Né le 13 janvier 1924 à Loc-Envel (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé le 23 juin 1944 à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine) ; sabotier ; résistant au sein des FTPF.

Paul Nogré était le fils d’Yves Nogré, sabotier, et de Philomène Lirzin. Après le décès de son mari en 1933, Mme Nogré éleva ses deux filles et ses deux garçons. Elle se remaria en 1938 avec Pierre Augel lui aussi sabotier à Loc-Envel.
Paul Nogré fréquenta l’école publique communale jusqu’au certificat d’études primaire qu’il passa avec succès. Ayant appris le métier de sabotier avec son beau-père, il travailla à la saboterie Kerhoas en Belle-Isle-en-Terre (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Son employeur fut contraint par les autorités occupantes de désigner parmi son personnel trois ouvriers pour partir travailler en Allemagne au Service du travail obligatoire (STO).
Paul Nogré qui s’y refusait voulut passer en zone libre mais son projet échoua. Paul Nogré était le cousin de Roger Madigou.
En contact avec Louis Pichouron, commandant Allain, responsable du PCF clandestin et des Francs-tireurs et partisans (FTP), il entra dans la clandestinité devenant responsable du secteur de Loc-Envel. Il était en contact avec les FTP de Callac-de-Bretagne. Au début du mois de mars 1944, aidé par Maurice Peigné, Aimé Jégou, adjudant en retraite proportionnelle, rapatrié d’Allemagne et Yves Derriennic, ancien second maître radio de la Marine nationale et époux de Bernadette institutrice et directrice de l’école publique de Loc-Envel, il participa à la réception des premières armes parachutées dans le sud-ouest du département le 3 mars 1944 à Maël-Pestivien. Cet armement fut amené à Loc-Envel en camionnette par Eugène Cazoulat et Pierre Louis Menguy, tous deux de Callac-de-Bretagne, puis entreposé dans un bosquet entre Milin-Bastien et la ferme de chez Faucheur à la sortie du bourg en direction de Plounévez-Moëdec. Nogré eut la responsabilité de répartir ces armes dans une grande partie du Trégor (sur les cantons de Belle-Isle-en-Terre, Lannion, Bégard, Plestin-les-Grèves, Plouaret, Perros-Guirec) où elles furent prises en charge par les différents responsables de groupes FTP.
Au retour de mission, le 6 avril 1944, pour tenter de délivrer un FTP de Louargat (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), Armand Tilly qui était présumé retenu à son domicile par les Allemands au bourg de Louargat, Roger Madigou, Paul Nogré, Jean Le Tallec et Raymond Tanguy rencontrèrent une patrouille allemande à Kerbol près de Saint-Paul en Louargat. Si Roger Madigou fut arrêté, Jean Le Tallec, Paul Nogré bien que blessés et Raymond Tanguy parvinrent à s’échapper. Paul Nogré assura sur un ordre venu de Louis Pichouron le changement de secteur d’Armand Tilly, le confiant au bas du château de Tonquédec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) à François Tassel, responsable du secteur de Lannion.
Paul Nogré fut soigné par le docteur Marcel Rouzaut de Cavan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Il se cacha quelques jours à Trégrom (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) chez le boulanger Hyacinthe Le Guen, qui le conduisit le 10 avril 1944 dans une voiture à cheval à son domicile de Loc-Envel. Craignant d’être arrêté par les Allemands, les nuits suivantes, il dormit chez son grand-père demeurant au bourg. La veille de son arrestation, étant allé à un mariage, il revint dormir chez lui avec son jeune frère René âgé de dix-sept ans. Le 13 avril 1944 peu après 6 heures du matin, les Allemands arrivèrent au bourg de Loc-Envel dans deux camions suivis d’une Traction Avant, de marque Citroën, où les témoins remarquèrent un Français vêtu d’un blouson de cuir. Les Allemands bien renseignés l’arrêtèrent à son domicile. Violemment frappé, ainsi que sa mère et son jeune frère, Nogré rejoignit Marcel Le Guillermic et Maurice Peigné, ses deux camarades FTP déjà arrêtés. Les Allemands, en possession d’une liste de noms, effectuèrent une fouille de la maison et saisirent diverses cartes d’alimentation et faux papiers.
La cave, à côté de la maison familiale, dans laquelle Paul Nogré avait entreposé des armes, des munitions et des explosifs ainsi que deux machines à écrire, ne fut pas fouillée.
Deux résistants échappèrent ce jour-là à l’arrestation. Aimé Jégou, adjudant en retraite proportionnelle, responsable du secteur de Loc-Envel, absent de son domicile que les Allemands ne recherchèrent pas au grand étonnement des témoins. Yves Derriennic, ancien second maître radio de la Marine nationale, époux de Bernadette, directrice de l’école publique de Loc-Envel, se cacha dans un poulailler puis partit se réfugier à Kerguiniou en Ploubezre (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Blessé le 23 mai 1944, à Kerguiniou, Yves Derriennic fut arrêté, emprisonné puis massacré le 10 juillet 1944 à Malaunay en Ploumagoar (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Paul Nogré et les deux autres FTP furent embarqués dans un camion à ridelles qui prit la direction de La Chapelle-Neuve (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) distante de 7 kilomètres où eurent lieu quelques heures plus tard quatre nouvelles arrestations. Ils furent emmenés à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Ces arrestations furent liées à la grande rafle opérée le 9 avril 1944 à Callac-de-Bretagne.
La cache d’armes de Milin-Bastien ne fut pas découverte et quelques jours après la rafle Jean Guyomard, résistant de Saint-Éloi en Louargat en contact avec Paul Nogré vint pour récupérer les armes et les munitions. René Nogré, le frère de Paul, lui indiqua l’endroit de la cache.
Le 18 mai 1944, après avoir été affreusement torturés, Nogré et ses deux camarades furent transférés au camp Margueritte de Rennes. Le 22 juin 1944, ils furent transférés à la maison d’arrêt Jacques Cartier de Rennes. Ce même jour, les trois FTP de Loc-Envel furent jugés par le tribunal militaire allemand FK 748 de Rennes pour avoir participé au transport d’armes et condamnés à la peine de mort. Le lendemain, Paul Nogré a été fusillé au camp militaire de La Maltière en Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes avec Marcel Le Guillermic, Maurice Peigné de Loc-Envel et François Touboulic de La Chapelle-Neuve (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Célibataire, il avait vingt ans. Ils furent inhumés au cimetière de l’Est à Rennes. Après exhumation le 16 septembre 1944, le corps de Paul Nogré fut inhumé au cimetière de Loc-Envel. Loc-Envel, peuplé de 200 habitants, fut la commune du département qui compta le plus de victimes de la barbarie nazie par rapport à sa population : trois fusillés et un massacré auxquels il faut ajouter les quatre morts en déportation du Dresnay en Loguivy-Plougras (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) originaires de Loc-Envel.
Roger Touboulic, fils de François arrêté le même jour à La Chapelle-Neuve, fut libéré à Saint-Brieuc huit jours plus tard. Il ramena la chemise de Paul Nogré souillée de sang que les Allemands lui avaient chargé de remettre à la famille. René Nogré, son frère, qui la réceptionna, l’enterra dans le jardin pour épargner à sa mère de nouvelles souffrances.
Dans une lettre écrite sans doute à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc qui parvint à la famille, Paul Nogré affirmait : « Quand je reviendrai, quelqu’un aura des comptes à rendre. »
Le nom de Paul Nogré figure sur La plaque du camp de La Maltière en Saint-Jacques-de-la-Lande et sur Le monument cantonal de Saint-Paul en Louargat.
Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 2W104, 2W117, 2W236, 1176W1. – DAVCC, Caen (Notes Jean-Pierre Besse et Thomas Pouty). – Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards, Éd. Ouest France, 2010. – Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. – Alain Prigent, Serge Tilly, « Les fusillés et les décapités dans les Côtes-du-Nord (1940-1944) », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 12, 2011. – Serge Tilly, « L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les lieux de mémoire », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 10, 2004 et no 11, 2005. – Témoignages de Marie, la sœur de Marcel Le Guillermic ; René Nogré, le frère de Paul Nogré et d’Armand Tilly.

Alain Prigent, Serge Tilly

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