Né le 15 septembre 1892 à Saint-Étienne (Loire), fusillé après condamnation le 29 septembre 1942 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; ouvrier du téléphone ; militant communiste ; résistant de l’Organisation spéciale (OS) puis au sein des FTPF.

Fils de Jean, frappeur et de Marie, née André, blanchisseuse, Claude Lornage vécut son enfance, son adolescence et sa jeunesse en pays stéphanois. À l’issue de sa scolarité, il obtint le certificat d’études primaires. De la classe 1912, il participa aux combats de la guerre 1914-1918. Il travailla à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, apprit à monter et démonter des armes. Il épousa en 1916 en mairie de Saint-Étienne Agnès Mounier, avec qui il eut trois enfants.
La famille déménagea et Claude Lornage s’établit comme armurier à Bois-Colombes, puis travailla comme employé à l’usine des Lignes Télégraphiques et Téléphoniques (LTT), à Conflans-Sainte-Honorine (Seine-et-Oise, Yvelines). Ils habitèrent dans la ville, rue de Pierrefitte. Sur son lieu de travail, il adhéra au Parti communiste en 1936 et se syndiqua à la CGT. Il participait aux réunions de cellules et aux fêtes organisées par le parti.
En 1939, après le décret du 26 septembre ordonnant la dissolution du Parti communiste, il n’eut plus de relations politiques. Il changea d’emploi, travaillant au quotidien le Journal des débats. En juin 1940, l’imprimerie du journal se replia neuf mois à Limoges (Haute-Vienne). De retour à Conflans-Sainte-Honorine, il fut neuf mois au chômage, puis embauché à Cormeilles-en-Vexin par les autorités allemandes à des travaux de terrassement sur le terrain d’aviation, emploi qu’il quitta faute de travail en juillet 1942.
Fut-il chef de groupe, puis d’un détachement Francs-tireurs et partisans (FTP), participa-t-il à des actions armées ? Ou devint-il de par sa qualification professionnelle l’armurier chargé de remettre des armes en état de fonctionner ? Lors d’un contrôle d’identité, deux gardiens de la paix arrêtèrent le 11 août vers 21 h 30, sur le Pont-de-Saint-Cloud, Henri Savignac, métallurgiste, trente-sept ans. Il était porteur d’un pistolet 6,35 mm et d’un carnet de rendez-vous. Le 13 août, Charles Bergeyre, mécanicien électricien, vingt-neuf ans, était lui aussi appréhendé.
Des indications portées sur le carnet trouvé sur Henri Savignac, désignait Claude Lornage comme un membre de l’Organisation spéciale du Parti communiste. Quatre inspecteurs de la Brigade spéciale no 2, l’arrêtèrent dans la soirée du 14 août. Il ne portait aucun document sur lui. Lors de la perquisition de son pavillon, il fut trouvé quelques tracts du Parti communiste, La Vie du Parti, de juillet 1942, une brochure, avec pour couverture Le Vol de l’Aigle, texte retraçant la montée de Napoléon, en mars 1815, de Juan-les-Pins à Paris, dissimulait L’heure du combat, un appel à la lutte contre l’occupant.
Dans son atelier furent saisis : un vieux pistolet à barillet, deux baïonnettes, un poignard, deux crosses de fusil de chasse, un barillet de pistolet, trois chiens de fusil, un canon double, cinq chargeurs, une boîte de plomb, un parabellum, calibre 9 mm, année 1916, cadeau d’un client contre une carabine. Ce qui n’était qu’un bric-à-brac hétéroclite suffit aux policiers pour faire de Claude Lornage, ex-armurier au chômage, l’homme chargé de l’armement du groupe dirigé par Henri Savignac.
Il fut interrogé dans les locaux de la BS2. Face aux policiers, Claude Lornage soutint que le contact pris avec lui était récent. Quant à la réparation éventuelle d’armes, il ne possédait pas l’outillage nécessaire. Les analyses pratiquées par le service de l’identité judiciaire confirmèrent ses dénégations. L’examen du canon du parabellum présentant de nombreuses tâches de rouille, elle n’avait pu servir récemment.
Le dernier militant arrêté le 17 août par deux inspecteurs de la BS2 fut Raymond Duhamel, aide monteur, trente-huit ans. Il ne portait aucun papier ou objet suspect. Il était signalé comme militant communiste et avait fait l’objet d’une enquête en mai 1940.
Le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.) jugea les quatre hommes le 19 septembre 1942. Raymond Duhamel fut condamné à trois ans de réclusion. Le 19 octobre 1942, il prit la destination de la prison de Karlsruhe, puis celle de Sonnenburg, près de Francfort-sur-Oder (Allemagne). Le 27 juillet 1944, il était mort. Les trois autres furent condamnés à mort, Henri Savignac pour « aide à l’ennemi et détention d’armes », Charles Bergeyre « aide à l’ennemi » et Claude Lornage « détention d’armes ». Ils furent exécutés le 29 septembre 1942 au stand de tir du XVe arrondissement.
En 1945, sa femme porta plainte contre les inspecteurs qui avaient arrêté son mari.
Son nom fut gravé sur le monument aux morts de Conflans-Sainte-Honorine « déporté et fusillé ».
Le Comité de Libération de la ville organisa le 29 septembre 1945 des obsèques. Un hommage lui fut rendu et il fut inhumé dans la sépulture familiale.
Le ministère des Anciens Combattants lui décerna la mention « Mort pour la France ».
La rue Gibet de Conflans-Sainte-Honorine a pris son nom en mai 1945.
Son nom est gravé sur la plaque du ministère de la Défense à Paris XVème
Sources

SOURCES : Arch. PPo, BA 1801, BA 1928, BA 2116, BA 2117, BA 2299, KB 7, PCF carton 13. – DAVCC, Caen, Boîte 5, Liste S 1744 (Notes Thomas Pouty). – FMD, Livre-Mémorial, op. cit. – Y. Amossé, J. Présent, La Résistance à Conflans-Sainte-Honorine, Le Temps des Cerises, 2013. – Mémorial GenWeb. – État civil, Arch. Dép. Loire.

Daniel Grason

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