Né le 17 mars 1898 à Issé (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé comme otage le 22 octobre 1941 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; avocat ; militant socialiste de Loire-Inférieure ; résistant ; conseiller général, maire adjoint de Nantes.

Fils de Pierre Fourny, laboureur et de Louise Nizon, Alexandre Fourny travailla la terre jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Âgé de dix-sept ans, il s’engagea alors ; fait prisonnier et blessé à deux reprises, il eut une conduite glorieuse (plusieurs évasions, trois citations). Réformé à 30 %, il fut décoré de la Légion d’honneur et devait être plus tard président de l’Association des prisonniers de guerre et des évadés de 1914-1918 (Union Nord-Ouest) et délégué de l’Association nationale des anciens combattants. Démobilisé, il n’eut plus qu’une seule pensée : étudier, et il entra dans une étude d’avoué pour gagner sa vie. Grâce à un travail acharné, il obtint le baccalauréat puis la licence en droit et, enfin, le doctorat. Il s’inscrivit alors au barreau de Nantes. Alexandre Fourny était marié.
Adhérent du Parti socialiste SFIO, Alexandre Fourny fut secrétaire de la section socialiste de Nantes de 1930 à 1932, puis trésorier adjoint de la fédération socialiste de la Loire-Inférieure de mai 1934 à 1937, enfin trésorier de la même fédération – en remplacement d’Auguste Pageot devenu maire – de mars 1937 à 1940. Il fut encore secrétaire de la section de Nantes de la Fédération ouvrière et paysanne des anciens combattants et président de la Fédération départementale des locataires dont il était le conseiller juridique.
Candidat socialiste malheureux au conseil général en juillet 1925 dans le canton de Moisdon-la-Rivière et en octobre 1931 dans le quatrième canton de Nantes, Alexandre Fourny fut élu conseiller municipal de Nantes en mai 1931 lors d’une élection complémentaire. Réélu dans la municipalité en 1935, il devint adjoint au maire socialiste, Auguste Pageot. S’occupant des services concédés, il se heurta à la Compagnie des tramways en 1937, ce qui entraîna un procès entre la Compagnie et la Ville de Nantes (celle-ci obtint finalement gain de cause en 1946, alors qu’Alexandre Gosselin avait remplacé Alexandre Fourny aux services concédés).
Alexandre Fourny fut ensuite élu en 1934, au deuxième tour, conseiller d’arrondissement dans le quatrième canton, puis, en octobre 1937, conseiller général du même canton.
Alexandre Fourny n’accepta pas la défaite et l’Occupation. Il demeura à son poste de conseiller municipal et d’adjoint, mais manifesta régulièrement son hostilité au régime de Vichy. Le 3 octobre 1940, le préfet de Nantes décida de le suspendre de ses fonctions car, au cours d’une séance de la commission des Beaux-Arts, il tint des propos jugés injurieux envers le maréchal Pétain, l’ayant notamment, au cours d’une phrase, traité de « général Péteux » face aux occupants. Il fut donc inculpé pour offense au maréchal Pétain, chef de l’État français.
Plus encore, Alexandre Fourny s’opposait aux Allemands qui occupaient la ville. Entré dans la Résistance au début de l’occupation allemande, il organisa, en utilisant ses fonctions municipales et ses réseaux d’anciens combattants, le transfert vers la zone libre de soldats anglais en difficulté et les évasions de plusieurs dizaines de prisonniers à qui il contribuait à fournir de fausses identités. Il devint par ailleurs chef régional du réseau de renseignements « Georges-France 31 ». Le 15 janvier 1941, les Allemands l’arrêtèrent et, faute de preuves, le relâchèrent le 11 février. À nouveau arrêté le lendemain par les Allemands, il fut condamné à trois ans de forteresse, comme sept autres personnes liées au Comité d’entente des anciens combattants. Puis, le lieutenant colonel allemand Hotz ayant été exécuté par des résistants le 20 octobre 1941 à Nantes, Alexandre Fourny a été fusillé en représailles, le 22 octobre 1941, dans cette ville au terrain du Bêle, avec quinze des quarante-sept otages fusillés, 5 au Mont-Valérien , 27 à Châteaubriant dont Charles Michels et Guy Môquet.
Alexandre Fourny a été inhumé au cimetière Miséricorde de Nantes selon ses volontés écrites avant son exécution.
Reconnu Mort pour la France, Alexandre Fourny a été cité à l’ordre de l’armée (JO 28 novembre 1946) et a été nommé capitaine à dater du 1er octobre 1941 dans le réseau "Georges-France" (JO du 20 février 1947).
Dernière lettre écrite en prison, à sa femme :
Ma chère tendre, quand tu recevras cette lettre, j’aurai cessé d’exister. Nous nous sommes embrassés pour la dernière fois. Je te demande d’être courageuse avec nos chers enfants et ta mère et de continuer à regarder l’avenir avec confiance. Notre existence commune aura été de courte durée, mais je l’ aurai remplie de mon mieux. Je mourrai courageusement, n’ayant aucune mauvaise action à me rapprocher.
Que dirais-je dans l’heure qui me sépare de la mort ? Tu sais de quel affectueux attachement j’étais pour toi et nos enfants et ta mère. Conserve pieusement mon souvenir, comme je conserve le tien : une image pure et tendre, admirable de dévouement.
Sources

SOURCES : Arch. Nat., BB/18/3326/304/40. – Arch. Dép. Loire-Atlantique, série M. 1694 w 16. – Arch. J. Zyromski, B I 2 f.20, lettre du 22 juillet 1930. – Le Travailleur de l’Ouest, 1925-1940. – Tribune socialiste, 1946. – Le Populaire, 29 octobre 1944. – Rapport du XXXVIIe congrès national de la SFIO, 1945. – Notes J. Raymond. – État civil de Nantes. — A. Perraud-Charmatier, La Guerre en Bretagne. Récits et portraits, t. 1, 1947, p.165 à 174 .

Claude Geslin, Gilles Morin

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