Né le 29 octobre 1911 à Paris (XIe arr.), fusillé comme otage le 14 mai 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; dessinateur industriel, tôlier ; militant communiste ; résistant.

Fils d’Isaac, ferblantier, et de Rebecca, née Feimomitz (ou Freimowitz), d’origine juive, Bernard Reisnick suivit l’école primaire, obtint le certificat d’études primaires et acquit une formation de dessinateur industriel. Il demeurait chez ses parents, 126 avenue de Fontainebleau (aujourd’hui rue Paul-Vaillant-Couturier) au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne). Il effectua son service militaire comme simple soldat. Il adhéra au Parti communiste en 1936 au rayon de Villejuif-Bicêtre, devint quatre mois après secrétaire de la cellule Carnot de Bicêtre, et ce pendant huit mois. Des membres de la cellule furent exclus, il n’admit pas certaines de ces exclusions et cessa toute activité politique à la fin de l’année 1937.
Pendant la guerre, il travailla avec son père en qualité de tôlier. Début juillet 1941, Frédéric Ricol, ex-dirigeant des Jeunesses communistes, qu’il ne connaissait pas et lui rendit visite. Il lui déclara qu’en dépit de ses désaccords sur le passé, de sa non-appartenance au Parti communiste, il pouvait aider financièrement un mouvement en gestation groupant toutes les confessions, toutes les opinions et qui était dirigé contre l’Allemagne et le gouvernement français. Bernard Reisnick fut chargé de sonder les milieux juifs qu’il connaissait et de collecter de l’argent. Il contacta Abraham Azrac, d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), qui accepta de rassembler des fonds. Il lui présenta Smul Cruc, brocanteur d’Antony (Seine, Hauts-de-Seine). Celui-ci connaissait du monde et collecta mille francs auprès de ses compatriotes, notamment ceux de la Bourse des chiffonniers.
Bernard Reisnick mit en relation Frédéric Ricol avec Benoît Belin, photographe scientifique de laboratoire au Collège de France. Frédéric Ricol demanda à Bernard Reisnick et à Szmul Cruc s’ils connaissaient des ingénieurs chimistes, car il cherchait également à se procurer des armes et du zinc en lamelles. Szmul Cruc lui écrivit une lettre à l’intention de Jacob Ceaplic. À la mi-août 1941, un contact eut lieu au café Dupont, près de la gare Montparnasse, entre Frédéric Ricol, Szmul Cruc et Bernard Reisnick. Le second verserait désormais directement les fonds à Frédéric Ricol, qui leur annonça la constitution d’un Front national de lutte pour l’indépendance.
Interpellé le 9 octobre 1941 par des inspecteurs de la Brigade spéciale no 1 (BS1), Benoît Belin lâcha le nom de Bernard Reisnick. Deux inspecteurs de la BS1 se rendirent à son domicile le 11 octobre vers 11 h 30 ; son père déclara qu’il était absent depuis quelques jours pour un déplacement à Saint-Maixent (Sarthe). Une carte de visite de son hôtel était d’ailleurs posée sur un meuble. La perquisition ne donna rien, les parents de Bernard Reisnick furent emmenés à la préfecture de police et libérés dès le lendemain.
Les policiers appréhendèrent Bernard Reisnick le 12 octobre 1941 à l’hôtel de la Croix-Blanche à Saint-Maixent. Lors de son interrogatoire, il expliqua, au sujet de la collecte d’argent, qu’il craignait de se « heurter à une fin de non-recevoir si la démarche était présentée sous son vrai jour ». Il avait donc décidé de faire « collecter des fonds sous le prétexte spécieux d’aide aux Israélites [...] internés ».
Tout le groupe fut arrêté, dont Odette Pourchasse, amie de Frédéric Ricol, qui fut incarcérée à la Roquette (Paris, XIe arr.). Inculpés d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, tous comparurent le 23 mars 1942 devant la Section spéciale de la cour d’appel de Paris, et condamnés à des peines de prison ; Bernard Reisnick fut condamné à quatre ans et mille deux cents francs d’amende. Szmul Cruc n’était pas dans le box des accusés : il s’était pendu dans sa cellule le 19 mars.
Désigné comme otage en représailles à l’attentat du 2 mai 1942 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), Bernard Reisnick fut passé par les armes le 14 mai 1942 à 9 h 43 au Mont-Valérien. Tous les autres résistants prirent le chemin de la déportation.
Après la Libération Isaac Reisnick, père de Bernard témoigna devant la commission d’épuration de la police. Il déclara que la perquisition de leur domicile ne donna rien, que sa femme et lui ne subirent aucune violence à la préfecture de police. Il rappela : « Mon fils Bernard a été arrêté le 11 octobre 1941 alors qu’il se trouvait à Saint-Maixent dans la Sarthe, puis a été ramené à Paris. »
« Conduit aux Brigades spéciales, il y a séjourné trois jours au cours desquels, il n’a jamais dit avoir été brutalisé. Envoyé au dépôt puis à la Santé, mon fils a été condamné le 23 mars 1942, par le Tribunal spécial à quatre ans d’emprisonnement pour infraction au décret du 26 septembre 1939. »
« Il commençait à subir cette peine à Poissy, lorsqu’il a été remis aux Allemands qui l’ont fusillé le 14 mai 1942. »
Le nom de Bernard Reisnick fut gravé sur une plaque en mairie du Kremlin-Bicêtre avec les morts des deux guerres, ainsi que sur le monument aux morts de la commune en compagnie des victimes de la Seconde Guerre mondiale, sa qualité de fusillé n’était pas mentionnée.
Sources

SOURCES : Arch. PPo. 77W 95, GA R1, KB 32, KB 72, KB 100, 77 W 3112-291702. – Arch. DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – FMD, Livre-Mémorial, op. cit. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – État civil.

Daniel Grason

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