Né le 15 février 1905 à Cognac (Charente), fusillé comme otage le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; professeur de lettres ; résistant communiste en Charente-Maritime.

Léonce Laval
Léonce Laval
SOURCE : Site "les noms de rue de Royan".
Dernière lettre de Léonce Laval écrite sur sa carte de donneur de sange (le date du 29 II 40 est celle de son dernier don). Sans papier les condamnés écrivirent sur ce qu’ils avaient sous la main, ainsi son ami Dartagnan sur son permis de conduire.
Marié et père d’un enfant, Léonce Laval était poète et professeur de lettres au collège de Royan (Charente-Inférieure, Charente-Maritime). Il fut membre de la direction du parti radical-socialiste et de la Ligue des droits de l’Homme.
Sous l’Occupation, il s’engagea dans la résistance communiste et participa à la propagande clandestine. Sa dernière lettre semble signaler qu’il n’était pas d’accord avec la pratique des attentats.
Léonce Laval fut arrêté à Royan par la police française le 5 mars 1942 avec son ami Robert Dartagnan, également professeur au collège, et détenu successivement à Royan, puis à Paris au Cherche-Midi et enfin au fort de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) à compter du 24 août.
Il fut exécuté le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien comme otage en représailles à l’attentat du cinéma Rex à Paris le 17 septembre 1942, attentat organisé par le détachement Valmy des Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Deux autres Royannais ont été fusillés avec lui, Robert Dartagnan et Roger Bolleau.
_ Dans une lettre adressée à son épouse Josette la veille de sa mort, sur sa carte de donneur de sang, Léonce Laval écrivit :
« 20 septembre 1942
Josette adorée
 Aucun espoir n’est plus permis. Nous serons fusillés demain comme otages. Je ne souhaite plus que de marcher vers la mort avec la même fermeté que je sens à la minute actuelle en mon coeur. Cela sera. J’espère qu’on te transmettra cette dernière pensée. Sois stoïque. Ne t’encombre pas outre mesure de mon souvenir. Pour notre Jacques, notre petit ange, songe à refaire ta vie, plus tard, en te disant alors que j’ai eu ma part, ma merveilleuse part, et que mes mânes -si mânes il y a - ne te reprocheront jamais rien. Rappelle à tous que j’étais -Robert aussi- absolument innocent, et étranger à un parti et à des formes d’action que je réprouvais formellement. Je meurs victime de la bêtise des uns, et de la rigueur des autres. Je pardonne à tous. Cette carte rappellera que je n’aspirais qu’à donner mon sang, non à verser celui des autres.
Embrasse tes parents, mes soeurs, mon frère, mes amis. Je penserai cette nuit à tous sans exception.
Dis à Mme Labare que je n’ai pas voulu - moi, non chrétien malheureusement - me monter en dessous de mon ami disparu.
Je sais que mon souvenir restera comme celui d’un homme qui pouvait faire honneur à l’homme. Mon fils sera tel, avec plus de bonheur, grâce à l’admirable maman que tu resteras.
Adieu ma beauté.
 
20 septembre 1942
Suite à ma carte.
Je viens de lire la belle lettre de Robert à sa femme. Je voudrai l’avoir écrite. Prenez à mon compte et au votre ce qu’il dit de mieux. Surtout, qu’on sache bien, que depuis le premier aveu à la jeune fille que j’aimais et qui devint ma femme (12 mars 1926), ma fidélité fut toujours absolue. Je vais mourir dans un état de pureté morale parfaite, ce qui explique peut-être la sérénité étonnante qure je découvre en moi, malgré la claire conscience des périls qui vont vous menacer, mes chers amours, dans une vie où vous serez privés de votre appui le plus sûr. Ma succession morale sera lourde à porter. Si tu ne peux la confier à personne, ma Josette, sois béni. Si tu crois pouvoir la confier à quelqu’un, pour l’enfant et même pour toi qui gardes tous les droits aux pauvres joies de ce monde, sois béni encore et que la paix soit avec tous.
Pour mes collègues et pour mes élèves.
Quand il sera possible d’honorer ma mémoire, qu’on se contente de relire dans les Misérables les chapitres : Fin des vers de Jean Prouvaire et Oreste à jeun et Pylade ivre en précisant que nous aurons été deux Oreste, deux Enjolras dignes l’un de l’autre soit dit pour ne pas parler des autres victimes.
Ma Josette, mon Jacques, parents, amis, je vous serre tous sur mon cœur qui aura bientôt fini de battre. Qu’on ne se méprenne pas sur mon calme. Personne n’aura jamais porté aussi haut et aussi loin toute la tendresse dont un cœur puisse être gonflé. Mais il faut faire semblant d’oublier pour mieux mourir.
Léonce
Je te confie Josette, ainsi qu’à Hélène, le soin de perpétuer le culte de mes chers morts : papa, maman, Marguerite...
Conduis parfois Jacques sur leur tombe tout en évitant de l’obséder par des souvenirs funèbres. »

Selon Thomas Fontaine, la lettre fut retrouvée après trois de recherche dans une cheminée à Fresnes.
Une rue de Royan porte son nom. Celui-ci est inscrit sur le monument aux morts de Cognac.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Site Internet Mémoire des Hommes. — Thomas Fontaine, Les oubliés de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944), Tallandier, 2005.

Dominique Tantin

Version imprimable