Né le 17 octobre 1910 à Bézac (Ariège), fusillé le 17 mai 1944 à Angers (Maine-et-Loire) ; professeur ; résistant.

photo de classe 1942-1943
photo de classe 1942-1943
Fils d’un gendarme à Évreux (Eure), Émile Lagarde naquit chez ses grands-parents maternels, cultivateurs, et passa son enfance dans l’Ariège dont il conserva l’accent. Après des études secondaires au lycée de Foix (Ariège) puis de Toulouse (Haute-Garonne), Lagarde poursuivit des études supérieures à la faculté des lettres de Toulouse, fit un séjour en Angleterre et obtint la licence ès lettres (anglais). Il débuta sa carrière d’enseignant de lettres-anglais à la rentrée scolaire 1932 à l’école pratique hôtelière de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). Après une année de service militaire en 1935-1936, il fut nommé professeur de lettres-anglais à l’école nationale professionnelle Livet de Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) à la rentrée 1936 puis donna une partie de ses cours à l’École nationale de la Marine marchande (Hydro). Professeur proche de ses élèves, animateur de l’équipe de football de l’école « Hydro », malgré des dehors désinvoltes, il était considéré par ses collègues.
Émile Lagarde épousa en janvier 1938 à Nantes Raphaèle, Jeanne Pouan, née le 11 octobre 1902 à Tours (Indre-et-Loire), fille d’un charcutier et d’une lingère, représentante de commerce.
Très tôt sous l’Occupation, Émile Lagarde chercha à résister. Il s’apprêtait à essayer de rejoindre l’Angleterre par l’Espagne quand, en mars 1943, il réussit à entrer dans le réseau Cohors-Asturies, fondé en 1942 à l’initiative du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) par Christian Pineau et Jean Cavaillès, par l’entremise de son ami et collègue Sylvain Crosnier, déporté en 1944, futur directeur de l’École nationale d’hydrographie. À la rentrée 1943, il prit la tête du groupe régional d’Action immédiate qui s’était décentralisé après l’arrestation de Jean Cavaillès en août. Il organisa des opérations de sabotage : déraillements de trains allemands, dynamitage de pylônes, de ponton-mâture du port de Nantes et de la centrale électrique de Pontchâteau. Le 18 novembre 1943, pour couvrir ses activités, il obtint un congé de maladie qu’il fit prolonger de deux mois le 18 février 1944. À cette date, il était à Paris, remplaçant un des chefs du réseau parti à Londres et préparait un dynamitage à l’usine Hotschkiss et un coup de main sur les ateliers de réparations de Villacoublay. Recherché par la Gestapo depuis le mois de septembre, il fut arrêté avec sa femme, à la suite d’une dénonciation, dans la nuit du 5 au 6 avril 1944 à Grandchamp-des-Fontaines près de Nantes, où le couple donnait asile à un réfractaire au Service du travail obligatoire (STO). Ses six camarades de groupe furent arrêtés en même temps. Transférés à Angers (Maine-et-Loire), ils furent condamnés à mort par le tribunal militaire allemand de Nantes (FK 518), le 17 mai, et abattus à la mitraillette immédiatement.
Son épouse, déportée, mourut au camp de Ravensbrück « fin mars 1945 ».
En 1946, son nom fut donné à un cargo et à la cour d’honneur du lycée Livet ; un long article lui fut consacré dans le Travailleur de l’enseignement technique. Homologué sous-lieutenant des Forces françaises combattantes, il fut cité à l’ordre de la Nation en 1948 et fait chevalier de la Légion d’honneur en 1949 à la demande du ministère de l’Éducation nationale. Sur son registre de naissance figure la mention « Mort pour la France ».
Sources

SOURCES : Arch. Nat. F 17/16084. – DAVCC, Caen. – Arch. IRHSES (Le Travailleur de l’enseignement technique). – Jean-Pierre Sauvage, Xavier Trochu, Mémorial des victimes de la persécution allemande en Loire-Inférieure, 1940-1945. Fusillés et exécutés, 2001. – Notes Jacques Girault. – www.livet-histoire.

Alain Dalançon

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