Né le 25 août 1923 à Calais (Pas-de-Calais), fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; plombier zingueur à la SNCF ; militant de la JOC, résistant.

Claude Warocquier
Claude Warocquier
Fils de Léon Warocquier, télégraphiste, et de Mélanie Jandos, sans profession, Claude Warocquier fit ses études à l’école libre du Sacré-Cœur à Calais, puis au pensionnat de La Malassise à Saint-Omer de 1935 à 1937. Revenu à Calais, il entra en apprentissage pour s’initier au métier de tourneur fraiseur. Élevé dans des sentiments chrétiens, il adhéra à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).
Patriote dans l’âme, il décida d’entrer en lutte contre les Allemands dès leur arrivée. Il fut un des premiers à être dans un esprit de résistance, car à peine âgé de dix-sept ans, il favorisa la fuite de soldats et officiers belges cachés à Calais en leur procurant des vêtements civils. Sous le pseudonyme d’« Edmond,il collecta des renseignements sur les forces allemandes, leurs installations et l’activité des chantiers navals de Calais, Boulogne et Dunkerque, les transmettant à Edmond Degrève, ancien commandant du port de Gand. En octobre 1940, Waroquier ayant eu sa mutation aux chemins de fer, pour la gare de triage de La Chapelle à Paris, toute la famille partit résider dans la région parisienne, à Groslay (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Claude Warocquier, après une emploi chez un propriétaire terrien, entra également aux chemins de fer, comme plombier zingueur au service d’entretien de la gare de Persan-Beaumont. Dès 1941, il dessina des croix de Lorraine sur les murs de Groslay. Et, avec un groupe de 24 jocistes de Groslay, dont sa soeur Madeleine, il participa à des réunions patriotiques autour du curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul, l’abbé Patrouelle. À la JOC de Groslay, grâce à l’impulsion d’un prêtre dynamique, un groupe de vingt-quatre jeunes se préparèrent à la lutte contre l’occupant ; ils furent en contact avec le mouvement Valmy. Sous l’école libre, un souterrain fut creusé, dans lequel furent cachées des armes. En novembre 1942, il participa, salle de la Mutualité à Paris, à un rassemblement de la JOC qui prit des accents patriotiques, avec la participation du Chanoine belge Cardijn, fondateur de la JOC.
Claude Warocquier se retrouva isolé après la subite arrestation de ses chefs au début 1943. Il entra alors dans le réseau Lorraine, puis s’en écarta à la suite d’arrestations. Décidé à continuer la résistance coûte que coûte, et bien que l’idéologie de ce groupe ne correspondît pas à ses convictions, il entra chez les Francs-tireurs et partisans (FTP), au groupe Jean Jaurès, le 17 mars 1943, groupe très actif en banlieue et qui devint en février 1944 la compagnie Commune de Paris. En avril 1943, il quitta sa famille pour la protéger, et passa dans l’illégalité, avec, selon le témoignage de sa soeur, le projet de passer en Angleterre : « Lorsque vous lirez ces lignes, je serai sans doute très loin. Je pars faire mon devoir », écrit-il dans une lettre à ses parents.
Claude Warocquier fut volontaire pour les actions de sabotage contre la machine de guerre allemande. Il préférait s’attaquer au matériel plutôt qu’aux vies humaines. Ses sentiments chrétiens le firent hésiter chaque fois qu’il risquait de tuer des hommes. Dans ces cas-là, il n’agit que sur ordre.
Avec le groupe Jean-Jaurès de Paris, il multiplia les sabotages, notamment sur les voies ferrées. La centrale électrique de Bondy (Seine, Seine-Saint-Denis) reçut sa visite et conserva la trace de ses explosifs. Il assura aussi les liaisons et le transport de documents importants.
Le 11 septembre 1943, alors qu’il rentrait en voiture avec un commando qui avait fait sauter la centrale électrique à Chelles (Seine-et-Marne), il fut arrêté à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis) par la police française. Un rapport des renseignements généraux le déclare « porteur d’un marteau et d’un poignard. Membre des FTP sous le pseudonyme d’Edmond matricule 4116, a reconnu avoir participé à plusieurs attentats contre des militaires allemands en vue de leur dérober leurs armes, avoir tenté d’incendier une scierie travaillant pour le compte des autorités d’occupation, sise 102 rue Édouard-Vaillant à Bondy, et avoir participé à une attaque à main armée, le 10 septembre 1943, contre un bureau de tabacs à Vaujours ». Torturé par les Brigades spéciales, il fut livré à la Gestapo, soumis aux coups et à la torture, mais ne révéla aucun nom. Détenu à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), sans avoir bénéficié de l’assistance d’un avocat, il fut condamné à mort le 1er octobre 1943 par le tribunal allemand du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien puis inhumé de façon anonyme au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Son corps étant ramené à Calais, des funérailles officielles eurent lieu le 3 février 1944 et son cercueil fut déposé dans le carré des fusillés au cimetière Sud.
Bien que n’ayant jamais été mobilisé, Claude Warocquier reçut à titre posthume les décorations suivantes : la Médaille militaire, la Croix volontaire de la Résistance, la Médaille de la Résistance, la Médaille de l’internement, la Médaille commémorative 1939-1945. Elles furent remises à Mme Warocquier par Guy Mollet à l’hôtel de ville de Calais en 1957. Elle reçut également la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent des mains du général Petit le 29 mars 1947.
La soeur de Claude Warocquier, Madeleine, et son mari Roland Charitas (1923-2015), participèrent à l’Amicale des fusillés de la Résistance de Calais.
Dernière lettre
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Mes chers parents,
C’’est fini,, je n’ai plus que quelques heures à vivre ; j’ai du courage, il faut en avoir.
J’ai vu le prêtre et je vais me confesser et communier. Sois satisfaite sur ce point, ma chère maman. J’ai déjà envoyé une première lettre ; celle-ci, c’est le prêtre qui va l’emporter.
Je t’embrasse bien tendrement, toi ma mère qui m’as toujours enseigné de bons conseils, toi aussi mon cher père, toi aussi ma chère petite sœur, toi mon petit frère Guy, et enfin ma chère, grand’mère.
Courage ! Envoyez un message aux copains de la JOC.
Qu’ils prient bien pour moi et vous aussi.
Vive la France !
CLAUDE
J’ai demandé au prêtre qu’il vous envoie une aide morale.
Sources

SOURCES : AVCC, Caen, B VIII 4, Boîtes 5 et 6. – Robert Chaussois, Calais au pied du mur. Mars 1943-janvier 1944, SA Imprimerie centrale de l’Ouest, La Roche-sur-Yon. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir, op. cit.Nord littoral, 13 novembre 2015. — Musée du Mont-Valérien. — État civil. – Le Journal de la Résistance n° 1345, 1346, 1347, octobre, novembre, décembre 2019.

René Vandenkoornhuyse

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