 janvier 1944 à Saint-Germain (Seine-et-Oise, Yvelines) ; photograveur ; militant communiste de Paris ; résistant, blessé mortellement par ses compagnons le 10 janvier 1944 à Chatou (Seine-et-Oise, Yvelines).

Couesnon apprenti de l’École Estienne, avec son copain Goupil.
Clichés Yvon Huet
Couesnon dans les tranchées (au milieu).
Fils de Georges Couesnon, imprimeur, et de Victorine Buisson, compositrice-typographe, Paul Couesnon entra à l’école Estienne à Paris en septembre 1909, après des études à l’école communale de Sceaux. Il intégra la section "Photographie", c’est-à-dire la photogravure. Il sortit de l’école diplômé en 1913.
Mobilisé en 1914, il avait été prisonnier de guerre pendant la Première Guerre mondiale au camp de Chemniz, matricule 1036, où il était surnommé "le grand Bégonia". Il était photograveur domicilié rue des Plantes à Paris, professeur d’esperanto et militant communiste dès la fin des années 1920. puis militant de la CGTU, Il avait épousé en première noce le 22 mars 1922 à Corbeil (Seine-et-Oise, Oise) Claudine Bourge, puis, en seconde noce à Forest-les-Bruxelles (Belgique) le 24 novembre 1928, Elisabeth Fazekas dont il divorça très vite pour se marier le 6 novembre 1934 à Paris (XIVe arr.) avec Grunia Epsztajn (voir Claire Couesnon).
En 1935, tuberculeux, il fut envoyé à Sotchi (station balnéaire russe) en convalescence où il rencontra le couple Thorez.
Membre de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires et de la Maison de la culture, militant de l’ARAC, il avait été secrétaire général adjoint du syndicat du Livre parisien. Il était également présenté comme « ancien secrétaire de la section des photograveurs, membre du jury de l’École Estienne ».
En 1939, il n’était plus responsable du syndicat général du Livre. Il entra dans la résistance dès le début de l’occupation. Dans une imprimerie artisanale, il fabriquait des faux documents. Menacés avec son épouse, il quitta Paris en mai-juin 1942 pour plusieurs lieux en banlieue parisienne.
Paul Couesnon fut un des principaux artisans de la confection technique de l’Humanité clandestine et de La Vie ouvrière pendant l’Occupation, en 1942-1943. Une erreur de « transmission » provoqua son exécution le 10 janvier 1944 dans le bois de Chatou par des résistants communistes qui l’avaient pris pour un indicateur alors que la missive qu’ils avaient reçue demandait de prendre garde à son meilleur ami, H.V., signalé par les policiers résistants comme indicateur. Il survécut quelques jours à ses blessures. Selon les policiers, « il eut jusqu’à la fin une attitude magnifique et [...] il déclara à un inspecteur venu l’interroger que "les hommes peuvent se tromper, le Parti ne se trompe jamais" ». Il ajouta à sa soeur Lucie, "Si je m’en sort, il faudra qu’on s’explique". Il mourut le 17 janvier 1944 à l’hôpital de Saint-Germain. Son acte de décès porte la mention « Mort pour la France ».
En novembre 1944, la commission des cadres, dirigée par Jean Chaumeil, établit son innocence et tint au courant sa deuxième femme, Claire Couesnon, en lui demandant de garder le secret. L’attestation fournie en 1953 par le liquidateur du Front national précise : « Résistant dès août 1940, il participa à la formation des premiers groupes sur la région parisienne. Recrutement de patriotes pour les groupes FN/FTPF. Responsable de l’appareil technique central du Front national. À participé à l’organisation de locaux d’impression clandestine, à la confection, répartition et diffusion de multiples tracts et journaux du FN appelant à la lutte contre l’occupant allemand. Abattu par la Gestapo le 10 janvier 1944 à Chatou. » Le ministère des Anciens combattants fit cependant état des rapports de police pour refuser de considérer Couesnon comme un résistant tué par l’ennemi.
Longtemps Claire Couesnon participa aux cérémonies d’hommage sans rien mainfester. Trente ans plus tard, ell écrivit à Georges Marchais pour demander que la lumière soit faite et que le rôle de Couesnon soit reconnu par la PCF. La famille fut reçue par Gaston Plissonnier qui reconnut une "bien triste erreur "mais la filière des responsabilités ne fut pas recherchée, donc pas établie. Selon Yvon Huet, le petit-neveu de Paul Couesnon : Claire Couesnon « vécut deux années "en pénitence de parti" après la libération avant d’être réintégrée. Sa fille, Maryvonne ne sut la vérité qu’une fois adulte. Quatre femmes ont souffert de ce drame, Lucie, Claire, Yvonne et Maryvonne. »
Son épouse Claire Couesnon mourut le 16 juin 1997. « L’inhumation aura lieu ce vendredi 20 juin, au cimetière de Sceaux où elle reposera aux côtés de son époux Paul Couesnon, combattant de la Résistance abattu le 10 janvier 1944 », écrivait la rubrique nécrologique du Monde, de la plume de sa fille, rompant ainsi avec l’habituel « abattu par la Gestapo ».
Son neveu Yvon Huet, se félicitant que "son parcours a été gravé dans le marbre" par le Maitron, livra les souvenirs familiaux dans le journal de l’Institut d’histoire sociale du Livre parisien en octobre 2019.
Sources

SOURCES : Paul Chauvet. La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Deuxième Guerre mondiale. Paris : A compte d’auteur, 1979, p. 58. - Témoignages et documents de la commission des cadres (J.-P. Ravery). — L’équipe, n° 1, juillet 1945, PCF section du XVe arr., organe mensuel de la cellule néogravure « Paul Couesnon » assassiné par la Gestapo. — Le Labeurier, janvier 1945 (organe de liaison et d’action syndicale de la photogravure). — Renseignements communiqués par René L’Hermitte, ami de jeunesse de Couesnon : témoignage de sa fille. — État civil en ligne cote E_NUM_SCE_N1895, vue 24. - Arch. Paris, registre de l’école Estienne. — Pas de dossier Couesnon dans les archives du Komintern conservés à Moscou au RGASPI (sans doute un dossier retiré et communiqué à un autre service).
Yvon Huet, "Mort pour la France, Paul, lieutenant de la Résistance", Histo Livre, n°22, octobre 2019 (par le petit-neveu de Paul Couesnon).

Claude Pennetier

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