Né le 26 novembre 1885 à Mauriat (Puy-de-Dôme), mort le 26 juin 1944 à Saint-Flour (Cantal). Instituteur dans diverses écoles rurales du Puy-de-Dôme puis directeur d’école et professeur à Clermont-Ferrand ; militant des Droits de l’Homme, syndicaliste, socialiste, adhére brièvement au parti communiste, fondateur d’organismes mutualistes. Résistant, mortellement blessé en revenant des combats du mont Mouchet.

« Les rues se souviennent à Clermont : rue Léon Malfreyt » in Résistance d’Auvergne (Bulletin trimestriel de l’ANACR) juin 1971.
Huitième enfant d’une famille qui en comptait neuf, Léon Malfreyt est né le 26 novembre 1885 à Mauriat, une commune proche du bassin houiller de Brassac-Sainte-Florine où, à la limite du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, une forte tradition de gauche s’était épanouie au cours du XIXe siècle. Son père, originaire du Velay, formé initialement au séminaire du Puy, était devenu un militant actif de l’école républicaine et se dévouait dans de nombreuses œuvres périscolaires. La mort prématurée de ce père, en 1898, ne compromet pas trop la scolarité du jeune Léon ; boursier au Lycée Blaise-Pascal à Clermont, il est soutenu par ses frères aînés qui avaient poursuivi de brillantes études.
Léon Malfreyt, entre à l’Ecole normale de Clermont en 1903. Il milite très tôt au sein de la Ligue des Droits de l’Homme, de la Libre Pensée et de la SFIO.. Sa carrière d’instituteur commencée à Besse-en-Chandesse se poursuit à Saint-Amand-Tallende où il se trouve lors de la déclaration de guerre en 1914. Profondément pacifiste, Léon Malfreyt dit combattre plus pour sauver la République que pour défendre un territoire. Le capitaine Malfreyt entre le premier à la tête de sa section dans le fort de Vaux le 2 novembre 1916. Il reçoit la Croix de guerre et la Légion d’honneur.
Démobilisé, Léon Malfreyt occupe avec sa première femme, Françoise Delpirou, un poste double à l’école de Chanonat. Le couple se signale par son dévouement exceptionnel et la réussite des élèves à de divers concours. Parmi ces élèves, Arsène Boulay *, futur député socialiste, lui voue une admiration particulière et le considère comme son second père. Léon Malfreyt adhère au parti communiste après le congrès de Tours de décembre 1920, mais il vit douloureusement la scission. Lorsque, en 1923, le parti communiste élimine libres-penseurs et membres de la Ligue des Droits de l’Homme, il rejoint la SFIO.
En 1924, après la mort de son épouse, Léon Malfreyt demande un poste à Clermont où ses deux enfants poursuivent une scolarité secondaire. Il est d’abord nommé à l’école des Salins dont il devient le directeur. Cette école est située dans un quartier alors très populaire où abondent ateliers et entrepôts près d’une grande usine textile. En 1932, il est nommé au petit lycée Blaise-Pascal. Les qualités pédagogiques du « père Malfreyt » sont unanimement évoquées par ses anciens élèves. A son activité au sein du Syndicat unitaire des instituteurs, s’ajoutent des responsabilités nouvelles : Il fonde la Caisse de la mutualité scolaire du Puy-de-Dôme et l’Autonome accidents.
En 1927, Léon Malfreyt s’est remarié avec une collègue, Madame veuve Monjotin, née Marie-Louise Bonnet. Celle-ci va devenir directrice de l’école d’application de Fontgiève située dans un quartier qui était alors le berceau du syndicalisme ouvrier clermontois.
Léon Malfreyt participe activement aux journées de février 1934 et aux manifestations du Front populaire à Clermont. Il croit possible de cicatriser la coupure du congrès de Tours, mais il perd tout espoir après la signature du pacte germano-soviétique.
Le couple en retraite depuis 1941 favorise le passage d’hôtes clandestins et héberge notamment l’épouse d’un chef de la Résistance, Henri Ingrand. A partir de 1943, Léon Malfreyt multiplie les contacts avec les groupes de maquisards et il dirige vers eux de nombreux jeunes appelés au STO. Lui-même, en mai 1944, à plus de 58 ans, rejoint le maquis du mont Mouchet, où son gendre André Delorme, militaire d’active, est devenu le commandant Masséna. Léon Malfreyt, qui prend le pseudonyme de Léo, commande une compagnie du génie (les « Pionniers ») où ses compétences d’organisateur sont mises à contribution.
En juin 1944, Léon Malfreyt participe aux combats du mont Mouchet. Après l’offensive allemande des 10 et 11 juin et les combats du 20 dans la vallée de la Truyère, il essaie de descendre avec son gendre vers les gorges des affluents de l’Allier qui lui sont plus familières. Le 25 juin 1944, les deux hommes sont surpris près de Saint-Flour par un poste de garde allemand. Ils sont mortellement blessés. Une stèle indique le lieu où ils ont été mitraillés. Léon Malfreyt meurt le lendemain dans d’atroces souffrances.
Après la Libération, Marie-Louise Malfreyt fait partie de la délégation spéciale qui administre Clermont-Ferrand. Elue conseillère municipale en mai 1945, elle devient adjointe au maire, Gabriel Montpied (voir ce nom). Le parti communiste, qui la soutient, ne manque pas, lors de l’élection cantonale d’octobre 1945 d’insister sur son appartenance à la SFIO. Très active dans l’Union des Femmes de France, présidente d’associations de familles de fusillés et de massacrés, elle se rapproche de plus en plus du parti communiste auquel elle finit par adhérer vers 1947. Elle se veut la gardienne de la mémoire de son époux qu’elle associe étroitement post mortem à la vie du parti communiste au point de faire donner le nom de Léon-Malfreyt à une des plus grandes cellules clermontoises. Ce nom été également attribué à une rue importante de Clermont. Les restes de Léon Malfreyt ont été inhumés au cimetière de Charbonnier-les-Mines.
Sources

SOURCES : Les institutrices et les Instituteurs du Puy-de-Dôme en hommage à leurs Collègues “Morts pour la France” : Guerre de 1939-1945, 8 p. — « Un grand patriote, Léon Malfreyt » in Le MURd’Auvergne, N° 45, 5 mai 1945 – « Hommage à Léon Malfreyt in La Voix du Peuple 12/06/48. — La Voix du Peuple passim ( sur l’évolution de l’engagement de Marie-Louise Malfreyt) - « Les rues se souviennent à Clermont : rue Léon Malfreyt » in Résistance d’Auvergne (Bulletin trimestriel de l’ANACR) juin 1971. - Gabriel Geneix, Les Soutiers de la Gloire, Watel, Brioude, 1974, pp. 72 80 116 176 et 202. — L’Ecole émancipée, 17 avril-15 mai 1920.

Entretiens :
Michel Malfreyt, petit-fils de Léon Malfreyt à Romagnat, janvier –mars 2000— Marie Morin, nièce de Léon Malfreyt à Charbonnier-les- Mines ( Puy de Dôme), février 2000 — Roger Champrobert*, ancien rédacteur en chef de La Voix du peuple, janvier et mars 2000.

Pierre Mazataud

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