Né le 16 juillet 1903 à Bieuzy-les-Eaux (Morbihan), fusillé comme otage le 14 mai 1942 à Caen (Calvados) ; fossoyeur ; militant communiste de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine).

Joseph Le Clainche.
Joseph Le Clainche.
Fils de Julien et Mathurine Le Pen, Joseph Le Clainche demeurait 6 bis rue des Bonnequins, à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Joseph Le Clainche adhéra au Parti communiste lors de la montée des luttes antifascistes, en 1935. Dès 1940, il participa à la distribution de tracts en compagnie d’autres militants de la localité. L’arrestation de Jean Grandel, ex-maire de la ville, entraîna un regain d’activité des militants de la localité. Jean Grandel, avec quelques militants, avait voulu reprendre ses fonctions le 26 juillet 1940 pour se mettre au service de la population qui l’avait élu. Il fut éconduit par quelques employés, puis arrêté à son domicile par le commissaire de police de la circonscription d’Asnières et un inspecteur principal adjoint de la police judiciaire. Il fut doublement inculpé pour « provocation à l’attroupement », et pour « avoir aidé et assisté avec connaissance [deux militants communistes] [Marius] Colin et [René] Sevi » qui étaient eux-mêmes « inculpés d’activité ayant pour objet de propager les mots d’ordre de la IIIe Internationale et détention d’écrits en vue de leur distribution ».
Un papillon fut apposé le 2 août dans la ville : « Libérez Grandel et tous nos camarades », le 6, un tract de la section communiste de Gennevilliers avec l’en-tête de La Voix populaire était distribué demandant la libération de Jean Grandel « qui s’est mis à la disposition de ses mandants alors que ces Messieurs de la Délégation [spéciale] abandonnaient la population de notre ville. [...] Jean Grandel seul a lutté et dénoncé la guerre impérialiste, qui, si on l’avait écartée, eût épargné à notre pays, les tristes épreuves qu’il traverse ». Les militants protestaient contre le fait que : « l’Humanité et Ce Soir, qui ont lutté contre [le traité de] Versailles, contre la Ruhr, qui ont défendu le pacte Sovieto-Allemand, qui ont lutté contre la guerre, dans les premiers jours ne peut toujours pas paraître normalement ».
Une première vague d’arrestations eut lieu à Gennevilliers, à la fin décembre 1940, parmi les militants de la Jeunesse communiste que dirigeaient Maurice Simondin et Francine Saxer. Les policiers arrêtèrent une vingtaine de jeunes filles et garçons. Ils furent tous internés après avoir purgé leur peine. Un rapport interne de la région Paris Ouest du Parti communiste se fit l’écho de ces arrestations : étaient mises en cause « les sorties collectives ». De ce fait, une arrestation en provoquait d’autres au-delà de la ville concernée. « Aujourd’hui, le cloisonnement vient trop tard », constatait le rédacteur.
Un numéro de La Voix populaire commun aux villes de Gennevilliers, Clichy, Asnières et Levallois daté de janvier 1941, fut distribué à la population. Dans celui-ci les militants communistes des quatre villes adressaient à « Maurice Thorez leurs souhaits fraternels de bonne année, ainsi qu’à tous les membres du comité central, état-major courageux de la classe ouvrière ». Il concluait par : « À bas la guerre impérialiste ! Vive la République des Soviets ! » La rubrique de Gennevilliers dénonçait : « la terreur policière » vis-à-vis des jeunes arrêtés, un appel aux « travailleurs à se grouper dans les comités populaires », l’exigence de « la libération des emprisonnés communistes » et de Jean Grandel.
Le 18 février 1941, François Carcedo responsable de la propagande de Levallois-Perret et Gennevilliers, était appréhendé. Il détenait une importante documentation dont une liste de militants. Les policiers des Brigades spéciales d’intervention (BSI) des commissariats de Puteaux et de Levallois-Perret procédèrent entre le 17 février et le 1er mars à plus d’une vingtaine d’arrestations. Joseph Le Clainche fut appréhendé à son domicile le 1er mars. La perquisition fut infructueuse, mais il fut licencié de son emploi par la délégation spéciale nommé par Vichy le même jour, et incarcéré à la prison de la Santé.
Le 21 octobre 1941, vingt militants comparaissaient de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. L’un des membres du tribunal fit référence à un tract du Parti communiste dans lequel François Carcedo était « Voué au mépris public pour s’être fait les auxiliaires des policiers lors de son arrestation en donnant à la police les renseignements que sa responsabilité lui avait permis de connaître ». Joseph Le Clainche fut condamné à dix ans de travaux forcés en tant qu’intermédiaire et distributeur de tracts de l’organisation clandestine de Gennevilliers et Levallois-Perret. Les peines des huit autres militants et militantes de Gennevilliers varièrent de six, dix, quinze, vingt ans de travaux forcés. Tous furent déportés.
Quant à Joseph Le Clainche, il fut incarcéré à Fresnes (Seine, Val-de-Marne), puis à Caen. Le matin du 14 mai 1942, à 7 h 15, il fut informé qu’il serait fusillé comme otage à 10 heures. Le même jour était fusillé le Gennevillois Henri Aguado. En 1945, Marie Le Clainche, témoigna devant la commission d’épuration de la police. Elle indiqua que Joseph Le Clainche, son mari, avait été interrogé durant trois jours au commissariat de Puteaux, frappé et privé de nourriture, et elle reconnut l’un des policiers.
Le 14 janvier 1945, une cérémonie était organisée par la municipalité de Gennevilliers pour l’inhumation dans le cimetière de la ville des huit fusillés de Gennevilliers : Jean Grandel, Henri Aguado, Louis Calmel, Henri Le Gall, Joseph Le Clainche, Georges Thoretton, Jules Larose, et Paul Simo. Le matin, Charles Tillon, ministre de l’Air, vint s’incliner devant les dépouilles des défunts. L’après-midi, six mille personnes suivirent le cortège de la salle des fêtes des Grésillons jusqu’au cimetière, en présence notamment d’Arthur Airaud, inspecteur général des Services, représentant le préfet de police. Des hommages furent rendus par Waldeck L’Huillier, maire de la ville, Henri Gourdeaux, secrétaire de la Fédération postale CGT, et Eugène Hénaff pour le Parti communiste. Joseph Le Clainche fut inhumé dans le carré des fusillés au cimetière de Gennevilliers, une rue de la ville porte son nom depuis décembre 1944.
Sources

SOURCES : Arch. PPo. BA 1928, BA 1931, BA 2057, carton 18, GA G 9, KB 11. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Arch. mun. Gennevilliers. – Livre-Mémorial.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. Municipales de Gennevilliers.

Daniel Grason

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