Né le 31 mars 1910 à Toulouse (Haute-Garonne), fusillé le 8 avril 1944 à Toulouse ; chef de gare ; résistant, membre de l’Armée secrète (AS) et du réseau Buckmaster.

François Laguerre était le fils d’un cuisinier. Il se faisait appeler "Frank". Il était titulaire du certificat d’études primaires.
Il devança l’appel et s’engagea en 1929 au 29e régiment d’ Artillerie de Tarbes (Hautes-Pyrénées). En décembre 1936, il entra à la Compagnie des chemins de fer du PO-Midi et fut affecté en qualité de facteur mixte en gare de Terrasson-Lavillededieu (Dordogne).François Laguerre était marié avec Marie Lortal. Le couple n’eut pas d’enfant.
Il fut mobilisé en septembre 1939, d’abord au 67e régiment d’artillerie de Sétif (département de Constantine, Algérie). Puis, en novembre 1939, il partit à Toulouse (Haute-Garonne) pour intégrer le 117e régiment d’Artillerie. Cette unité fut envoyée sur le front et participa à la campagne de France de mai-juin 1940. En mai 1940, sa batterie fut soumise à un bombardement à proximité de Châlons-sur-Marne (Marne) et eut la vie sauve grâce à son casque sectionné en deux par un éclat d’obus. Le 13 juin 1940, après avoir été replié au camp du Ruchard, il fut envoyé aux Sables-d’Olonne (Vendée). Il fut capturé à Laval (Mayenne) avec un lieutenant et un sous-officier d’un groupe de reconnaissance. Il réussit à s’évader une première fois à bord d’une voiture et rejoignit les lignes françaises. Capturé une seconde fois il fut enfermé, le 24 juin 1940, dans le camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure). Il fut libéré en qualité d’agent de la SNCF.
À partir de 1940, Il était domicilié à Duras (Lot-et-Garonne). Il était chef de gare à Duras, commune du nord-est du Lot-et-Garonne, à la limite de la Gironde. La ligne de Bordeaux à La Sauvetat-du-Dropt (Lot-et-Garonne) et, au delà, Bergerac, artère secondaire drainant un faible trafic, anciennement rattachée au Paris-Orléans est aujourd’hui déposée et la gare où habitaient Laguerre et sa femme a été transformée en maison privée. Sa femme était employée. Le couple recueillit un neveu de cinq ans dont le père était prisonnier en Allemagne. Leur logement de fonction abrita aussi le père de François âgé de soixante-treize ans.
Membre de la Résistance depuis décembre 1942, officiellement depuis mars 1943, il appartenait à l’AS et au réseau Buckmaster du SOE (circuit Wheelwright formé par George Reginald Starr alias "Hilaire" ou "Gaston". Il participa, à la fin de 1943 à la réception d’un parachutage dont il assurait la protection, armé d’un revolver.
En octobre 1943, la trahison d’un membre de l’équipe de réception de La Réole provoqua des arrestations et la découverte d’une partie des dépôts d’armes. La police allemande put sans doute identifier alors les membres de l’équipe de réception.
Il fut arrêté le 25 février 1944 à la gare de Duras par la Sipo-SD et dirigé vers Agen (Lot-et-Garonne). Il était accusé d’être « détenteur d’armes, instructeur de jeunes FFI » et d’avoir « participé à des parachutages et organisé des maquis ».
Incarcéré dans la prison d’Agen (Lot-et-Garonne), François Laguerre fut transféré le 2 mars 1944 à la prison Saint-Michel de Toulouse. Le 8 avril 1944, considéré comme Freischärlerei (franc-tireur) il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand pour le sud de la France (Feldgerichts des Kommandanten des Heeresgebiettes Südfrankreich), qui siégeait dans la ville. Il a été fusillé le jour même à Toulouse, peut-être comme otage, dans un contexte local lié aux attentats. Il fut exécuté en même temps que deux autres agents de son réseau ; Jean Brisseau et Pierre Dubois.
Son corps fut retrouvé en septembre 1944 dans le charnier de Bordelongue (Toulouse, Haute-Garonne). Il fut ré-inhumé le 7 septembre 1944 dans le caveau familial du cimetière toulousain de Terre Cabade.
« Mort pour la France », François Laguerre fut homologué à titre posthume lieutenant des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Il fut reconnu comme interné politique le 13 septembre 1963. Son nom figure sur le monument aux morts de Duras et sur la plaque commémorative apposée en gare de Marmande (Lot-et-Garonne).
Voir Toulouse, prison Saint-Michel et charnier de Bordelongue (9 novembre 1943-18 avril 1944)
François Laguerre écrivit une dernière lettre à ses parents. Certains passages furent censurés. Elle parvint à ses destinataires une quinzaine de jours après :
"Bien chers parents,
Courage, mes très chers, je vais expier dans quelques heures la faute d’avoir été trop patriote. C’est la dernière fois que vous lirez mon écriture, car je vais être fusillé cet après-midi à 17 heures. je suis très courageux et n’aspire, dans mes dernières pensées, qu’à vous insuffler la force et le courage de supporter cette rude épreuve. (...). Je pars sans remords et rien à me reprocher envers mes semblables. je ne récrimine pas contre non sort, je désire seulement que mon exemple serve de leçon à pas mal de Français et que certains se rappellent que suis mort pour eux. Je ne manque pas de courage et irai à la mort la tête haute ainsi qu’un bon français doit le faire (...). Je vous prie, mes chers parents, de bien vouloir lire entre ces lignes tout ce que je ne puis écrire et que je suis incapable d’exprimer en ce moment. Veillez sur Renée et sur Ginette [sa soeur] et tous ceux que j’adore (...) Vive la France. Votre Frank. Ma dernière pensée à vous tous. Adieu".
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII dossier 5 ; Liste S 1744 (réf. 270/44 et 305/44) ; dossier AC 21 P 66211 (Notes Thomas Pouty). — Stéphane Robine, entrée "Laguerre François" in Thomas Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression 1940-1945. Mémorial, Paris, Perrin/SNCF, 2017, 1763 p. [pp. 843-844] — Site MémorialGenWeb.

André Balent, Jean-Pierre Besse, Frédéric Stévenot

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