Né le 6 novembre 1906 à Bourbiac (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé le 3 décembre 1942 à Biard (Vienne) ; ouvrier d’usine ; militant communiste.

Marie et Yves Berthou lors de leur mariage en juillet 1936
Marie et Yves Berthou lors de leur mariage en juillet 1936
Fils d’un laboureur et d’une ménagère, militant communiste des Deux-Sèvres, marié avec Marie, Joséphine Lostanlen, à Suresnes, le 11 juillet 1936 (sans enfant dit son dossier du DAVCC, mais sa femme à deux filles, Odette et Louisette, peut-être d’une première union), Yves Berthou fut arrêté le 5 juin 1942 à Thouars par la police française, plus précisément par la police mobile d’Angers (Maurice Rouzier conteste cette date et affirme que Berthou est entre les mains des Allemands depuis le 30 mai 1942, ADDS, 158 W 155). Il était accusé de détention et distribution de tracts, détention de poudre de guerre et d’armes et hébergement de résistants. Pourtant, Marie Berthou informée du début des arrestations avait fait place nette, jetant les armes dans le puits et faisant disparaître tout ce qui était compromettant. La police fit main basse sur l’argent de sa paie, mais cette prise ne figure pas à l’inventaire fait dans le rapport du 14 juin et a sans doute servi, pense Maurice Rouzier, de prime pour les policiers. Franc-tireur communiste, inculpé dans l’affaire de l’OS 680 jugée du 18 au 21 juillet 1942, il fut condamné par la Section spéciale de la cour d’appel de Poitiers le 20 juillet 1942 à deux ans de prison et écroué à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers. Un autre procès eut lieu devant le tribunal militaire de la Feldkommandantur 677 de Poitiers du 18 au 24 novembre 1942. Berthou eut une attitude ferme. Selon un témoin, Martial Coutant, il déclara à la fin de l’audience : « Je suis heureux de mourir et fier parce que je participe ainsi à la lutte contre le nazisme qui va disparaître. La France retrouvera la liberté et le bonheur. Je suis heureux de mourir pour cela. » Un autre témoin, André Forestier, se souvint de ce cri du cœur : « Vous crânez, car vous vous sentez les plus forts. Mais cela n’est que provisoire et un jour vous devrez payer cher tous vos crimes. » Ces propos ne sont, bien sûr, pas à prendre à la lettre car rapportés longtemps après le procès. Pour autant ils témoignent de la force de conviction de Berthou. Tous les condamnés à mort déposèrent un recours en grâce qui n’eut aucun effet. Marie Berthou fut relaxée, mais le jugement fut contesté par le Militärbefeheshaber.
Yves Berthou a été fusillé par les Allemands à Biard (Vienne) le 3 décembre 1942.
Sa femme Marie était agent de liaison de l’OS 680 et membre des « bases arrières ». Son logement isolé, à Belleville, un petit hameau de Sainte-Verge, lui permettait de cacher du matériel « technique » – ronéo, pâte à papier. Elle avait une fille, Louisette (devenue Louisette Beignon), qui l’aida dans ses activités clandestines. Livrée aux Allemands, relaxée au procès des 18-24 novembre 1942, maintenue en prison à La Pierre-Levée, elle écrivit à ses filles le 13 décembre : « Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont bien tristes. Je sais que vous devez savoir le malheur qui nous a frappées » (archives de la famille Berthou). Son départ pour Fresnes la coupa de ses filles. Déportée à Ravensbrück où elle arriva le 10 octobre 1944, elle mourut en déportation le 1er février 1945 (date de déclaration). Ses deux filles eurent bien des difficultés pour subvenir à leurs besoins. L’aînée Louisette éleva des veaux pour une boucherie ; la plus jeune put manger gratuitement à la cantine scolaire.
Le corps d’Yves Berthou fut transféré dans la localité où vivait sa mère, à Pullay (Eure) en 1949.
Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 3, Liste S 1744 (Notes Thomas Pouty). – Maurice Rouzier, Jeunes résistants en Nord Deux-Sèvres. Au cœur de l’OS 680, 1941-1942, La Crèche, Geste éditions, 2012. – État civil.

Claude Pennetier

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