Né le 13 février 1921 à Montaigu (Vendée), fusillé le 1er juin 1943 au camp d’Auvours-Le Mans (Sarthe) ; ajusteur-fraiseur ; résistant communiste en Bretagne et Normandie.

Alexis Auvinet
Crédit : Gildas Priol
Alex Auvinet est le fils de Paulette Ripoche, ouvrière, et d’Alexandre Auvinet, marchand de cycles, gravement blessé comme pilote pendant la Première Guerre mondiale et qui mourut de tuberculose en 1932. Alex Auvinet entra en apprentissage à l’âge de quatorze ans chez Hervouet-Ponvert puis travailla, à partir de 1938, comme ajusteur-fraiseur à la Société nationale de constructions d’avions de l’Ouest SNCASO à Château-Bougon dans la banlieue de Nantes. Il avait adhéré à la CGT en 1936 puis devint membre du Parti communiste clandestin. Célibataire, il refusa de partir en Allemagne dans le cadre de la relève et rejoignit les FTPF, sous les pseudonymes de « Le Gall, Le Fur ou Arthur », au sein du groupe Jean Fraix de Rezé (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique).
Il fournit à la direction des FTP un rapport d’activité très étoffé et devint interrégional militaire Bretagne-Normandie, circulant dans tout l’Ouest de la France.
Repéré le 5 mars 1943 il échappa à l’arrestation en tirant sur l’inspecteur qui l’interpellait. La détonation alerta ses deux amis responsables FTP, René Poirot et James Roger qui prirent le large.
Arrêté à Nantes, il réussit à s’évader et vint se cacher au Mans. Suite au cambriolage de la mairie d’Allones, le 26 février 1943, la police l’arrêta dans un bar le 5 mars 1943. Il tira sur les policiers. Dénoncé par un traître, Alexis Auvinet fut arrêté avec douze autres résistants entre le 5 et le 9 mars 1943. Il était au moment de son arrestation domicilié au Pont-Rousseau à Nantes ou à Rezé. La mention de deux domiciles s’explique sans doute par ses activités clandestines et son passage dans plusieurs planques. En une semaine, toute l’équipe fut incarcérée au Vert-Galant au Mans. On reprochait au groupe plusieurs attentats (bombes contre les locaux des partis collaborateurs, attentat contre les troupes d’occupation). Le 28 mars 1943, Alex Auvinet fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 755. Le 1er mai, il prononça un discours à ses camarades qui ensuite, entonnèrent « La Marseillaise » et « L’Internationale ». Il fut une nouvelle fois condamné le 27 mai 1943 et exécuté comme onze autres condamnés à mort au camp d’Auvours près du Mans le 1er juin 1943. Son dossier au secrétariat d’État aux Anciens Combattants mentionne six personnes exécutées avec lui, en fait ils étaient bien douze fusillés. Alex Auvinet portait le grade de capitaine FTPF.
Le même jour furent exécutés : Albert Aubier, Alex Auvinet, Armand Blanchard, Pierre Corre, Émile Debonne, Émile Derruau, Eugène Dubruilles, Robert Estival, Edmond Garreau, René Le Petillon, Jules Lesven, Paul Madiot.
_ Dans sa dernière lettre, la veille de l’exécution, il écrivait à sa mère « Chère maman,
Je viens ici te causer une grande peine en t’annonçant que je vais être fusillé demain, mais tu peux, au contraire, être fier de ton fils qui tombe sous les balles allemandes, les balles fascistes, c’est-à-dire sous les balles des capitalistes[... Ceci ne me fait pas de peine de mourir et, console-toi, maman chérie, en te disant que c’est pour la bonne cause, pour délivrer le genre humain que notre sang va couler [...]. Je serai probablement enterré dans la région du mans ; Si, après guerre, il est possible de ma faire transporter à Montaigu, sans occasionner trop de frais, cela me ferait bien plaisir [...
Voilà la nuit qui entre dans ma cellule et je n’y vois plus. Il n’est pourtant que 7 h. Dans douze heures, je ne serai probablement plus de ce monde, mais je ne regrette rien à la vie. Si ce n’est que vous tous que j’aime, et que j’embrasse bien fort, ma petite sœur, Robert, Michelle, et toi maman chérie.
Je meurs pour que vive la France. Vive le Parti communiste... vive l’URSS. Alex »
Auguste Brunet cite une autre lettre à son oncle : « Si quelquefois, après la guerre, il y a des œuvres ou des secours pour les parents de fils tombés pendant la guerre, tu voudras bien t’en occuper pour maman. Tout cela paraîtra dans l’Humanité et tu me rappelleras au Parti communiste. Le franc-tireur Alex Auvinet qui a lutté du 15 octobre 1942 au 5 mars 1943, date de mon arrestation au Mans. Vive le Parti communiste français. Vive l’URSS. Vive la France. » (Brunet donne comme date d’exécution le 28 mai 1943).

 
Le Mans, le 27 mai 1943
Mon cher Oncle, tante et cousine
Voici la sentence prononcée. 13 inculpés, 13 condamnés à mort. Il fallait guère attendre moins. Je crois que nous allons être fusillés demain ou samedi. J’ai fait un paquet avec ma gabardine, mon costume, ma paire de brodequins, mon porte-feuille vide, mais j’ai déposé 2910 francs aux Allemands qui les feront probablement parvenir. Il y a aussi ma montre. Je te fais adresser tout ça à toi, tu prendras ce qui t’ira. Le reste devrait aller aux mains d’Odette qui est à peu près de ma taille. Tu emploieras ma canadienne qui est aussi chez toi et tu récupéreras tout ce qui est chez Lili. Tu en feras ce que tu voudras. Je ne sais pas où l’on va être enterrés mais probablement au Mans ou aux environs. Enfin, l’on te préviendra et, si par la suite, je peux être ramené à Montaigu, cela me fera bien plaisir. Enterrement sans prêtre, évidemment. Tu pourras me reconnaître à ma chevalière en acier et Inox que j’ai au petit doigt de la main gauche et à mes dents en acier également. Il ne faudra pas toutefois que cela te cause des frais et tu te serviras pour ça de l’argent que tu vas probablement recevoir. J’ai également déposé 3.000 francs chez René BAUDRY qui tient un café sur la route des « Sorinières » après Ragon. Tu iras les chercher avec « LILI SORIN »qui est connu là-bas. Tu diras que tu es mon oncle et que tu viens chercher ces 3.000 francs et tu leur expliqueras ce que je suis devenu ; voilà pour mes affaires.
Maintenant pour la vengeance qui, j’espère, arrivera un jour. Voici des noms qu’il ne faudra pas oublier, un nommé L, employé de la SNCF, né au Mans, James ROGIER, Bar-le-Duc, le fameux type qui s’était soi-disant évadé de la prison de Nantes en février. Un ancien camarade qui n’était autre qu’un policier et qui m’a donné à la Police. J’ai été arrêté par la brigade mobile d’Angers par les policiers : SAVIN, BAUDRY, MELGRANI et POUPAERT, GUICHANDU, RIVIÈRE et d’autres dont je ne me souviens pas du nom. Tous des salauds. Tout ceci, tu n’auras qu’à le reporter au parti après la guerre pour le règlement des comptes. Je mets dans la lettre deux autres lettres, une pour maman, une autre pour M et Mme MARTIN de Montaigu. Tu leur feras parvenir. Inutile de prévenir Grand’mère pour l’instant, elle l’apprendra toujours assez vite. Tu préviendras tous mes copains de Coëx, Fernand, La Fruise et Lili et tous ceux que je pourrais oublier. Si quelquefois après la guerre, il y a des oeuvres ou des secours pour les parents de « Francs-tireurs » tombés pendant la guerre, tu voudras bien t’en occuper pour maman. Tout cela paraîtra sur l’Humanité et tu me rappelleras au parti comme le « Franc-tireur AUVINET » qui a lutté depuis le 15 octobre 1942 au 5 mars 1943, date à laquelle je me suis fait prendre au Mans.
Je vous embrasse tous bien fort et faites de la petite « Mimi » qui commence à être une grande fille, une femme intelligente et instruite qui luttera dans la vie comme vous lutterez vous aussi, je l’espère, contre l’esclavage des capitalistes, contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Je vous embrasse tous et compte sur toi, « Gaby », pour faire ce que je te demande.
ALEX
Vive le parti communiste ! Vive l’URSS ! Vive la France
Conserve cette lettre comme pièce à conviction.

« Que leur exemple au moins serve de leçon à ceux qui seraient tentés de les imiter », écrivait le journal La Sarthe, le 11 juin 1943.
Inhumé à Téloché, son corps a été transféré le 7 juillet 1945 à Montaigu.
Une cellule du Parti communiste de Loire-Atlantique porte son nom ainsi qu’une rue de Rezé et l’avenue de la gare de Montaigu, sa commune natale.
Il a été reconnu Mort pour la France le 27 février 1948.
Sources

SOURCES : Dossier du secrétariat d’État aux Anciens Combattants. – Arch. dép. Loire-Atlantique, 305 J . — Arch. Dép. Finistère,, Fond Alain Le Grand, 208 J. — La Sarthe, 11 juin 1943. – Robert Jarry, Les Communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois, Le Mans, 1970, vol. 1. – Joseph Estevès, 200 Figures de la Résistance et de la déportation en Sarthe, 2009. – Guy Haudebourg, Le PCF en Loire-Inférieure à la Libération (1944-1947), mémoire de maîtrise, Université de Nantes, 1987. – Auguste Brunet, La Vendée dans la Résistance. Le rôle des communistes, des FTPF, du Font national, manuscrit, 1999. – Jean-Pierre Sauvage, Xavier Trochu, Mémorial des victimes de la persécution allemande en Loire-Inférieure 1940-1945, 2001. — Témoignage d’Henri Gomichon. — Notes de Claude Pennetier.

Jean-Pierre Besse, Guy Haudebourg

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