Né le 19 juillet 1880 à Soissons (Aisne), fusillé comme otage le 21 février 1942 à Moulin-sous-Touvent (Oise) ; marchand forain ; militant communiste de l’Aisne.

Léon Durville
Léon Durville
Léon Durville était le fils d’un manouvrier. Il épousa le 9 décembre 1910, dans sa commune natale, Juliette Buré, veuve Jaufret. Domicilié 38 avenue Voltaire à Soissons, il était marchand forain, parfois noté aussi comme hôtelier.
Il figurait sur la liste des « communistes notoires qui seront pris comme otages par la Kreikommandantur de Soissons au cas où des incidents surviendraient dans la ville » envoyée par le commissaire de police de Soissons le 30 août 1941 au préfet de l’Aisne. Il aurait été secrétaire de la cellule communiste de Soissons.
Le 29 septembre 1941, un attentat fut organisé à Courmelles (Aisne) contre une sentinelle allemande. Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1941, dix-sept communistes furent arrêtés à Soissons et dans la région, parmi eux Léon Durville.
À la suite de l’attentat de Rouen contre des soldats allemands, le 4 février 1942, Léon Durville fut transféré comme otage au camp de Royallieu à Compiègne (Oise).
Fusillé le 21 février 1942 à la Butte aux Zouaves à Moulin-sous-Touvent, avec Émile Michaud et Arthur Lefebvre, il a été inhumé à Carlepont.
En mai 1945, il a été réinhumé à Soissons.
Son nom est inscrit sur les stèles de Moulin-sous-Touvent (six fusillés les 21 février et 7 mars 1942) et de Carlepont ainsi que sur le monument aux morts de Soissons.
Le musée de Tergnier conserve une transcription de la dernière lettre de Léon Durville (Arch. dép. Aisne 82 J 3) :
« Cher Camarade,
 
Je vais au casse-pipe, ma dernière pensée est à vous. Je vous souhaite de vous en tirer mieux que moi. Je vais faire comme Dédé demandé un prêtre. Je compte sur vous pour faire le nécessaire. Je vous remercie tous des jours que j’ai passés avec vous. Au revoir à tous. Dis bien que je vais essayer de mourir courageusement en pensant à vous. Au revoir à tous. Dis bien que je vais essayer de mourir courageusement en pensant à vous et aux copains qui j’espère…
Les hommes de garde se relèvent toutes les heures - je ne me fais pas d’illusions )- fais pas attention à mon écriture ) tu penses je suis émotionné, on le serait à moins, mais je suis résolu. J’ai envie de faire une bétise, j’essaie de me remonter
j’ai oublié d’embrasser HELLER - Dédé fais le pour moi. Je ne vais pas dormir, je sais ce qui va m’arriver - c’est le letton qui passera cette lettre - serre la main à RICHARD et à LEBILLON dis-lui que je vais mourir courageusement - au revoir à tous.
Je vais essayer de parler de SAGET le Gaulliste, c’est lui mon assassin - pauvre Dédé - pauvre camarade - souhaite le bonjour à ta femme et remercie là - fais le nécessaire pour prévenir Maurice - dis-lui que je voudrais être enterré avec ma femme à Soissons, je vais passer une drôle de nuit ) excuse mes moments de mauvaise humeur que j’ai pu avoir avec vous et faites toujours respecter ma mémoire, car je crois avec [avoir] toujours fait mon devoir envers mes camarades, je meurs tranquille ) dis aussi à COTIN qu’il me pardonne mes moments de mauvaise humeur et aussi à toi mon pauvre Charlot - au revoir à tous à Mimille bon petit copain à Marius à René LAVARDE et au petit René, au rouquin de BUSSY, enfin à tous - celui qui vous a aimés Léon DURVILLE. J’oubliais mon pauvre copain ROBOITRE et le cordonnier deux braves copains. J’espère que cette lettre vous parviendra. Adieu LÉON -
Dédé conserve cette lettre pour ton musée c’est mes dernières pensées. Il est 10 heures j’ai un bon moral, que cela ne vous empêche pas de faire la fête dimanche avec les copains vous penserez à moi - dis adieu à HELLER dis lui que je saurais mourir courageusement. Les copains qui sont avec moi ont aussi un bon moral. Si la lettre te parvient tu la recopieras et tu la conserveras.
[en marge Dédé MALHEURTY, chambre 3. Maurice JOFFRET
7 Place d’Alsace-Lorraine SOISSONS]
Il est 11 heures il fait froid les sentinelles qui montent la garde ont plus froid que nous, nous avons du feu, mais je grelotte de fièvre on l’aurait à moins, hein Dédé pour une fois tu seras d’accord avec moi. Je pense à tous mes camarades je voudrais être le dernier à tomber mais malheureusement je crains j’attends l’heure avec impatience, ça doit faire drôle. Je sais que Charlot va être affecté - mais j’ai eu le bonheur de vous embrasser - Il y a avec moi le camarade MICHAUD et le camarade LEFRERE, ils ont un bon moral - aussi adieu à BRUNOGHE à Nénesse - à tous les petits de Soissons - dites-leur que je vais mourir courageusement - tous les demi-heures on écoute ce que nous faisons en attendant l’heure du départ. Adieu aussi à Lucien et à Plouc à Alexandre et Julot à Marcel le lardé - enfin je dis adieu à tous les camarades du camp j’emporte un bon souvenir de vous car je n’avais pas d’ennemis.
Adieu LEON .
Pardonne moi mon vieux Busa, j’étais plutôt blagueur que méchant tu l’as bien compris et tu m’as pardonné, pense souvent à moi. Adieu.

Monographie de lieu d’exécution : Compiègne-Royallieu, Moulin-sous-Touvent, forêt de Carlepont (Oise) : février-mai 1942
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty) ; musée de la Résistance de Tergnier ; Arch. dép. Aisne 82 J 3. – Alain Nice, La guerre des partisans, Histoire des Francs-tireurs partisans français, Histoire de la Résistance ouvrière et populaire du département de l’Aisne, Bosmont-sur-Serre, 2011. — Sites Internet : MemorialGenweb. — État civil.

Jean-Pierre Besse, Delphine Leneveu, Frédéric Stévenot

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