Né le 11 juillet 1914 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé le 17 mai 1944 à Angers (Maine-et-Loire) ; tapissier décorateur ; résistant ; membre du réseau Cohors-Asturies.

plaque sur la sépulture de Louis BOUILLET au cimetière Le Cens St Martin à Nantes
plaque sur la sépulture de Louis BOUILLET au cimetière Le Cens St Martin à Nantes
Archives privées.
Louis Bouillet était le fils de Louis et Angèle Hégron. Il perdit son père très jeune, en 1916 (ce dernier était menuisier). Louis Bouillet se maria à Nantes en septembre 1934 avec Marcelle Ridel. Il était alors tapissier décorateur et son épouse employée de commerce. Ensemble, ils eurent deux enfants.
Aimant avant tout l’action, Louis Bouillet, dès l’âge de quinze ans, fut attiré par l’aviation. Il n’était pas un jeune homme fortuné, mais un simple ouvrier tapissier, dont la valeur professionnelle en fit le plus jeune contremaître de sa corporation à Nantes. C’était donc seulement par son travail et sa persévérance qu’il parvint à être moniteur de vol à voile (brevet C en 1938), puis pilote d’avion.
Mais, en septembre 1939, la guerre éclata. Âgé de vingt-cinq ans, il était résolu à servir son pays comme pilote militaire. Malgré ses efforts, il n’arriva pas à atteindre son but. Avec l’armistice et l’occupation allemande de Nantes, il décida d’intégrer la Résistance. Il s’engagea dans le mouvement Libération-Nord, puis le réseau Cohors-Asturies, groupe « Basse Loire ».
En mars 1943, la direction du groupe « Action immédiate » du groupe « Basse Loire » fut confiée à Émile Lagarde. Louis Bouillet devint son adjoint. Ensemble, ils recrutèrent Charles Briaudet, Jacques Delaunay, Yves Even, Alexis Nouvel et François Troussard. À ceux-ci, s’ajoutaient occasionnellement d’autres membres du réseau.
À cette époque, il était contremaître dans l’entreprise Veuve Gustave Charon située sur les quais de la Fosse à Nantes. Cette société spécialisée dans la tapisserie-literie fournissait la Marine nationale. Son activité clandestine l’amena souvent à s’absenter pendant ses heures de travail, pour raisons personnelles.
En août 1943, il participa à l’opération « Barakuda » qui désignait la base sous-marine de la Kriegsmarine à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Dans un message adressé à Londres, le 13 août 1943, Jean Cavaillès, qui avait lui-même été de cette expédition, écrivait : « Opération Pontchâteau pleinement réussie. Deux lignes télégraphiques alimentant Barakuda hors service pour minimum 15 jours par la suite de la suppression de pylônes ». Avec Émile Lagarde, Raymond Gaborit, Alexis Nouvel et Mademoiselle Pasquier de Mauves-sur-Loire (Loire-Inférieure, Loire Atlantique), il commit un attentat contre un train allemand à Mauves-sur-Loire. Pour assurer ses fonctions, Louis Bouillet alla jusqu’à prendre un congé sans solde du 4 décembre 1943 au 28 février 1944.
Il ne reprit pas son poste longtemps, puisque le 4 avril 1944, il fut arrêté par des agents de la Sipo-SD chez son employeur, malgré les efforts de sa femme pour l’avertir. Réfugiée au Bignon, commune au sud de Nantes, Mme Bouillet était, ce jour-là, à Nantes. Ce fut en accédant à son appartement, rue des Petites Écuries, que voyant la porte éclatée et entendant parler allemand, qu’elle comprit la situation. Après avoir échappé par miracle à l’agent allemand, qui, pressentant sa présence, se lança à sa poursuite, elle atteignit le lieu de travail de son mari. Hélas, il avait déjà été embarqué.
À son retour, la Sipo-SD l’attendait. Dans le même temps, Mme Bouillet put prévenir Roger Nouvel, qui était barman au « Café de Nantes », place du Commerce à Nantes et qui servait de boîte aux lettres pour le réseau. Le lendemain, 5 avril, Louis Bouillet fut incarcéré à la prison du Pré-Pigeon à Angers (Maine-et-Loire), dans le quartier allemand (cellule no 79). Le 17 mai 1944, Louis Bouillet, Émile Lagarde et sa femme Raphaëlle, Charles Briaudet, Jacques Delaunay, Yves Even, les frère Alexis et Roger Nouvel, François Troussard et son fils Francis furent jugés par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 518 de Nantes. Madame Lagarde, Roger Nouvel et Francis Troussard furent condamnés aux travaux forcés, c’est-à-dire à la déportation en Allemagne. Les autres furent condamnés à mort et exécutés le même jour. À 18 h 39, Louis Bouillet, Émile Lagarde, Alexis Nouvel et Yves Even furent fusillés derrière le champ de tir militaire de Belle-Beille. Vingt-trois minutes plus tard, soit à 19 h 02, c’était au tour de Charles Briaudet, Jacques Delaunay et François Troussard.
Louis Bouillet fut inhumé, tout d’abord, au cimetière de l’Est à Angers (carré 15, rang 10, tombe 10), avant d’être exhumé le 5 janvier 1945 et transféré dans un cimetière nantais.
Il fut homologué au grade de lieutenant dans la Résistance, chargé de mission de 2e classe de la France combattante, agent P2 du 1er avril 1944 au 17 mai 1944. Il appartenait à la DGER (Direction générale des études et recherches). Il fut reconnu membre du mouvement Libération-Nord-Loire-Inférieure (période du 1er juin 1943 au 4 avril 1944) ; membre du réseau Cohors-Asturies de la Basse Loire (immatriculé sous l’indicatif RK 233, à Paris, en novembre 1942) – groupe Action immédiate de Libération-Nord.
Ses deux enfants furent adoptés le 10 novembre 1944 par la Nation.
Il fut décoré, entre autres, à titre posthume de la Médaille de la Résistance française (décret du 11 mars 1947, JO du 27 mars 1947).
Tous les troisièmes dimanches du mois d’octobre, une cérémonie a lieu devant le monument des fusillés de Belle-Beille au cours de laquelle son nom est cité.
Le décret du 30 janvier 1946, lui attribuant la Médaille militaire mentionne (avec quelques erreurs) dans son premier article : « Bouillet Louis Auguste, FFC, remarquable agent, a fait partie depuis le début du groupe ``Basse Loire’’, a pris le commandement de l’action immédiate de la région. A recruté un très grand nombre de patriotes et participé à de nombreuses expéditions, déraillements de trains, renversements de poteaux de câbles de haute tension et de pylônes de TSF de Pontchâteau, attaques d’usines, Air Liquide à Nantes en particulier, sabotage de transformateurs, sabotage de la Centrale électrique du Lion d’Or à Nantes. Chef hors pair, prêt à tous les sacrifices pour la délivrance du pays. Arrêté et condamné à mort pour son action de résistance, il a été fusillé le 17 mai 1944 à la prison d’Angers. Cette concession comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme. »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier 21P29507. – Arch. Dép. Maine-et-Loire, 197 J 5, 303 W 290. – Arch. mun. Angers, 4H 103. – Registre des inhumations des cimetières de l’Est à Angers. – Registre de la maison d’arrêt d’Angers (p. 24). – Livre d’or de la France combattante et résistante. – Témoignage, transmis à l’auteur par le fils de Louis Bouillet, le 8 juin 2005. – Attestation de Monsieur Gaston Lescaut, directeur de la société Gustave Charon. – A. Perraud-Charmantier, La guerre en Bretagne. Récits et portraits, I, Nantes, 1947, Aux portes du Large. — État civil.

Bertrand Gogendeau

Version imprimable