Né le 26 mai 1911 à Salonique (Grèce), tué le 1er juillet 1944 à Saint-Saturnin-d’Apt (Vaucluse) ; chauffeur, employé, ouvrier en TSF ; Forces françaises de l’Intérieur (FFI).

Fils d’Ovadia Molho et de Rachel Amiel, Isaac Molho habitait le 3e arrondissement de Paris avant guerre. Il était chauffeur d’automobile. Les recherches de Jean-Paul Jouval, président du Souvenir français du canton d’Apt, ont permis de connaître son parcours militaire : engagé le 24 octobre 1939 dans la Légion étrangère, il fut affecté d’abord au 2e régiment de marche des volontaires étrangers, puis au 1er régiment de marche le 1er février 1940. Ce régiment, devenu le 25 février le 21e régiment de marche, fut transféré au 1er bataillon de marche de volontaires étrangers (BMVE) le 1er mars et embarqua le 9 avril sur le Patria à destination de la Syrie où il arriva le 15. Ce bataillon, rebaptisé le 11e bataillon du 6e étranger d’infanterie le 22 avril, fut dissous le 16 octobre 1940. Isaac Molho fut alors affecté au 3e groupement de travailleurs étrangers du Levant et dirigé le 10 décembre sur le dépôt des troupes du Levant à Beyrouth pour rapatriement. Il embarqua le 14 pour Marseille (Bouches-du-Rhône). Arrivé le 20, il fut démobilisé le 23 décembre 1940. Étant juif, il décida de rester à Marseille et travailla comme employé. Probablement après l’arrivée des Allemands, il vint s’établir à Cavaillon (Vaucluse) avec son père. Dans cette localité, il travailla comme ouvrier menuisier aux Établissements Chabas, puis comme ouvrier en TSF. Il vivait maritalement avec Laure de Palma, dont il eut une fille en 1943. Il hébergea chez lui sa sœur Estrea Toledo dont le mari, arrêté à Marseille en janvier 1943, avait été déporté et qui, pourchassée par les hommes de main de la police allemande, avait quitté la grande ville. Cependant, cinq d’entre eux, membres du PPF (Parti populaire français), l’ayant retrouvée à Cavaillon, avaient menacé de l’arrêter ainsi que son frère et son père. Ils y avaient finalement renoncé, moyennant 20 000 francs. C’est peut-être à la suite de cette affaire qu’Isaac Molho fit établir de faux papiers au nom de Pierre Mollot, né à Athènes le 14 novembre 1913, par le commissariat de police de Cavaillon le 25 mai 1944. Fut-il dénoncé aux hommes de la 8e compagnie Brandebourg qui stationnait dans cette bourgade par les PPF marseillais comme le pensait sa sœur qui était retournée à Marseille ? Avait-il été repéré à Cavaillon car participant à la Résistance depuis janvier 1944 ?
Quoi qu’il en soit, son arrestation eut lieu en juin. Il fut conduit à l’hôtel Splendid de Cavaillon qui servait de siège et de prison au groupe Brandebourg. Le 1er juillet, son exécution et celle de quatre autres prisonniers de la 8e compagnie Brandebourg au lieu-dit « Les Boucanes » précédèrent l’attaque des maquis du secteur de Saint-Saturnin par des soldats allemands et les éléments de la 8e compagnie Brandebourg. Quatre maquisards furent tués à la ferme de Gayéoux, dont le chef de groupe Maurice Barcion, alias Maurice Barthou*. Trois autres, ainsi que Paulette Nouveau*, épouse du chef de la section Koenig, pris à la ferme de Berre, dont la propriétaire, Blanche Gaillard*, fut abattue, furent exécutés l’après-midi sur la place du village de Saint-Saturnin. Les corps d’Isaac Molho et de ses camarades – Maurice Barcion, Albert Rouzeau* et deux inconnus - furent retrouvés le 10 juillet. Ils furent inhumés le 18.
Une stèle a été érigée sur les lieux du massacre. Un monument aux « 14 martyrs du 1er juillet » fut inauguré le 4 novembre 1945 sur la place de Saint-Saturnin. Le titre de « Mort pour la France » lui fut attribué.
Inhumé Saint-Saturnin, son corps fut transféré le 28 décembre 1948 au cimetière israélite de La Timone à Marseille, cimetière attenant au cimetière Saint-Pierre.
Voir Site d’exécution Saint-Saturnin-les-Apt et environ
Sources

SOURCES : Arch. dép. Gard, 3 U 7 252 (cour de justice de Nîmes, dossier Paolino). ⎯ Arch. Justice militaire, Dossier Frey, Ronglin, Bossy, etc., rapport du 16 janvier 1946. ⎯ Arch. dép. Vaucluse 6 W 14. ⎯ Arch. dép. Bouches-du-Rhône 55 W 91 (dossier Albertini). ⎯ Arch. privées, fonds Pétré, Livre noir pour la XVe Région, Service des recherches de crimes de guerre ennemis, 4 juillet 1945. — Site internet Mémoire des hommes. — Claude Arnoux, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, 1974. — Association des amis du Musée de la Résistance et de la Déportation, La mémoire gravée. Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Fontaine-de-Vaucluse, Musée d’Histoire, 2002. — Aimé Autrand, Le département du Vaucluse de la défaite à la Libération : mai 1940-25 août 1944, Avignon, Éd. Aubanel, 1965. — Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine, Aix-en-Provence, thèse d’Histoire, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977. — Louis Coste (dir.), La Résistance du pays d’Apt, de la Durance au Ventoux. Historique, Apt, 1974, rééd. 1982. — Fernand Jean, J’y étais. Récits inédits sur la Résistance au pays d’Apt, Cavaillon, Association des médaillés de la Résistance du Vaucluse, 1997. — Jean-Paul Jouval, Mémorial des victimes des communes du canton d’Apt. Seconde Guerre mondiale, Indochine, Algérie, Apt, Le Souvenir français, 2017, p. 35.— Saint-Saturnin-les-Apt se souvient… 1944-1994, Cavaillon, Municipalité de Saint-Saturnin et comité du cinquantenaire, 1994. — Vaucluse 44, l’année de la liberté retrouvée. Aspects de la Résistance et de la Libération, Avignon, ONAC-Mission du 60e anniversaire des Débarquements et de la Libération de la France-Département du Vaucluse, 2004. — Guillaume Vieira, La répression de la Résistance par les Allemands à Marseille et dans sa région (1942-1944), Aix-en-Provence, thèse de doctorat, Université d’Aix-Marseille, 2013.

Jean-Marie Guillon

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