Né le 26 avril 1925 à Lannion (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé le 6 mai 1944 à Ploufragan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) ; électricien ; membre du Parti communiste clandestin ; résistant membre des FTPF.

Maurice Lagadec était le fils de François Lagadec, carrier, et d’Anne-Marie Le Foll, demeurant également à Lannion. Le couple eut cinq garçons. Joseph Lagadec, un des frères de Maurice, qui faisait partie du groupe Roger Barbé, échappa de peu aux arrestations en décembre 1940. Électricien à Lannion, Maurice Lagadec fit partie, en 1942, du groupe FPJ (Front patriotique de la jeunesse) constitué autour des frères Provost (Ambroise et Jean). Ces jeunes ouvriers étaient en contact avec Gustave Marzin et Simone Bastien, militants du Parti communiste français (PCF) clandestin. En janvier 1943 ils procédèrent à la destruction de la devanture du bureau d’embauche de l’organisation Todt (entreprises chargées de la construction de fortifications) de Lannion. Puis, le 20 février 1943, il fit exploser une bombe dans le couloir de la maison de tolérance le « Pouf », réservée aux militaires allemands. L’explosif avait été fourni par le père de Maurice qui travaillait dans une carrière à Lannion. Au début de l’année 1943, ils collèrent et distribuèrent également une grande quantité de papillons communistes. Le 7 avril 1943, Maurice Lagadec tenta avec l’aide de Jean Mont de récupérer une arme sur un soldat allemand. Mais l’opération échoua : Jean Mont fut blessé puis arrêté après avoir tenté de fuir. Lagadec quitta alors la région de Lannion, se repliant dans le Centre-Bretagne où il intégra un groupe de FTP organisé autour de François Prigent, important cadre du PCF clandestin. Le groupe, repéré à la suite d’une attaque contre un commerçant de Saint-Nicodème (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), également maire de la commune, le 6 janvier 1944, fut interpellé le soir même dans la planque où il s’était replié à Le Névert en Trébrivan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Jean Pleiber, Arsène Le Bozec et Maurice Lagadec qui se trouvaient à ce moment avec des jeunes filles de la région, se rendirent sans combat à l’inspecteur de la police de sûreté de Rennes, Pierre Le Chanu, et à l’adjudant de la gendarmerie de Callac-de-Bretagne, Prigent, qui les livrèrent aux Allemands. Le Chanu fut exécuté le 5 août 1944, le lendemain de la Libération de Saint-Brieuc. Emprisonné à la maison d’arrêt de Guingamp puis à celle de Saint-Brieuc. Après avoir été sauvagement torturé, avec onze autres FTP tous originaires de l’ouest du département, le 5 mai 1944 il fut condamné à la peine de mort par la cour martiale du tribunal de la Feldkommandantur 665 à Saint-Brieuc « comme franc-tireur ». Durant la nuit qui précéda leur exécution, les douze FTP, incarcérés à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, chantèrent « La Marseillaise » et « L’Internationale » et d’autres chants repris par d’autres patriotes également détenus. Durant leur transfert sur le lieu d’exécution des témoins les entendirent chanter à nouveau. Les autorités allemandes exécutèrent Maurice Lagadec avec ses onze camarades, Marcel Bitaille, Eugène Cazoulat, Auguste Dugay, Émile Henry, Arsène Le Bozec, Charles Le Gallou, Roger Madigou, Pierre Menguy, Jean Pleiber, François Prigent et Roger Quintric, le 6 mai 1944 au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan, par groupes de quatre entre 7 h 10 et 7 h 31. Dans l’après-midi vers 17 heures, un groupe de sept FTP arrêtés à Plouaret ont été fusillés au même endroit. Les dix-neuf corps furent enterrés sur place sans cercueil. Le décès de Maurice Lagadec fut constaté par un médecin allemand à 7 h 10. Maurice Lagadec avait dix-neuf ans. Ces exécutions répondaient à une directive du maréchal Erwin Rommel qui, de passage à Quintin (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), au mois d’avril 1944, avait ordonné, devant la recrudescence des attentats commis par la Résistance, que soient appliquées les mêmes méthodes qu’en Russie. Le fait que ces exécutions furent annoncées par la presse régionale de Vichy met en évidence l’impact sur la population que les autorités d’occupation comptaient donner à l’événement. Quelques jours après l’exécution, le 12 mai 1944, une gerbe fut déposée au monument aux morts de Callac-de-Bretagne avec cette inscription : « Aux héros du 6 mai, fusillés par les boches. » Une oriflamme fut aussi accrochée au monument. Constatant que la population venait déposer des fleurs à l’endroit de la fusillade, les autorités allemandes, craignant sans doute d’autres manifestations de sympathie, firent exhumer les corps par la Croix-Rouge, puis les pompes funèbres de Saint-Brieuc les mirent dans des caisses en bois et les transportèrent à l’abri de tout regard dans la forêt de L’Hermitage-Lorge (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Après la Libération à la demande de Jean-Marie Madigou, le père d’un des suppliciés du 6 mai 1944, Armand Tilly et Louis Lalès, originaires de Louargat (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), entreprirent des recherches pour retrouver les corps. Le 18 août, après une enquête assez longue, aidés par un cultivateur de Ploeuc-sur-Lié (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) qui avait repéré, dans une clairière à cinq kilomètres du bourg de L’Hermitage-Lorge, des monticules de terre, ils exhumèrent dix-neuf « sépultures ». Passant outre à la réglementation préfectorale sur le transport des personnes décédées, les huit corps des suppliciés de Plouaret et de Louargat furent transportés dans leurs communes d’origine. Le comité départemental de Libération (CDL), prévenu de la présence des onze autres corps, dont celui de Maurice Lagadec, fit le nécessaire pour les rapatrier dans leurs localités respectives.
Le nom de Maurice Lagadec figure sur Le monument des fusillés au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan et sur Le monument des Martyrs à L’Hermitage-Lorge, lieu à proximité duquel furent découverts les corps. Une rue de Lannion porte depuis la Libération le nom des frères Lagadec. François Lagadec, né le 7 mars 1922 à Lannion, membre de la compagnie « Tito », fut tué le 26 juin 1944 lors d’une embuscade à la Croix-Tasset en Peumerit-Quintin (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) au cours d’une récupération d’armes parachutées en forêt de Duault. Joseph Lagadec imprimait des journaux pour la Résistance.
L’après-midi 7 FTP tous du secteur de Plouaret (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) furent condamnés à la peine de mort par le tribunal militaire allemand de Belle-Isle-en-Terre (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) et exécutés au même endroit : Arsène Faujouron, Eugène Daniel, Joseph Hénaff, Léon Le Guerson, Auguste Le Pape, Pierre Menou et Auguste Pastol.
Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 2W112, 1043W33 ; archives de l’ANACR-22. – Christian Bougeard, Le choc de la Deuxième Guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’État, Rennes II, 1986. – Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. – Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. – Alain Prigent, Serge Tilly, « Les fusillés et les décapités dans les Côtes-du-Nord (1940-1944) », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, No 12, 2011. – Serge Tilly, L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les lieux de mémoire, Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 10 (2004) et no 11 (2005). – Entretien avec son frère Joseph Lagadec (22 avril 1995) et Marcel Diguerher (16 octobre 1994). – Témoignage d’Armand Tilly.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Photo de Maurice Lagadec ; sentence et article de presse relatant la condamnation à mort et l’exécution de Maurice Lagadec.

Alain Prigent, Serge Tilly

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