Né le 9 février 1890 à Tulle (Corrèze), fusillé le 10 mai 1944 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; officier d’active ; résistant ; responsable régional de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) pour le Puy-de-Dôme.

Engagé volontaire pour quatre ans en 1911, Jacques Boutet entra à l’école de Saint-Cyr en 1911. Il en sortit sous-lieutenant du 19e régiment des dragons en 1913 et lieutenant en 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, il servit d’instructeurs aux officiers américains à Saumur en 1917 puis comme officier de liaison près du 6e CA américain. Il servit dans l’armée du Levant de 1919 à 1923 et reçut en 1926 la Légion d’honneur. Nommé capitaine en 1925 puis chef d’escadron en 1936, il fut affecté en août 1936 à l’état-major de la IVe armée.
Muté le 1er juillet 1940 à l’état-major de la 13e région militaire à Clermont-Ferrand, il fut promu lieutenant-colonel au mois de juin 1941 puis nommé en 1942 chef régional de l’ORA par le général Frère. Il était assisté du commandant Henri Madeline. Le Puy de Dôme relevait du lieutenant-colonel Jean Garcie. En accord avec le lieutenant-colonel Jacques Boutet, le docteur Guy Fric assumait la responsabilité de l’organisation militaire du Mouvement de résistance des prisonniers de guerre. Selon le colonel Dainville, historien de l’ORA, il réalisa « une organisation en profondeur : ossature départementale du commandement, transmissions, dépôts d’armes, équipes de destructions des agents ennemis, liaisons avec les organisations de résistances (FTP compris), financement des passages en Espagne... » et le rapport allemand pour les opérations en France en mars 1944, citait « la région de Clermont-Ferrand comme la mieux organisée avec à sa tête un comité directeur, disposant de véritables bureaux d’état-major. »
Le 1er octobre 1943, les Allemands cernèrent les bâtiments de l’état-major et arrêtèrent Jacques Boutet pour « activité de franc-tireur ».
Le 8 mars 1944, en représailles à un attentat réalisé rue Montlosier à Clermont-Ferrand contre une colonne allemande en marche au cours duquel trente-sept soldats furent blessés, dont certains grièvement, les autorités allemandes arrêtèrent 183 personnes. L’état-major allemand décida qu’un tribunal militaire qui siégeait à Lyon se rendrait à Clermont-Ferrand et que chaque service de police allemand désignerait des Français pour être traduit devant ce tribunal. Une quarantaine de condamnations à mort furent prononcées le 11 ou le 12 mars (selon les sources) dont celle de Jacques Boutet qui a été fusillé le 10 mai.
À la demande de son frère cadet Georges Boutet et du commandant Mascaine, il repose depuis 1993 dans le carré militaire du cimetière de Sens au pied du drapeau Français.
Une rue de Sens a été baptisée rue du Lieutenant-Colonel-Boutet et un stade porte aussi son nom à Clermont-Ferrand.
Dans sa dernière lettre, il écrit : « Dans deux heures, je vais être exécuté et dans mon cœur règne une paix absolue. Je ne souffre nullement, mon bonheur au contraire est grand. Maman, j’ai toujours prié pour ne pas rester sur terre après toi. Dieu m’a exaucé. Je vais retrouver tes parents que tu as tant aimés. Je t’attendrai heureux et c’est moi qui te recevrai. Quelle joie ! Mais avant, je te supplie de m’écouter et de m’obéir, soigne-toi comme si j’étais près de toi et rends les petits heureux, sois heureuse avec eux, je le serai en permanence avec vous. Ne vous occupez ni de mon corps ni de porter le deuil. C’est sans intérêt. Pour le respect humain, portez un brassard, hommes et femmes, vous direz que c’est ma volonté. Je suis plein de courage. N’ayez pas de peine. Je n’en ai pas. Vive la France... »
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Eugène Martres, Auvergne, Bourbonnais, Les Archives parlent 1940-1945, Éd. De Borée, 2004. – Colonel A. de Dainville, L’ORA : Résistance de l’armée, Lavauzelle, 1974. – Gilles Levy, Michel Cordet, À nous Auvergne !, Presses de la Cité, 1990.

Jean-Pierre Besse

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