Né le 15 novembre 1899 à Tulle (Corrèze), exécuté le 3 avril 1944 à Chanlat, commune de Brive ; instituteur, président de la Délégation spéciale de Noailles ; résistant membre de Combat.

Fils d’un employé de la Manufacture d’armes de Tulle, Henri Gérard fit de solides études à l’école de Souilhac. Afin d’alléger les charges familiales (famille nombreuse, endeuillée par la mort d’un fils à la guerre), il décida de trouver au plus vite un emploi : d’abord en tant que répétiteur suppléant au collège de Treignac et au lycée de Tulle, avant d’entrer à la Préfecture pour être rédacteur au bureau du Cabinet, puis à celui des Travaux publics. Mais afin de profiter davantage de sa famille (père de deux enfants) et d’accompagner son épouse, institutrice, il débuta une brillante carrière d’enseignant à partir du 1er octobre 1926, d’abord à Travassac, et huit ans plus tard à Noailles. « Dévoué corps et âme à sa noble mission d’éducateur », profondément laïque et républicain, il remplit aussi les fonctions de secrétaire de mairie, à la grande satisfaction de la population et du sous-préfet de Brive, qui le pria d’accepter la présidence de la délégation spéciale de Noailles en février 1944 pour suppléer le maire démissionnaire.
Il accepta, persuadé qu’à cette place il pourrait être encore plus utile à ses administrés ainsi qu’aux résistants. Car, comme il appartenait au mouvement Combat, il était « animé d’un profond esprit de résistance », n’hésitant pas à rendre maints services, comme par exemple délivrer des faux papiers, diffuser des tracts et des journaux clandestins, ou bien entretenir des relations avec un groupe armé installé dans sa commune. Mais dans la matinée du 3 avril 1944, vers 11 heures, des éléments d’une division blindée, la division B (Brehmer), traversèrent le bourg de Noailles ; ils s’arrêtèrent devant une maison sur laquelle ils trouvèrent inscrits, outre « des insignes soviétiques », les mots suivants : « Un seul but, la France. Un seul moyen, l’action ». L’action au lieu de la Légion !
Les officiers allemands, fous de rage, firent tirer sur l’immeuble, puis se dirigèrent vers l’école, entrèrent dans la classe d’Henri Gérard, en train de faire une leçon sur la Renaissance. Ils l’accusèrent tout de go d’être « un maire terroriste, un communiste » et menacèrent de le brûler. Après avoir fait sortir ses élèves, en leur recommandant de bien ranger leurs livres « qui sont très rares et très chers », il ajouta : « Peut-être que vous ne me reverrez plus ! ».
Il eut le temps de monter dans son appartement pour récupérer un béret et dire à son épouse alitée qu’il allait s’enquérir du sort réservé à leur fils Claude, alors prisonnier des Allemands. Mais vers 13 heures, Henri Gérard, son fils, ainsi que deux réfugiés lorrains, Albert et Charles Deheille, durent grimper dans un camion en partance pour Brive. Avant d’arriver à destination, le véhicule stoppa à proximité d’une terre récemment labourée. Alignés par deux, les quatre otages furent mitraillés dans le dos, puis achevés à coups de revolver et de crosse.
Vers 16 heures, un officier SS se présenta à la Mairie de Brive et prévint deux adjoints au maire, MM. Goutines et Amblard, qu’il venait « de fusiller quatre terroristes » et qu’il fallait enlever leurs corps dans l’heure qui suivait. Une ambulance de l’Hôpital les transporta à la morgue. Dans la matinée du 5 avril 1944, ils furent tous les quatre inhumés dans le cimetière de Noailles, tandis que les Allemands cernaient le bourg afin d’empêcher quiconque de suivre les cercueils. Seule Jacqueline, fille d’Henri et sœur de Claude, bravant l’interdiction, entra dans le cimetière.
Le 1er janvier 1945, les corps furent exhumés et transportés à Tulle dans le caveau de famille.
Le 21 novembre 1944, le conseil municipal de Brive donna le nom de Henri Gérard à l’école des Escures, depuis appelée « groupe scolaire Henri Gérard ». Une rue porte aussi son nom depuis une délibération en date du 13 avril 1961.
Le 7 juillet 1947, à Chanlat, à proximité du lieu d’exécution, une stèle fut inaugurée. A cette occasion, Léon Dautrement, instituteur et résistant, rendit un vibrant hommage au nom de la Résistance corrézienne, au nom de la Résistance corrézienne, au « dévouement de Gérard et de ses compagnons d’infortune à la cause de la Libération (...), victime de son patriotisme et de son idéal pour que (les écoliers) soient plus heureux et que la France vive ».
Sources

SOURCES : Archives du Centre Edmond Michelet de Brive, avec l’aide de Françoise Germane et de Didier Boudin. — François David, Visages de la résistance en Pays de Brive, Brive, Les 3 Epis, 1998 ; Livre d’or des Instituteurs corréziens morts pour la France 1939-1945, 1969. — Jean-Louis Lartigue, Jean Watson, Brive. Histoire et Dictionnaire des noms de rues, Brive, Éditions du Ver Luisant, 2008.

Gilbert Beaubatie

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