Né le 29 avril 1911 à Melay (Haute-Marne), fusillé le 4 juillet 1944 à L’Épine (Marne) ; cantonnier ; résistant.

Gaston Renaud
Le Journal de la Haute-Marne, 12 novembre 2013
Plaque de L’Épine
Entré à la SNCF en 1928, Gaston Renaud s’était marié en septembre 1939 avec Louise Huguet, quelques jours avant sa mobilisation et son incorporation au 35e régiment de chars à Tours (Indre-et-Loire). Démobilisé en juillet 1940, il reprit ses fonctions à la SNCF. Trois enfants naquirent en 1940, 1941 et 1942. La famille habitait la maison de garde-barrière désaffectée du passage à niveau no 3 de Rosières-sur-Mance (Haute-Saône).
Avec ses frères Lucien et Albert*, qui demeuraient à Melay, et un jeune homme de ce village, Raymond Liégey, Gaston Renaud était en contact avec un petit groupe désigné dans les documents d’archives sous les noms de « Rostov » ou « Rostow ». Ce groupe comptait aussi quatre Russes, prisonniers de guerre évadés des mines de Lorraine selon le témoignage de plusieurs résistants haut-marnais, déserteurs de l’armée allemande selon le rapport établi par les Renseignements généraux de Chaumont (Haute-Marne) après enquête menée en mai 1953. Ces Russes avaient été pris en charge par des résistants du secteur de Voisey (Haute-Marne), et Gaston Renaud hébergea l’un d’entre eux quelque temps.
Le 17 janvier 1944, Gaston Renaud fut arrêté à son domicile par des gendarmes de la brigade de Vitrey. Il était recherché pour des faits commis avec ses frères et Raymond Liégey, qui eux aussi furent arrêtés. Inculpé d’abattage clandestin d’un bovin sur propriété d’autrui à Chauvirey-le-Châtel (Haute-Saône), d’attaques à main armée à Neuvelle-lès-Voisey et à Fresnes-sur-Apance (Haute-Marne) et de divers vols, il fut incarcéré à Vesoul (Haute-Saône). L’affaire ayant été transmise par le parquet de Vesoul au parquet de Chaumont, Gaston Renaud fut transféré dans la prison de cette ville, où étaient incarcérés ses frères et Raymond Liégey.
Peu de temps après, le groupe de résistants du secteur de Voisey fut infiltré par Gaston Renaudin, qui se présentait comme un résistant de Haute-Saône cherchant refuge auprès de camarades de Haute-Marne, et par Gabriel Szymkowiak, qui se faisait passer pour un responsable des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) de Chaumont. Sous prétexte d’organiser l’armement du groupe, Gaston Renaudin et Gabriel Szymkowiak établirent la liste de ses membres et de ceux qui, dans le secteur, avaient des armes, puis transmirent les informations à la police allemande. Début avril 1944, cette dernière procéda à seize arrestations, qui aboutirent à cinq emprisonnements en France (dont un décès en prison) et à sept déportations (dont trois décès en déportation). Elle se fit aussi livrer Raymond Liégey et les frères Renaud.
Le 11 mai 1944, le chef du service des prisonniers à la SNCF écrivit à Fernand de Brinon, délégué du gouvernement de Vichy en zone occupée, pour lui signaler le cas de Gaston Renaud, « père de trois enfants en bas âge (trois, deux et un an) » et lui demander d’intervenir « en vue d’éviter qu’il soit condamné à mort ». Le 24 mai, Fernand de Brinon demanda son avis sur cette affaire au préfet de la Haute-Saône, qui lui répondit le 2 juin en ces termes : « Bien que la situation de famille de M. Renaud soit intéressante, il ne semble pas, en raison des mauvais renseignements recueillis sur lui, qu’une intervention en sa faveur soit, dans les circonstances actuelles, opportune. »
Le 4 juillet 1944, le tribunal de la Feldkommandantur 769 de Chaumont condamna à mort les trois frères Renaud et Raymond Liégey. La sentence fut commuée en déportation pour Lucien Renaud, père de onze enfants ; le Journal officiel du 17 avril 2014 le déclare décédé à Neuengamme (Allemagne) le 30 mai 1945.
Quant à Raymond Liégey, Gaston et Albert Renaud, ils furent fusillés le jour même, à 17 heures, sur le terrain de La Folie à l’Épine, près de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne), et inhumés dans le cimetière de l’Est de Châlons, où Gaston et Albert Renaud reposent toujours, dans le carré Ullman. Les croix dressées sur leurs tombes portent la mention : « Résistant fusillé-Mort pour la France ».
À la Libération, Gaston Renaud a d’abord été déclaré « Mort pour la France » et, le 1er mars 1948, homologué comme résistant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et comme agent P2 de Résistance-Fer avec grade de sous-lieutenant. Dans les années qui ont suivi, l’activité résistante des frères Renaud et de Raymond Liégey a été contestée, ils ont été suspectés d’avoir commis des délits sous couvert de la Résistance. À Melay, l’animosité à leur égard était vive. Un rapport des Renseignements généraux de Chaumont daté du 22 mai 1953 évoquait « une rivalité politique » entre la municipalité de Melay, de droite, et les frères Renaud, considérés comme des sympathisants communistes.
Le nom de Gaston Renaud est inscrit sur la plaque commémorative de la Butte des fusillés à L’Épine, érigée sur les lieux de l’exécution. En Haute-Saône, il figure comme fusillé sur le monument de la Résistance à Vesoul. Le 11 novembre 2013, une plaque commémorative à son nom a été inaugurée au monument aux morts de Rosières-sur-Mance.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944. – Pierre Gillet, Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945), Cahiers châlonnais, no 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, DVDrom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – Le Journal de la Haute-Marne, 3 novembre 2013.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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