Né le 23 juillet 1924 à Blériot-Plage (Pas-de-Calais), pendu le 3 mars 1943 au fort de Breendonk (Belgique) ; résistant FTPF.

Gaston Lelong
Gaston Lelong
Plutôt doué pour les études, Gaston Lelong, après avoir fréquenté l’école publique de sa commune, suivit les cours de l’École primaire supérieure (EPS) à Calais. Il n’avait pas encore seize ans quand la France fut envahie. Pour subvenir aux besoins de sa famille, comme beaucoup, il fabriqua du béton pour les Allemands. En août 1942, il épousa Christiane Vandaele, dont il eut deux enfants, Christiane et Gaston. Il avait adhéré avant guerre aux Jeunesses communistes. Gaston Lelong retrouva ses camarades, le 3 mai 1942, il s’engagea dans les FTPF où il eut pour chef direct Émile Alain. Le 29 mars 1943, pour sauvegarder les siens, il plonge dans l’illégalité sous le nom de guerre d’Étienne Vasseur. Avec le détachement 2402 « Félix Cadras », il participa à nombre de sabotages et actions diverses, entre autres en août 1943 il abattit en plein jour deux soldats allemands pour leur dérober leurs fusils, c’est lui qui exécuta le collaborateur Henry Groos, rédacteur en chef du Télégramme de Boulogne sur mer. (Voir Émile Allain)
Après l’exécution de Groos, le détachement « Félix Cadras » traqué par une quinzaine d’inspecteurs et un commissaire de police, quitta la région de Boulogne-sur-mer.
Vers la fin du mois d’octobre 1943, le gérant du Mikado recommanda pour les loger Gaston Lelong ainsi quelques uns de ses camarades à Henri Hurault gérant du café avec garnis la « petite chaumière » 74 rue Léon Gambetta à Lille. Ils se présentaient comme un groupe de jeunes qui faisaient du marché noir. Annie Laroche, serveuse au café, devint la maîtresse de Gaston Lelong . Quelque temps après, la bonne, Paulette, trouva un révolver sous le traversin de Lelong qui avoua à Henri Hurault que lui et ses camarades faisaient partie de la résistance.
Dès le mois de juin 1940, une section de l’Abwehr s’installa temporairement à Lille, rue nationale puis définitivement à la Madeleine, 4 rue du jardin botanique, rue François de Badts et avenue Saint- Maur. Ces bâtiments hébergeaient également le SD (SichereitsDienst) organisme du Parti Nazi. Deux agents redoutables, le kriminals- kommissär Kohlz et le Kriminalinspektor Walter Paarman y officiaient. Ils recrutèrent au courant de l’année 1942 un Français, Robert Picquot qui, pendant les premiers mois, fut sous les ordres de Kolhz, puis de la fin de l’année 1942 jusqu’à la Libération, sous ceux du nommé Walter..
Moyennant un salaire mensuel qui s’élevait de 3 000 à 6 000 francs, indépendamment de primes et avantages divers, Picquot , sous son nom ou sous des noms d’emprunt « Parmentier René », « Marchand » agissait pour le compte des Allemands.
Gaston Lelong et ses amis fréquentaient également le café à l’enseigne « Chez Germaine », rue du Molinel, tenu par Germaine Picquot, sœur de Robert. Germaine Picquot séduisit Gaston Lelong, le fit boire jusqu’à l’ébriété et l’interrogea alors sur le révolver qui venait de tomber de sa poche, Gaston Lelong lui confia qu’il était un résistant, tout comme ses amis. Germaine Picquot lui déclara que son frère Robert faisait également partie de la Résistance et qu’il pouvait lui procurer des cartes d’identité. Le frère et la sœur Picquot vont tisser une véritable toile d’araignée autour des jeunes résistants. Selon le témoignage de Suzanne Lenfant, épouse de Henri Hurault, Germaine Picquot cherchait à les attirer , elle venait les voir à la « petite chaumière » accompagné de son frère Robert Picquot avait réussi à obtenir toute la confiance de Gaston Lelong et de ses amis.. Gaston Lelong était le chef du groupe d’une dizaine de jeunes gens qui se réunissaient de temps à autre dans une salle privée du café Ces réunions étaient secrètes, aucune personne ne pouvait entrer dans la salle .Elles étaient présidées par le chef régional des FTP (Pièce 169), vraisemblablement le commissaire régional militaire des FTP Jean Baptiste Tailliez. En effet Jean-Marie Fossier nous apprend que Colette (pseudonyme de Séverine Guénégou) assurait depuis peu la liaison entre Gaston Lelong et J B Tailliez. Dans les archives de Caen (dossier de J.-B Tailliez) le témoignage de Delabre Camille nous éclaire davantage « … La veille de Noël 1943, alors que j’étais incarcéré à la prison de Loos-les-Lille, cellule 108, j’ai vu arriver Tailliez, lequel a été incarcéré cellule112 ou 114. Il m’a fait connaître par des moyens défendus par le règlement de la prison qu’il avait été arrêté à Lille, suite à un rendez-vous avec son agent de liaison ». Tous ceux ou celles qui s’approchaient de près ou de loin de Gaston Lelong étaient pistés par la Gestapo et ses collaborateurs. Picquot cherchait à repérer les dirigeants des groupes de résistants. Ces méthodes policières lui ont été reprochées dans l’acte d’accusation lors de son procès en octobre 1946 où il a été condamné à mort, (il fut passé par les armes en janvier 1947). Un autre groupe de FTP composé de Louis Marcourt , Hache , Carloma, Loyn, …ainsi que le réseau « La voix du Nord » ont été infiltrés et dénoncés par lui, les chefs ont été identifiés de cette manière
Après l’arrestation de Nabor le 17 décembre 1943, tous les résistants cessèrent de fréquenter la « petite chaumière » .Gaston Lelong se rendit sur la côte à Calais et Boulogne-sur-mer, il envoya des lettres à Annie Laroche, la première de Calais et la veille de Noël une deuxième lettre en provenance de Boulogne-sur-mer, et selon le témoignage de Henri Hurault il y donna rendez-vous à sa maîtresse à Saint-Omer le 29 décembre 1943, où il arriva à 9h30. Robert Picquot intercepta ce courrier, décacheta la lettre, (pièce 150) et la lut à haute voix. Depuis quelque temps,il cherchait la nouvelle adresse de Gaston Lelong.
Lors du procès de la « petite chaumière », Annie Laroche fit la déclaration suivante : « je partis de Lille par le train de 8h et arrivai en gare de Saint-Omer à 10h30. Après avoir franchi la sortie et alors que je me trouvais encore à l’intérieur de la gare, je fus accostée par deux civils qui m’empoignèrent par le manteau et me déclarèrent « Police Allemande, suivez nous ».J’obtempérai et suivis les policiers qui m’emmenèrent à la Kommantur de Saint-Omer. Je fus dirigée sur un bureau et reçue par un policier qui me demanda : « que venez vous faire à Saint-Omer ? ».Je répondis : « Je viens réclamer de l’’argent à un ami qui habite la ville ».N’ayant pas répondu assez vite et m’étant quelque peu embrouillée, je fus giflée par le policier. Pendant que l’on me questionnait, l’un des policiers fouillant mon sac à main, avait découvert une lettre signée par mon ami Gaston.
A ce moment, la porte d’un bureau voisin s’ouvrit et je vis mon ami qui était enchaîné. Le policier qui m’interrogeait me demanda : Est-ce bien le Monsieur que vous veniez voir ?. Sans attendre ma réponse .mon ami s’écria :Je ne connais pas madame Cependant, l’un des policiers montre la lettre qu’il avait découverte dans mon sac et qui était signée Gaston.
La preuve était faite. Il était inutile de nier davantage. »
Cependant, dans un rapport de l’inspecteur de police de sûreté Girard Henri du 13 février 1944, (archives de Dainville) il est noté que Annie Laroche, femme Repedto, a déclaré à la gestapo que son amant devait rencontrer le 29 décembre au soir à 18heures, dans un café sis152 rue de Paris à Lille, un terroriste prénommé Marcel (Voir Emile Allain). Annie Laroche fut enfermée à Loos pendant soixante-dix jours.. Elle sortit de prison le 8 mars 1944, et fut emmenée à la gestapo de la Madeleine, on lui fit savoir qu’elle était libre, mais que toutefois il avait été décidé de l’envoyer en Allemagne. Elle protesta énergiquement. Les Allemands l’embauchèrent alors pour travailler pour eux comme femme de ménage dans un immeuble situé au numéro 42, façade de L’esplanade. Elle accepta. Elle devait pointer les premiers et quinze du mois.
Lors du procès de « la petite chaumière », il fut également fait état de l’audition de Nauhein, Paul 37 ans, Kriminal-sekretar du SD de Lille : Les inspecteurs Bauw Elie et Segear Jean, accompagnés du Lt-Van Nes des services de la sécurité Néerlandaise s’étaient rendus à la maison d’arrêt de Heerenveen (Hollande) où était détenu Nauhein. Sur interpellation, celui-ci déclara :
« J’ai vu Picquot avec Kohlz à Saint-Omer. Il nous accompagnait pour opérer des arrestations ; Cela se passait le jour où Kohlz a été abattu à Lille. Nous étions partis pour Boulogne en voiture et nous avons rencontré par hasard Picquot Robert que je reconnais sur la photo que vous me présentez. Picquot nous a dénoncé un homme et une femme qui étaient les chefs locaux d’un groupement de résistance et nous les avons arrêtés avec son aide. Picquot est resté à Saint-Omer et le soir Kohlz a été abattu … Picquot a dû donner à Kohlz d’autres affaires, car Kohlz avait une grande confiance en lui et il savait que Picquot travaillait aussi pour Simon de l’Abwehr. ». (pièce192) Avec ce témoignage, nous voyons que tout le détachement des FTP boulonnais avait été identifié et que la traque des résistants sur Boulogne allait continuer. Le 7 janvier 1944, Léon Fayolle fut arrêté à Boulogne, Le 8 janvier 1944, Charles Sauvage fut arrêté à Saint Léonard et Alphonse Mann fut arrêté à Pont de Briques. Le 22 janvier, Henri Hurault, jean Guelton furent interpellés à Lille. Le 28 janvier, le docteur Croquelois André est arrêté à son domicile pour la même affaire que Charles Sauvage, Alphonse Mann, et RogerThierry.. (Archives de Caen)
Gaston Lelong fut condamné à mort le 14 février 1944 par le tribunal de guerre allemand. Il fut pendu au fort de Breendonck et inhumé au cimetière de Schaarbeek.
Dès qu’il eut connaissance que les six hommes (Allain, Pillard, Lelong, Nabor, Debremme, et Guelton) se balançaient au bout d’une corde, le général Bertram fait placarder des affiches sur lesquelles l’on pouvait lire entre autres l’avis suivant : « Une des bandes les plus dangereuses qui, menée par le chef Allain, a terrorisé pendant un certain temps la région de Boulogne, Calais, Lille, a été supprimée. Outre trois assassinats de membres de l’armée d’occupation et de ressortissants français, les bandits ont incendié et attaqué de nombreuses fermes et commis un grand nombre d’attentats contre des mairies, commissariats de police et autres services français. En raison de la façon crapuleuse dont ils ont commis notamment les assassinats, six ont été exécutés par pendaison. Trois autres ont été fusillés […] (Sauvage Charles, Fayolle Léon, et Mann Alphonse)
Lille le 4 mars 1944 L’OberfeldKommandant signé ; Bertram generalleutnant »
Un peu plus tard, Mme Lelong reçut la dernière lettre écrite par son mari. Voici d’après Robert Chaussois le texte de l’ultime message de l’ardent combattant de l’armée clandestine
« Le premier Mars 1944 Très chère petite femme adorée
C’est avec le désespoir au cœur que je t’écris ma dernière lettre car je suis condamné à mort et je m’attends à être fusillé d’un moment à l’autre. Chérie, je t’en supplie pour mes deux petits qui n’ont pas mérité un tel malheur, ressaisis-toi, donne-leur un second père, tu es encore jeune, refais ta vie. Sache que les derniers moments qui me restent à vivre, toute ma pensée va vers vous trois. Avec le temps, tu arriveras à oublier celui qui a fait ton malheur.
Ma dernière volonté c’est que tu rendes nos enfants heureux et qu’ils puissent partout passer la tête haute.
Quand ils auront l’âge de comprendre, apprends-leur sans les brusquer, ce qui m’est arrivé et dis-leur que j’aurais désiré les aimer et les élever jusqu’à leur mariage, afin de les rendre heureux.
Chérie remarie-toi, ce serait une folie que de faire autrement car tu ne dois pas gâcher ta vie pour moi. En attendant, demande à mon frère Albert et à ma sœur Fernande de t’aider, fais-leur voir cette lettre pour qu’ils comprennent vraiment avec quelle ferveur je les supplie.
Embrasse une dernière fois tes parents et les miens pour moi, et dis-leur de ne pas trop m’en vouloir car il me faut du courage pour aller jusqu’au bout. Tu donneras ma montre à mon père, car je sais qu’il la conservera jusqu’à la tombe..
Chérie ne pleure pas, je n’en vaux pas la peine et tu m’oublieras plus vite. Consacre ta vie à élever nos enfants et fais ton possible pour que celui que tu choisiras comme mari les aime autant que moi. Ne regarde pas à la beauté physique, regarde à la beauté morale, car tu mérites d’être heureuse, toi qui fus tout pour moi.. Sache qu’avec les apparences de caractère, tu fus la seule femme de ma vie que j’ai aimée ardemment.. Je te demanderai de ne pas oublier mon père et ma mère, même si tu te remaries, car ils t’accepteront toujours comme leur fille, avec nos enfants.
Embrasse bien tout le monde pour moi et supplie-les de regarder mon portrait sans me mépriser, car je ne le mériterai pas .Adieu, m’amour , je n’ai pas le courage d’aller plus loin, et c’est la mort dans l’âme et les yeux pleins de larmes, que sur cette lettre je t’envoie mes baisers les plus chaleureux .
Embrasse mes enfants à part, car ce n’est pas le même amour mais cœur y est autant. Adieu, chérie, une dernière fois je t’embrasse.
Ton mari pour la vie et pour la mort..
Encore une fois, prends bien soin de nos gosses et embrasse tout le monde pour moi.
Celui que tu dois oublier.
Gaston Lelong, 145 quai du commerce à Calais.
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Le corps de Gaston Lelong fut ramené à Calais, et des obsèques solennelles eurent lieu le 22 octobre 1949. Il fut décoré à titre posthume de la médaille de la Résistance. (Voir Emile Allain)
Sources

SOURCES : DAVCC Caen. — Archives départementales du Pas de Calais à Dainville (31w12). — Archives départementales de Lille (9W1075) procès de la « petite chaumière », 9w726.. — Robert Chaussois, Calais au pied du mur Mars 1943 à Janvier 1944, Calais au bout du tunnel Février Août 1944, SA imprimerie centrale de l’ouest, la Roche sur Yon. Jean-Marie Fossier, Zone Interdite Nord Pas-de-Calais , imprimé à Lens (62) dans les ateliers d’I.P.C pour le compte de la FNDIRP. — Michel Rousseau, Le nord et le Pas de Calais Zone Interdite dans la guerre 1939/1945, éditions Horvath.. — État civil. — Notes de Jean-Louis Bouzin, BiMOI.

René Vandenkoornhuyse

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