Né le 6 octobre 1920 à Ottange (Moselle), pendu le 13 décembre 1944 à Halle-an-der-Saale (Allemagne) ; incorporé de force dans l’armée allemande, déserteur, condamné à mort par un tribunal militaire à Metz (Moselle) le 15 août 1944.

Au sortir de l’école, Nicolas Gretten a travaillé dans l’exploitation agricole de ses parents, puis dans une mine à Ottange. Suite à l’annexion de fait de la Moselle au IIIe Reich en 1940, il a été admis dans les SA en 1941, mais en a été renvoyé pour manque d’assiduité. Il s’est alors porté volontaire pour les Waffen SS, mais on l’y a refusé. Du 15 octobre 1942 au 31 décembre 1942, il a été soumis au Reichsarbeitsdienst, le Service du travail du Reich. Il a demandé à émigrer en France non annexée, mais il n’y a pas été autorisé. Suite aux décrets d’incorporation en Moselle d’août 1942, il a été contraint d’intégrer l’armée allemande le 15 janvier 1943 au 188e bataillon de grenadiers à Meseritz, puis au 188e Régiment d’infanterie. Il a obtenu une permission pour convalescence du 3 au 19 décembre 1943 et a séjourné chez sa tante à Ottange (Moselle), car ses parents étaient décédés. Au cours d’un déplacement en train, il aurait fait la connaissance de Charlotte Reltien qui l’encouragea à déserter vers la France. Quelques jours plus tard, elle le cacha chez le menuisier Simminger à Mondorf-les-Bains (Luxembourg). Le 20 janvier 1944, il a été rejoint dans sa cache par le frère de Charlotte Reltien, Jules Reltien, lui aussi déserteur de la Wehrmacht. Durant six mois, les deux hommes ont changé régulièrement de cache, avant de se dissimuler chez la famille Bodart à Terville (Moselle), où la rumeur de deux fugitifs enfla. Le 2 juin 1944, entre 10 et 11 heures, Nicolas Gretten a conduit Jules Reltien à Audun-le-Tiche (Moselle) chez la mère de sa fiancée, Marie Morlot. Suite à une dénonciation, trois policiers sont venus arrêter les deux déserteurs à 12 h 30. Ils ont alors riposté avec leurs armes à feu respectives. Le secrétaire principal de la police criminelle Schmer a été tué sur le coup de quatre balles dans le ventre et le sergent de police Kohl a été grièvement blessé par trois autres balles. Le policier Winterhalder a tiré sur les deux déserteurs, qui sont parvenus à s’échapper par la forêt. La mère et la fille Merlot ont été arrêtées, interrogées et emprisonnées. Une des nombreuses patrouilles mobilisées sur la frontière luxembourgeoise a repéré les deux fugitifs vers 15 ou 16 heures et a ouvert le feu. Les deux hommes se sont séparés. Nicolas Gretten a rejoint Charlotte Reltien qui l’a reconduit à Mondorf-les-Bains (Luxembourg) dans la famille Simminger. 10 000 marks de récompense furent promis pour sa capture. Il a finalement été arrêté dans son lit le 20 juin, puis emprisonné à Thionville et à Metz. Le 15 août 1944, il a été jugé avec Jules Reltien par le Gericht der Division 462, siégeant à Metz (Moselle), sous la direction du juge Düx, conseiller du Reichskriegsgericht. Il a été condamné à la peine de mort, à la perte de la dignité militaire (31 MStGB) et des droits civiques (§32 StGB) pour « désertion », « meurtre » du policier Schmer, bien qu’il fût établi que les coups mortels avaient été tirés par Jules Reltien, et « tentative de meurtre » sur le policier Kohl. Le 19 octobre, le Haut Commandement de l’armée a confirmé le jugement et a « ordonné l’application immédiate de la peine par pendaison ». Il a été transféré avec Jules Reltien à la prison militaire Fort Zinna de Torgau (Allemagne), puis à la prison Roter Ochse de Halle-an-der-Saale (Allemagne) pour y être exécuté sous l’autorité du tribunal de la Kommandantur de la Wehrmacht de Leipzig. Après avoir refusé son dernier repas, il a été pendu le 13 décembre vers 19 h 30 par le bourreau Jules Winkler. Il a été enterré le 20 décembre à 10 h 45 au Gertrudenfriedhof de Halle dans la tombe no 2050 de la section 4. Le cercueil a été exhumé le 12 mai 1948 et rapatrié en France au cimetière d’Ottange (Moselle).
Sources

SOURCES : Dossier judiciaire de Jules (Julius) Reltien et Nicolas (Nikolaus) Gretten par le Gericht der Division Nr 462 (Bundesarchiv Aachen-Kornelimünster) – Auguste Gehrhards, Morts pour avoir dit non, Strasbourg, 2007 (p. 117-132). – Frédéric Stroh, Les Malgré-nous de Torgau, Strasbourg, 2006, p. 188-191.

Frédéric Stroh

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