Né le 25 février 1889 à Croix (Nord), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; professeur d’Université ; militant syndicaliste de la FGE-CGT ; résistant réseau Renard (Vienne).

Théodore Lefebvre était le dernier enfant d’une famille nombreuse dont le père, Théodore, Auguste, Louis, était employé comptable dans une usine textile de Lille. Son frère Georges, de 15 ans son aîné, devint le célèbre historien de la Révolution française, à qui il vouait une grande admiration. Son oncle était proviseur de lycée et son neveu, Robert Laurent, était également historien (sa thèse porta sur les vignerons de la Côte d’or au XIXe siècle).
Il fit ses études secondaires au lycée Faidherbe de Lille et, après son baccalauréat obtenu en 1907, poursuivit des études supérieures d’histoire-géographie à la faculté des lettres de Lille où il termina sa licence en 1911. Élève d’Albert Demangeon, alors professeur dans cette faculté, il s’orienta vers la géographie et, après avoir enseigné quelques mois au collège de Cambrai (Nord) en 1911, obtint son diplôme d’études supérieures en 1912 et fut reçu à l’agrégation d’histoire-géographie en 1914.
Mobilisé en août 1914 au 43e régiment d’infanterie comme 2e classe, promu sergent en janvier 1915, il fut grièvement blessé le 15 décembre 1916 par des éclats de grenade et cité à l’ordre de son régiment. Versé dans les services auxiliaires par la commission de réforme de Bordeaux en novembre 1917, il fut placé en sursis comme professeur au lycée de Pau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) à partir du 28 janvier 1918. Il obtint une pension d’invalidité permanente de 35% en 1927.
Il épousa en avril 1919 Germaine Collin, née le 22 mai 1895 à Golbey (Vosges), avec laquelle il eut deux fils.
Après avoir enseigné au lycée de Bordeaux (Gironde) en 1923 et 1924, il professa la géographie de 1925 à 1928 à la faculté des lettres de Stamboul (Constantinople), et dans ce cadre, créa un institut de géographie, tout en enseignant au lycée français. Rentré en France, boursier de doctorat (1928-1930), il reprit un poste de professeur au lycée d’Amiens (Somme) (1930-1931) et fut nommé à Paris au lycée Charlemagne (1931-1933).
En 1933, Théodore Lefebvre soutint sa thèse de géographie à la Sorbonne, sous la direction d’Albert Demangeon, Les modes de vie dans les Pyrénées atlantiques orientales, jugée par ce dernier comme une des meilleures monographies de l’école française. Il fut nommé la même année maître de conférences en géographie à la faculté des lettres de Poitiers (Vienne), professeur sans chaire en janvier 1936 puis professeur de géographie générale et régionale en 1937. Surtout intéressé par la géographie humaine dans les campagnes françaises mais aussi en Pologne, au Soudan et au Sénégal, où il fit des missions pour étudier les modes de vie des Peuhls, il devint directeur de l’Institut de géographie et fonda en 1940 le « Groupe poitevin d’études géographiques » dont le bulletin fut l’ancêtre de la revue Norois. Il s’attacha à développer la bibliothèque de l’Institut de géographie. Selon Antoine Perrier, « sa grande bonté, son aménité, son optimisme souriant relevé d’une pointe d’humour lui attiraient l’affection de ses étudiants. Chaque année aux vacances de Pâques, il organisait une excursion à l’intention de ses étudiants pour leur faire découvrir des paysages géographiques différents. »
Dès son arrivée à Poitiers il milita syndicalement et devint secrétaire du bureau départemental de la Fédération générale de l’enseignement-CGT dès la fusion avec la Fédération unitaire en 1935.
Engagé dans la Résistance dès octobre 1940 dans le réseau de Louis Renard, avoué à Poitiers, Théodore Lefebvre fut arrêté lors du démantèlement de ce réseau à la fin septembre 1942. Incarcéré à la prison de Fresnes en février 1943, il fut déporté avec ses compagnons au camp de concentration d’Hinzert en Allemagne. Le 19 avril 1943, les rescapés furent transférés à la prison de Wolfenbüttel en Basse-Saxe ; Théodore Lefebvre fit partie des dix d’entre eux condamnés à mort le 13 octobre 1943. Ils furent guillotinés le 3 décembre 1943 dans un bâtiment de la prison.
Son épouse, dans ses démarches auprès du Ministère pour liquidation de pension, signalait que, résistante elle-même, elle avait fui la Gestapo, et que son fils aîné, Jean-Paul, réfractaire au Service du travail obligatoire, lieutenant dans la Résistance, arrêté par la Gestapo à Angers, torturé, s’était évadé du train le déportant vers l’Allemagne.
Une plaque honore la mémoire de Théodore Lefebvre dans le hall de l’Hôtel Fumé, siège de l’ancienne faculté des lettres de Poitiers ; la bibliothèque de l’Institut de géographie de Poitiers porte son nom.
ICONOGRAPHIE : Photo dans le site du département de géographie de l’Université de Poitiers (http://sha.univ-poitiers.fr/geo/spip.php?article41)
Oeuvres

ŒUVRE :
Outre des articles dans les Annales de géographie, dans les bulletins de la Société de géographie de Lille et de la Société d’anthropologie de Stamboul,

« Le relief des Pyrénées entre Saint-Pé-sur-Nivelle et Elizondo » in Société des sciences, lettres, arts & études régionales de Bayonne, 1926 (3 & 4), p. 237-244, Bayonne, 1926.
Modes de vie dans les Pyrénées atlantiques orientales, Paris, Armand Colin, 1933, 777-XXXIV p. (thèse d’État).

« Quelques aspects des modes de la vie dans la Pologne occidentale » In Mélanges d’orientalisme et géographie offerts à E.F. Gautier, Tours, Impr. Arrault, 1937.

« Remarques à propos de la classification des climats » In Congrès International de Géographie de Varsovie de 1934, 1936.

Sources

SOURCES : Arch. Nat., F/17/27563. — Arch. Départ. Nord, état civil, registre matricule. — Picard Roger, Hommes et combats en Poitou (1939-1945), Martelle éditions, Amiens, 1994. — Site internet VRID (Vienne-Résistance-Internement-Déportation). — Département de géographie de l’Université de Poitiers. — Nécrologie par Antoine Perrier dans Annales de géographie, 1947, vol. 56, n° 304, p. 309. — Notes de Carine Craipeau et de Jacques Girault.

Alain Dalançon

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