Né le 8 mai 1915 à Bergerac (Dordogne), fusillé le 12 août 1944 à Signes (Var) ; officier des services spéciaux (contre-espionnage) ; chef de poste du réseau Travaux ruraux.

Le père de Pierre Lafforgue était officier de carrière (général de brigade en 1945). Saint-Cyrien (promotion 1936-1938), Pierre Lafforgue appartint au 7e régiment de tirailleurs marocains. Blessé le 2 septembre 1939, il fut soigné à Toulouse et promu lieutenant en septembre 1940. Il fut porté disparu de Tunisie le 19 janvier 1943. Il avait suivi le colonel Paillole dans le passage du service dans la Résistance après l’occupation de la Zone sud.
Membre des « Travaux ruraux » (ou TR), appellation générique des antennes des services spéciaux du contre-espionnage en métropole, il prit le commandement du poste Glaïeul en remplacement du capitaine Morange arrêté en février 1944. De ce fait, il fut homologué comme chef du service régional de défense des GAM (autre nom de l’Organisation de Résistance de l’Armée, l’ORA).
Célibataire, domicilié légalement 41 boulevard Gambetta à Nice (Alpes-Maritimes), il fut arrêté une première fois par la Sipo-SD le 22 avril 1944 à Marseille, café de l’Avenue, avec son adjoint, l’adjudant Fernand Cordogli, son chef radio, Maurice Bertrand, et un inspecteur de la Sûreté nationale, membre du réseau Ajax, qui fut retourné. L’arrestation fut effectuée par Dunker Delage et son équipe. Les trois premiers étaient connus dans le cadre de l’affaire Dompaff et Dunker Delage les remit entre les mains du chef de la section IV de la Sipo-SD, Pfanner, qui traitait cette affaire. Les services spéciaux essayèrent en vain de libérer Pierre Lafforgue et d’autres responsables TR arrêtés.
Transféré à Compiègne (Oise), Pierre Lafforgue parvint à s’évader du train le conduisant en Allemagne, le 4 juin, au cours d’une évasion collective vers Vitry-le-François (Marne). Pierre Lafforgue, qui avait le numéro 20, rejoignit l’adjudant Morel au presbytère de Pringis, puis revint à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il fut arrêté à nouveau le 19 juin à Aix-en-Provence, dans la rue, avec de faux papiers au nom de Lafargue. Il porte le no 25 du rapport Catilina rédigé par Dunker Delage pour faire le bilan de cette vague d’arrestations, provoquée par la trahison de Seignon de Possel et qui a particulièrement touché l’état-major ORA des Bouches-du-Rhône.
Affreusement torturé au siège de la Sipo-SD de Marseille, emprisonné aux Baumettes dans la cellule de François Pelletier, Pierre Lafforgue a été fusillé avec huit autres résistants, après un jugement sommaire sur place, le 12 août, au fond du vallon isolé, dans les bois de Signes où, le 18 juillet, dans les mêmes conditions, vingt-huit autres résistants avaient été exécutés.
Les corps ont été exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés » et devenu nécropole nationale en 1996.
Il fut élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume par le décret du 27 octobre 1945 et reconnu « Mort pour la France » en mars 1946.
Sources

SOURCES : SHD, DIMI, Bureau Résistance, dossier 16 P 329 144. – DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 55W56. – Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, thèse de doctorat d’État, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977 (rapport Antoine). – Pierre Nord, Mes camarades sont morts, t. II, Librairie des Champs-Élysées, 1947. – Antoine Pelletier, Autrement qu’ainsi, Paris, Éd. Quintette, 1991. – Renseignements fournis par Guillaume Vieira. – Notes Jean-Pierre Besse.

Jean-Marie Guillon

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