Né le 15 juin 1920 à Poitiers (Vienne), fusillé après condamnation à mort le 15 juin 1943 à Paris (Seine) ; ouvrier boucher ; résistant gaulliste isolé.

René Oudin était le fils d’Emmanuel, Léon, Alexis Oudin boucher et de Jeanne, Lucie, Héloïse Dardaine couturière, domiciliés 8 rue de la Chaussée à Poitiers. Son père (né le 28 juillet 1896 à Poitiers) fut mobilisé en avril 1915 dans un régiment d’infanterie. Blessé le 7 mai 1917, il fut réformé en mars 1918. Il se maria à Poitiers le 28 juillet 1919 avec Jeanne Dardaine (née à Poitiers le 29 août 1894). René Oudin fut leur fils aîné et apprit, sans doute avec son père, le métier de boucher. Au début des années 40, René Oudin, célibataire, était toujours domicilié à Poitiers avec ses parents, route de Gençay.
Il fut arrêté dans cette ville, à la gare, le 9 mars 1943, par la police française, pour voies de fait sur un Allemand en civil lors du départ d’un train de travailleurs pour l’Allemagne. Il était gaulliste et avait projeté de partir prochainement pour l’Angleterre mais venait d’être requis pour le STO et devait partir ce jour là. Selon le rapport de deux Gardiens de la Paix au Commissaire Central du même jour (AD86, 280 W 31) : « Ce jour de 22 heures 45 à 3 heures, de service à la gare, départ d’ouvriers pour l’Allemagne. A 2 heures 20, avons été requis par les autorités allemandes à la recherche de place. Au moment que nous avons ouvert une portière, un ouvrier de l’intérieur de compartiment lança un coup de pied qui attrapa une des autorités civiles [le représentant allemand du Bureau d’embauche des ouvriers pour l’Allemagne] en plein visage. Nous l’avons appréhendé, conduit au poste de police allemand de la gare de Poitiers et de là il a été transféré par la Feldgendarmerie à la maison d’Arrêt de Poitiers ». Le commissaire de police ajouta dans son propre rapport : « Par ailleurs, lors du départ du train, à 2 heures 45, de nombreux cris hostiles furent proférés contre le Chef du Gouvernement Français et contre les Autorités d’Occupation. Les plus turbulents étaient les jeunes gens qui se trouvaient déjà dans le train lors de son arrivée à Poitiers ».
René Oudin fut incarcéré à la Pierre-Levée, la prison de Poitiers. Les autorités françaises tentèrent vainement de le faire passer pour fou et défaillant psychiatrique. Charles Bichat, secrétaire de police au commissariat central de Poitiers et résistant, agent des réseaux Turma-Vengeance et Alliance rédigea ainsi une attestation disant qu’il était manifestement fou. Malgré ces interventions, le 13 mars 1943, René Oudin fut condamné à mort pour « voies de fait sur la personne d’une autorité allemande en civil » par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 677 de Poitiers. Transféré à la prison de Fresnes. il fut exécuté le 15 juin 1943 (le jour de ses 23 ans) à Paris dans un lieu non renseigné.
Il fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Il obtint la mention mort pour la France sur décision du Ministère des Anciens Combattants du 19 mai 1952. Son nom apparaît dans le recensement des Morts pour la France de Poitiers, comme victime civile.
Sources

SOURCES : SHD Caen AVCC Cote AC 21 P 522 063 (Notes Thomas Pouty) — Arch. Dép. Vienne (état civil, registre matricule) et dossier 1280 W 31 (dépouillement Loïc Richard, collaborateur du VRID). — Témoignage François-Xavier Bichat (petit-fils de Charles Bichat). — Mémoire des Hommes (groupe des morts en déportation). — Mémorial genweb.

Dominique Tantin, Michel Thébault

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