Né le 8 février 1896 à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), fusillé le 23 février 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; directeur d’école ; résistant au sein du réseau Musée de l’Homme, groupe Havet-Vildé.

Fils de Nicolas Ernest Andrieu, instituteur (24 ans), et de Léa Flament (21 ans), ménagère, Jules Andrieu, débuta dans l’enseignement en 1914 dans l’école de Haut-Rieux à Lillers dirigée par son père. En 1923, il fut nommé à Vermelles puis devint en 1925 directeur d’une école de garçons de Haisnes (Pas-de-Calais) jusqu’en avril 1939 date à laquelle il obtint une mise à la retraite anticipée car il était un grand mutilé de la Première Guerre mondiale (85%). En effet, il avait souscrit un engagement volontaire au titre du 27e régiment d’artillerie et avait été grièvement blessé au Chemin des Dames en 1917. Il fit l’objet de trois citations au cours de la guerre puis reçut la Croix de guerre avec palmes et la médaille militaire.
Il était marié à Sophie et père de deux enfants.
Au cours de l’été 1940, Jules Andrieu entra en contact avec Sylvette Leleu, veuve d’un garagiste béthunois tué au combat en septembre 1939 qui grâce à ses facilités de déplacement en automobile permirent l’évacuation d’un grand nombre de soldats britanniques. Avec son groupe constitué d’une trentaine de personnes elle rejoignit le réseau parisien du Musée de l’Homme. Jules Andrieu participa à des activités de renseignement, d’aide aux prisonniers britanniques évadés, au passage de plans vers l’Angleterr e.
A partir de janvier1941, l’état-major du réseau fut démantelé suite à la trahison d’un agent double Gaveau (Voir Boris Vildé).
L’enquête dans le Nord conduisit à une vingtaine d’arrestations dont celle de Jules Andrieu le 20 juin 1941 à son domicile de Haisnes-lez-Bassée (Pas-de-Calais) par l’Abwehr parisienne pour « espionnage et intelligence avec l’ennemi ». Sa fille Jeannette fut également arrêtée, emmenée à Paris puis relâchée faute de preuves. La perquisition de son domicile n’avait donné aucun résultat, les armes et un important courrier en instance de départ étant cachés dans l’étable.
Interné à Béthune puis le 22 juin à Fresnes, il fut condamné à mort le 17 février 1942 par le tribunal militaire allemand du Gross Paris siégeant à la prison de Fresnes.
Jules Andrieu écrivit une dernière lettre. L’ aumônier des prisons l’abbé Frantz Stock le confessa et lui donna la communion
Il a été fusillé le 23 février 1942 au Mont-Valérien, avec ses six camarades, Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Georges Ithier, Léon-Maurice Nordmann, René Sénéchal et Pierre Walter.
leurs corps furent inhumés au cimetière d’Ivry-sur-Seinedans la section réservée aux « Criminels condamnés à mort par les Allemands ».
L’exécution des femmes Sylvette Leleu, Yvonne Oddon et Alice Simmonet fut suspendue et leur peine commuée en emprisonnement en Allemagne dont elles revinrent.
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Le 22 mars 1942, un hommage lui fut rendu lors d’un service célébré en l’église de Vermelles ; il a été inhumé solennellement dans le cimetière communal le 15 octobre 1944.
Les écoles d’Haisnes portent le nom de groupe scolaire Andrieu depuis le 30 janvier 1945 et celle du quartier de la gare à Vermelles dénommée J.-Andrieu en 1962. Son nom est gravé sur le Monument commémoratif cloche au Mont-Valérien et sur le monument aux morts d’Haisnes.
Reconnu Mort pour la France, Jules Andrieu a été homologué agent P2 du réseau Havet-Vildé dit du Musée de l’Homme, interné résistant DIR, agent des Forces Françaises Combattantes FFC et commandant des FFI.


L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Lundi 23.2.42
7 exécutions
Matin, réunion à 9 h 30 chez l’aumônier général. Puis catéchisme à l’école allemande jusqu’à 1 heure. Venu me chercher en voiture pour Fresnes : 7 condamnés à mort, aucun gracié, bien que 3 femmes aient été condamnées dans la même affaire, la réponse de Berlin (quartier général du Führer) n’a pas été attendue. Recours en grâce rejetés. ¨Parmi ces 7 un Juif, du nom de Nordmann, 2 orthodoxes - Vildé et Lewitsky. Les autres catholiques. Sénéchal 19 ans. Tous les 4 se confessèrent et communièrent avant - Wallter, Ithier et Andrieu, Sénéchal. Lewitsky demanda également mon assistance, pria, se repentit, lui donnai l’absolution. Vildé était certes croyant, mais de façon plus abstraite, mystique, un formidable personnage , au reste, mélancolie slave et pourtant très spirituel. Nous quittâmes ensemble Fresnes vers 3 h 45, verglas, froid, etc. Les 7 avaient bon moral, beaucoup d’humour, se réjouirent tous que je fusse du voyage. Me remercièrent pour ce que j’ai fait pour eux. Même le jeune Sénéchal était brave. Andrieu, invalide de guerre à 100% demanda qu’on ne lui bandât pas les yeux, ce qui lui fut accordé. "Dites à ma femme et à mes enfants que j’ai regardé la mort droit dans les yeux ". Je lui tendis encore un fois la photographie de sa fille et de son fils. Il la baisa, fit le signe de croix et voilà, 4 furent fusillés ensemble : Sénéchal, Andrieu, Nordmann, Ithier, puis les trois derniers : Walter, Lewitsky, Vildé. Vildé refusa d’avoir les yeux bandés. Walter et Sénéchal avaient souvent communié pendant leur détention. Ithier fit une bonne confession générale, reçut la communion avec une saine vénération. Andrieu pareillement. Je les ai enterrés tous les 7 au cimetière d’Ivry, à 6 h 30 du soir. »
Sources

SOURCES : AVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – SHD Vincennes, GR 16 P 13176. — Site SGA ministère de la Défense. – Anne Hogenhuis, Boris Vildé et le réseau du Musée de l’Homme, CNRS Éd., 2009. – État civil. — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p.67.— Martin Blumenson, Le réseau du Musée de l’Homme, Le Seuil, 1979. — René Lesage (dir.), 100 Figures de la Résistance dans le Pas-de-Calais, Éditions Les Échos du Pas-de-Calais, 2013. — État civil, 178/E/19 Bruay-en-Artois, vue 133

Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier

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