Né le 14 août 1920 à Ferryville (Tunisie), fusillé le 10 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé de commerce ; résistant, membre du groupe Élie rattaché au réseau CND Castille.

Louis Stéphan
Louis Stéphan
Fils de Joseph, Vincent, Marie Stephan et de Marie, Joséphine Lancou, Louis Stephan fut des études au lycée Brest. Il était employé de commerce au magasin Dames de France à Brest et domicilié 9 rue Kérignan. Après la victoire allemande, il tenta de gagner l’Angleterre mais le bateau qu’il avait pris partit pour Casablanca : il rejoignit alors son père à Mers-El-Khébir où il était marin sur le Strasbourg. Il revint en France par l’Espagne ou par Marseille selon les sources.
De retour à Brest, Louis Stephan fut recruté par l’intermédiaire de Roger Ogor dans le groupe de résistance formé par Louis-Jean Élie et appelé groupe Élie. Louis-Jean Élie contacta le capitaine René Drouin qui parvint à entrer en contact avec le colonel Rémy et le réseau CND Castille : en février 1941, le groupe Élie fut rattaché au réseau CND Castille.
Durant l’hiver 1940 Louis Stephan prit un poste à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas et sortit avec son frère Paul, des grenades, des explosifs, des cartouches et de la poudre qu’ils entreposaient d’abord chez eux, puis qu’ils transféraient au garage Abarnou.
Le 18 mars 1941 vers 21 heures il participa à la tentative d’évasion de 9 personnes de la prison de Pontaniou .
La mission du groupe Élie consistait notamment à récupérer des armes dans des cafés fréquentés par les Allemands. C’est lors d’une de ces opérations, le 28 avril 1941, que se joua le destin du groupe, lors d’une bagarre dans un café de la rue Louis-Blanc avec plusieurs soldats allemands. Si tous parvinrent à s’échapper, la Gestapo, par l’arrestation d’un suspect, mit ensuite la main sur une liste de noms dont plusieurs des membres du groupe Élie, qui furent arrêtés les uns après les autres . Louis Stephan fut arrêté le 19 mai 1941 à Brest (des document allemands parlent du 16 mai) pour « activité de franc-tireur ».
Il fut incarcéré à Brest, puis, le 1er juillet, il fut transféré à Fresnes (Seine, Val-de-Marne).
Le 22 novembre 1941, Louis Stephan fut condamné à mort par le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.).
Louis Stephan a été fusillé le 10 décembre 1941 au Mont-Valérien avec dix de ses camarades : Louis-Jean Élie, Georges Bernard, Robert Busillet, René Gourvennec, Roger Groizeleau, Albert Muller, Roger Ogor, Joseph Prigent, François Quéméner et Joseph Thoraval.
Il put laisser une lettre.
Un service religieux célébré à Saint-Martin à Brest le 8 janvier 1942 en mémoire des onze membres du groupe Élie fusillés le 10 décembre 1941 au Mont-Valérien réunit plusieurs centaines de personnes.
Louis Stephan fut inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) le 10 décembre 1941 division 39, ligne 3, n°33.
Par une lettre du 17 décembre 1941, le maire de Brest demanda à Fernand de Brinon d’intervenir auprès des autorités allemandes pour que les corps des onze brestois fusillés le 10 décembre 1941 soient rendus aux familles. Sans succès. C’est à partir de juillet 1947 que les remises de corps s’effectuèrent. Louis Stephan a été réinhumé le 7 octobre 1947 au cimetière Saint-Martin à Brest.
La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée par décision du ministre des Anciens Combattants en date du 27 juillet 1948. A titre posthume, il reçut la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile d’argent en 1946 et la médaille de la Résistance française en 1958.
En souvenir du groupe Élie, la ville de Brest a appelé rue des 11-Martyrs l’une de ses voies qui donne sur son hôtel de ville, perpendiculairement à la rue Jean-Jaurès. Une plaque a été apposée.
Le nom de Louis Stephan figure sur la cloche du Mémorial de la France combattante au Mont-Valérien. Son nom figure aussi sur une stèle érigée en 2003 à Brest dans le square Rhin-Danube en hommage aux seize résistants du groupe Élie Morts pour la France, avec la mention "La ville de Brest A la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour que nous puissions vivre libres - Groupe Élie : premier groupe de résistance brestoise.". On y trouve les noms des onze membres du groupe Élie fusillés le 10 décembre 1941 au Mont-Valérien, et aussi les noms de cinq membres du groupe Élie morts en déportation : Jean Caroff, Capitaine René Drouin, Yves Féroc, Jean Gouez et Hervé Roignant.
Voir Mont-Valérien, Suresnes (Hauts-de-Seine)
Le 10 du 12 on me demande si je suis catholique, c’est donc que je suis foutu.
Je sens pourtant que je ne mérite pas la mort.
 
Fresnes, le 10 du 12
Jean, Adieu chère amie, cette lettre était tout ce que l’aimais voir venir. Pense à toutes les courses pénibles que je te demande de faire, j’avais besoin de me refaire une santé, maintenant c’est inutile. Je suis fusillé à 4 heures dans 2 heures environ. Je le sais depuis 12 heures. Je vais tomber en pensant à vous tous que j’aime et à la France que j’aurais aimé voir redevenir grande et belle comme jadis.
Que Dieu vous garde sur cette terre et que vous soyez tous heureux.
Ma mère habite à Callac de Bretagne, Ker Bourhis, Côtes du Nord.
Ecris lui tendrement pour l’aider à tenir cette secousse qui va lui faire tant de mal. Cette mère que j’aimais tant par dessus tout. J’avais confiance et j’aurais voulu vivre simplement heureux. Embrasse tes parents pour moi et adieu à Gaby. Ce bon copain qu’il soit épargné dans ce grand fléau qu’est la guerre.
Moi je paie pour les Communistes de PARIS. Je hais pourtant les communistes de tout nom coeur. Que la justice et la paix règne sur la terre le plus tôt possible. Que tu sois heureuse chère Jeanne ainsi que vous tous. Pense aux photos pour ma maman qui n’en a pas, pour ma Marraine et mes Amis. Je compte sur toi. Adieu chère Jeanne et je t’embrasse bien tendrement.
Vive la France et la liberté.
STEPHAN Louis
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, B VIII dossier 2, Liste S 1744 (Notes Thomas Pouty). – Renseignements et photo communiqués par Gildas Priol. — Arch. Mun. Brest. — État civil. — Site Résistance-Brest. — MémorialGenWeb. — Site Internet Mémoire des Hommes.
— Répertoire des fusillés du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine.

Julien Lucchini, Claude Pennetier

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