Né le 24 mai 1922 à Paris (XVIe arr.), fusillé le 29 janvier 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant ; résistant agent des services de renseignements militaires du réseau Kléber.

Fils de Charles et de Marie, née Meyer, la famille de Claude Betsch était originaire de la Communauté Germanophone de Belgique. Au début du XVIIe siècle ses ancêtres habitaient à Balen et étaient agriculteurs. Dès 1789, ils vivaient à Eupen (canton d’Aix-la-Chapelle) et rencontrèrent leurs épouses à Aix-la-Chapelle. Ils travaillèrent dans l’industrie de la laine et étaient notamment teinturiers.
Vers 1862, Carl Wilhelm Betsch (Charles Guillaume Betsch) quittait Eupen avec son épouse Maria Catharina Heynen (Marie Catherine Heinen née à Aix-la-Chapelle) et allèrent s’installer à Torcy (Sedan) dans les Ardennes. Ils auront trois enfants dont Jean-Baptiste Lucien Betsch le grand père de Claude Albert Jean, le fusillé. Ils continueront leur migration dans la Marne à Reims où ils se fixeront.
Chez Jean Baptiste Lucien le grand père et sa femme Jeanne Bernardine Marie Serwier, née à Verviers (Belgique proche d’Eupen), on parlait l’allemand. Il n’était donc pas étonnant, que leur petit-fils connaissait parfaitement cette langue.
Il fut élève à l’institut Saint-Joseph, poursuivit des études à Montluçon (Allier), apprit l’allemand en seconde langue. Adolescent, il était un esprit brillant mais frondeur. Ses parents le confièrent un temps à un prêtre de Riom, helléniste et germaniste, qui aurait eu sur lui une forte influence. Bachelier, il prépara son entrée à l’École polytechnique, mais abandonna du fait de son entrée dans la Résistance à l’âge de dix-neuf ans. Il parlait couramment l’allemand.
En mai 1940, il contracta un engagement au service du 2e Bureau, avec le grade d’aspirant du fait de ses diplômes. Il devint agent permanent rétribué du réseau Kléber, prit l’identité de Jean Veillon, vingt-quatre ans, domicilié à Châteauroux (Indre). Il accomplit une mission à Reims (Marne), déroba deux uniformes dans un magasin d’habillement allemand. Revêtu d’un uniforme de feldwebel, il pénétra sur le terrain d’aviation de la ville, releva le nombre d’avions et leur type.
Il se métamorphosa en militaire allemand, devint sous-officier à l’état-major de la Luftwaffe à Paris. Le 1er juin 1941, sous l’uniforme de l’armée de l’Air allemande, il arriva en automobile rendre visite à sa mère : il se rendait à l’état-major général de la Luftwaffe 62 rue du Faubourg-Saint-Honoré (VIIIe arr.). Il y fut arrêté alors qu’il demandait un ausweis et des cartes d’alimentation allemandes, le préposé ne trouva pas son numéro d’inscription sur les listes.
Accusé d’espionnage, de vol et de port illégal d’uniforme, Claude Betsch fut incarcéré à la Santé le jour même, puis à Fresnes. Il comparut le 31 octobre 1941 devant le tribunal de la Luftwaffe, fut condamné à mort pour espionnage. Au début de son emprisonnement, sa mère était autorisée à lui rendre visite chaque semaine, un geôlier compréhensif, un autrichien ancien professeur de latin-grec, sortit plusieurs de ses lettres qu’il fit parvenir à ses parents.
Claude Betsch fut passé par les armes le 29 janvier 1942 au Mont-Valérien, inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Son corps fut restitué à sa famille le 3 janvier 1945 ; celle-ci le fit ré-inhumer dans le caveau de famille au cimetière de La Villette, rue d’Hauptoul (XIXe arr.).
Le ministère des Anciens Combattants le déclara « Mort pour la France » le 3 juillet 1946, à titre posthume. Claude Betsch fut fait chevalier de la Légion d’honneur, et reçut la Croix de guerre avec palme et la Médaille de la Résistance. Il a été homologué résistant des Forces françaises combattantes (FFC), et Interné résistant.
Le Journal de guerre l’abbé allemand Franz Stock donne un témoignage sur ses derniers jours :
« Jeudi 29.1.42
Claude Betsch Fresnes - fusillé le 29 janvier , espionnage, a passé des mois au cachot, souvent confessé et communié le dernier jour dans sa cellule, mort pieusement. A refusé d’avoir les yeux bandés, d’être attaché. Tribunal de la Luftwaffe à Paris - mort en priant après que je lui ai donné la dernière bénédiction. Avait écrit des lettre à ses deux petits frères, à ses parents, père directeur général dans un bureau, place Saint-Sulpice. Ne pensait qu’au chagrin de ses parents, lui, ça le laissait indifférent.
Le commandant me dit : "Dites aux parents que leur fils est mort avec bravoure", l’ai dit au père. Les parents me remercièrent : "Merci de ces paroles de consolation". Enterré à Ivry.
....
Mercredi . 2. 42
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À la maison attendent déjà Monsieur et Madame Betsch, qui souhaitent avoir des nouvelles de leur fusillé le 29.1 Sereins dans leur foi. » (Stock, p. 58).
Dernière lettre de Claude Betsch à ses parents, datée du jour de l’exécution, une lettre sans rature, d’une écriture régulière et ferme. Claude Betsch écrit aussi à ses deux frères cadets, Jean-Pierre et Philippe, en moulant toutes ses lettres pour que les deux petits garçons puissent lire.
"Mes bien chers parents, c’est la dernière fois que j’écris ce titre qui fut celui de tant de lettres. Vous saurez sans doute ce qui sera arrivé quand on vous remettra cette lettre. Je sais combien vous en serez tristes, et c’est sans doute ce qui rend ma fin quelque peu triste. Voyez-vous, je ne sais quoi dire pour vous faire comprendre qu’il ne faut pas être triste, qu’il ne faut pas vous désespérer. Dites-vous que je suis tombé pour mon pays d’abord, et que c’est là une belle mort, une très belle mort. La seule chose qui m’attriste vraiment, c’est de ne pas vous laisser de moi le souvenir d’un enfant qui jusqu’à la dernière heure ne vous aura pas donné que des satisfactions, mais bien au contraire celui d’un enfant qui aura peuplé votre vie de soucis et d’ennuis. Vous avez avec vous les meilleures consolations qui se peuvent souhaiter : ce sont mes deux frères. Vous les aimerez pour moi. Je suis sûr qu’aucun d’eux ne vous causera de soucis, car, de là où je vais, je veillerai sur vous autant que je pourrai. Je vais rejoindre Ivan. Nous serons deux là-haut à prier et à vous protéger. Mes bien chers parents, mes chers parents, je vous supplie de ne pas pleurer : ma mort, voyez-vous, est une mort qui fut celle de bien des héros. Vous pourrez vous dire que je suis tombé en chantant la Marseillaise.
 
Je voudrais vous épargner ce nouveau chagrin, mais je ne le puis. Je voudrais vous dire tout ce qu’il y a en moi de remords pour tous les chagrins, tous les soucis que je vous ai causés, mais je n’en ai pas le temps. J’aurais voulu voir vous ou mes frères, une dernière fois, cela aussi m’aura été refusé. C’est au moment où l’on ne peut plus rien faire que l’on sent monter en soi toutes les bouffées de générosité que l’on a refoulées toujours.
 
Je prie pour que la désillusion ne soit pas trop forte pour vous. On est venu me dire tout à l’heure que je partirai à quatre heures. Je ne puis vous exprimer ce que je ressens en ce moment car c’est trop confus. Mais je n’ai pas peur, et vous pourrez vous dire que je serai mort sans avoir peur. Sans avoir peur car je sais où je vais, et voyez-vous cela est tout. Nous nous reverrons un jour et ce sera là où nous ne connaîtrons plus ni soucis ni chagrins, là où nous oublierons ensemble tous les mauvais jours que nous avons vécus.
Je pars sans peur aussi parce que je sais que je continuerai à vivre en vos pensées et en celles de mes frères. Vous pourrez dire à Jean-Pierre la vérité. Il comprendra.
Je n’ai rien à vous léguer en souvenir. Je demanderai à ce que le portemine avec lequel j’ai écrit cette lettre vous soit remis. Ce sera le dernier objet que j’aurai touché. Embrassez bien une dernière fois mes frères pour moi. Encore une fois, ne pleurez pas. Plus tard le vrai sens de ma mort apparaîtra. Je vais partir. Recevez de votre fils qui ne vous a pas assez aimés les plus affectueux baisers. Aimez mes frères pour moi. Parlez leur de temps en temps de leur grand frère qui les a tant aimés et recevez mon dernier adieu, mon dernier baiser, ma dernière pensée.
Claude
 
P.S. On me prie d’ajouter au moment de partir que vous pourrez réclamer mon corps au tribunal. Je désirerai me trouver avec mon frère dans le caveau familial. Encore une fois je vous embrasse affectueusement - une dernière fois. Il faut que vous fassiez une demande au tribunal. Encore une fois mes derniers baisers.
 
Je vous prie aussi de vous mettre en relation avec l’aumônier de la prison, qui vous facilitera sans doute les démarches."
 
Mes chers petits frères,
 
Vous ne reverrez plus votre grand frère, mais votre grand frère pensera à vous toujours. Il ne vous oubliera jamais. Avant de partir pour toujours, votre grand frère voudrait vous dire qu’il vous a aimés, bien aimés, sans que vous vous en rendiez très bien compte. Il voudrait bien pouvoir rester longtemps et il ne le peut pas. Aussi, c’est pourquoi j’écris cette lettre que je vous demande de garder toujours."
 
Lettre, enfin, à Madame Lallier :
 
"Chère Madame,
 
Cette lettre, une des dernières qu’il m’est donné d’écrire, vous expliquera pourquoi j’ai pu disparaître sans vous donner aucune nouvelle depuis le 9 mai dernier.
 
Je vais être fusillé dans quelques heures - deux heures . Je tiens, avant de mourir, à vous remercier vous et Colette pour les quelques instants de bonheur que j’ai pu vivre en votre compagnie. Comme, de toute façon, vous devez savoir par les journaux ce qui m’est arrivé, je vous écris pour que vous sachiez que je meurs sans peur - avec fierté.
Je serais heureux que Colette voulût bien conserver les quelques objets qu’elle tient de moi. Peut-être ainsi mon souvenir vivra-t-il plus longtemps.
Je suis sûr, Madame, que vous excuserez l’importunité de cette lettre, eu égard au moment où elle vous arrivera et au moment où elle est écrite.
 
Et, avec tous mes remerciements, je vous prie de recevoir, une dernière fois, l’expression de ma respectueuse amitié.
 
Claude Betsch.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (notes Thomas Pouty). – Bureau Résistance, Vincennes, GR 16 P 56951. – Livre d’Or du Mémorial de Ramatuelle 1939-1945, édité par l’Amicale des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (AASSDN), Paris, 2005 ; Correspondance avec sa famille http://aassdn.org/araMnbioBe-Bh.html. –— Mémorial GenWeb.— Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 58.

Daniel Grason

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