Né le 11 août 1907 à Borgo (Corse), fusillé le 13 mars 1943 à Angers (Maine-et-Loire) ; manœuvre ; résistant FTPF dans le Maine-et-Loire et la Vienne.

Laurent Bastiani, fils de François et de Niellini Prassepia, était marié à Simone Vildaret et était domicilié au no 49 de la rue des Quatre-Roues à Poitiers (Vienne).
Le 1er juin 1942, il s’engagea dans les FTPF où ses pseudonymes étaient Jean et Andreis. Il devint agent de liaison pour le groupe de Saumur (Maine-et-Loire) dirigé par Marcel Hamon, colonel Courtois, responsable de l’organisation spéciale dans le Maine-et-Loire (1941-1942).
Dans le cadre de son enquête, suite à l’incendie du parc à fourrages à Angers, dans la nuit du 19 au 20 novembre 1942, l’inspecteur OPJ Savin fut sur les traces d’un suspect, Raymond Duchesne. Ce dernier fréquentait d’une manière régulière la maison de tolérance, rue de la Chartre à Angers. Son dernier passage y fut signalé le 9 novembre 1942. Depuis, averti par sa maîtresse qu’il était recherché par la police, il n’y couchait plus. En revanche, la tenancière informa l’inspecteur Savin qu’un camarade de Duchesne, ayant une pièce d’identité au nom d’Andreis avait l’habitude de venir dans son établissement. Elle précisa qu’il devait revenir dans l’après-midi du 12 décembre 1942. Elle ajouta que cet Andreis avait dit qu’il vivait avec des camarades dans une caverne où étaient entreposées des armes à 15 ou 20 kilomètres d’Angers. Cette femme promit à l’inspecteur de l’avertir par téléphone immédiatement après l’arrivée d’Andreis. Alerté comme convenu, le 12 décembre, vers 17 heures, l’inspecteur Savin, accompagné d’inspecteurs, se rendit à la maison de tolérance. L’arrestation fut très mouvementée. Les policiers arrivèrent à maîtriser l’individu avant qu’il put faire usage du pistolet calibre 6,35 mm qu’il portait sur lui. Une fois conduit dans la voiture, il fut identifié comme étant Laurent Bastiani.
Ramené au commissariat, il fut entendu par le commissaire Poupaert de la 4e brigade régionale de la police mobile. Il était recherché par la police depuis le 24 août 1942 à la suite de tentatives d’attentats commis à Thouars (Deux-Sèvres) le 20 avril 1942, à Chasseneuil (Indre) le 2 juin 1942 et à Bruxerolles le 27 juillet 1942. Les enquêteurs savaient qu’il appartenait depuis cette époque à l’Organisation spéciale de Poitiers (Vienne) et que depuis il s’était installé à Saumur où il avait été pris en charge par Michel Muzard, alias Henry, responsable militaire du Parti communiste de la région d’Angers.
Au cours de cet interrogatoire mené par le commissaire Poupaert, Laurent Bastiani reconnut être l’auteur ou le co-auteur de quatre sabotages : le 2 juin 1942, le sabotage à l’explosif du pylône à haute tension sur la commune de Chasseneuil (Vienne), de la ligne reliant Eguzin à la sous-station de Chaumont, et alimentant la ligne électrique Bordeaux-Paris ; le 27 juillet 1942, la tentative d’attentat à l’explosif d’un pylône caténaire soutenant la ligne électrique de la voie ferrée Bordeaux-Paris, à Buxerolles (Vienne). Dans cette opération, il avait été aidé par Eugène Bardon, électricien, domicilié à Poitiers et membre de l’OS de Poitiers ; le 20 novembre 1942, l’incendie du parc à fourrages, avenue de Chanzy à Angers. Michel Muzard, Raymond Duchesne, alias François, Octave Delage, alias Martial ou Pierre Bonsergent y avaient aussi participé ; le 28 novembre 1942, le sabotage d’un signal sur la voie ferrée Saumur-Thouars, sur la commune de Brézé-Saint-Cyr (Maine-et-Loire).
Laurent Bastiani reconnut aussi qu’il était le chef de bande pour ces coups de main et qu’il recevait ses directives de Michel Muzard. Au cours de cet interrogatoire, Bastiani fut amené à déclarer que ce 12 décembre 1942, à 19 heures, il devait avoir rendez-vous place de la gare d’Angers avec François (Raymond Duchesne) et Martial (Octave Delage). Le commissaire Guichandut accompagné de sept inspecteurs transporta Bastiani sur les lieux. À 19 h 10, Bastiani déclara que Martial venait de rentrer dans le café Neau. Après avoir attendu qu’Octave Delage fût ressortie de l’établissement, le commissaire et l’inspecteur Magnou l’arrêtèrent. Vers 19 h 20, ce fut au tour de François de rentrer dans ce même café. En ressortant, Raymond Duchesne se mit à courir et sortit son arme. Il fut abattu.
Les arrestations ne s’achevèrent pas là. En effet, Laurent Bastiani déclara aussi que depuis plusieurs semaines, il vivait chez les Forest, un couple de cultivateurs, domiciliés à Trélazé (Maine-et-Loire). Ce même 12 décembre 1942, vers 22 h 30, les commissaires Guichandut et Gouillaud, accompagnés d’inspecteurs, ainsi que de deux gendarmes de la brigade de Trélazé firent irruption chez les Forest. Louis Forest était attablé avec Albert Quintin, Marcel Loffel et Marcel Sardo. Tous les quatre, ainsi que Madame Célestine Forest et Victor Charrier furent arrêtés et conduits à la brigade de gendarmerie de Trélazé. Au cours de la perquisition de la ferme, qui dura jusqu’à 3 h 30 du matin, 13 322 tracts ou brochures d’inspiration communiste, différents produits chimiques destinés à la fabrication d’explosifs, deux revolvers, une canne-fusil, des munitions et des documents manuscrits furent saisis.
Enfin, au cours de son interrogatoire avec le commissaire Poupaert, Laurent Bastiani fut amené à déclarer que son chef hiérarchique immédiat dans l’organisation des FTPF était Michel Muzard, alias Henry, responsable militaire régional du Parti communiste. Il ajouta qu’il avait rendez-vous avec lui le lundi 14 décembre 1942, à 16 heures, non loin de la gare d’Angers. Il devait arriver de Saumur par le train de 15 h 45. Le lundi suivant, les policiers appréhendèrent Henry qu’avait identifié Bastiani présent sur les lieux.
Suite à cette série d’arrestations, la police française remit Laurent Bastiani aux autorités militaires allemandes. Le 13 décembre 1942, à 4 heures, avec son ami Octave Delage, il fut incarcéré à la prison du Pré-Pigeon à Angers, quartier allemand. Il y fut amené par la police française affiliée au Sipo-SD. Le 9 mars 1943, avec Michel Muzard et Octave Delage, il fut traduit devant le tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 595 d’Angers présidé par le docteur Heinrich. Ils furent accusés d’être des francs-tireurs et d’avoir commis des attentats contre l’armée d’occupation, dont entre autres : le sabotage par explosif de pylônes à haute tension à Chasseneuil et Bruxeroles, les 2 juin et 27 juillet 1942, et l’incendie du parc à fourrages à Angers, le 20 novembre 1942.
De retour dans sa cellule (no 6), Laurent Bastiani grava sur un mur : « Bastiani Laurent – Condamné à mort par le tribunal militaire allemand le 9.3.43 à Angers comme franc-tireur patriote. » Le 13 mars 1943, à 17 heures, Laurent Bastiani fut exécuté dans la clairière de Belle-Beille à Angers, avec Michel Muzard et Octave Delage.
Il fut ensuite inhumé dans le cimetière de l’Est à Angers (carré 5, rang 8, fosse 9). Réclamé par sa famille, il fut exhumé le 18 septembre 1948. Tous les troisièmes dimanches du mois d’octobre, une cérémonie a lieu devant le monument des fusillés de Belle-Beille au cours de laquelle son nom est cité.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Maine-et-Loire, 303 W 286, 303 W 290, 303 W 292. – Arch. mun. Angers, 4H103. – Acte de décès. – Registre des inhumations du cimetière de l’Est à Angers. – Registre de la maison d’arrêt d’Angers (p. 34-35).

Bertrand Gogendeau

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