Né le 4 février 1914 à Paris (Ve arr.), fusillé le 30 avril 1943 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; agent P2, réseau Kléber ; contrôleur du ravitaillement.

Fils d’Eugène et de Blanche, Gabrielle Leclercq, André Gardes obtint son brevet de pilote de tourisme à dix-huit ans. Il fit son service militaire comme mitrailleur à la 33e escadre aérienne, 1er groupe, à Essey-lès-Nancy. Lors d’un accrochage en vol, le 3 juillet 1936, il dut sauter en parachute. Blessé, il ne put devenir pilote de réserve. Il se maria la 6 juillet 1939 avec Suzy Serell (dont le père, américain, fut arrêté et emprisonné à Compiègne, ainsi que sa mère, franco-américaine) ; ils eurent deux fils, Michel et Philippe, nés en 1940 et 1941.
Mobilisé, André Gardes rejoignit le GAO 504 (Groupe aérien d’observation) à Reims, comme mitrailleur. Il obtint la Croix de guerre, avec citation, lors de la bataille des Flandres. Devenu sergent-chef, il accompagna le transfert de son unité en Afrique du Nord, et se retrouva alors à Alger. Il y rencontra Georges Agoutin, qu’il avait connu à Chartres. Rentré en métropole, en septembre 1940, André Gardes travailla aux chantiers Lioré-Olivier du Loiret ; il fut recruté par G. Agoutin. Au printemps 1941, il avait emménagé à Paris (86 avenue Félix-Faure). Devenu contrôleur du ravitaillement, il entra à la SNCASE-URP (Société nationale de construction aéronautique du Sud-Est, usine de la région parisienne) à La Courneuve (Seine), qui travaillait pour l’Allemagne, ce qui lui permit de fournir des renseignements. Appelé à se déplacer, il fournit également des renseignements sur les mouvements de troupes, le transport de matériel militaire, et assura la liaison avec d’autres résistants.
Le 17 mai 1942, il fut arrêté dans la rue pour « espionnage », alors qu’il apportait un rapport sur l’artillerie allemande à Georges Agoutin ; mais celui-ci venait d’être lui aussi appréhendé sur dénonciation. Ils furent emprisonnés tous les deux à la prison de Fresnes (Seine) dans la même cellule (411 B) avec Jean-Marie Le Boterff. Avec ses deux compagnons de captivité, mais aussi Louis Cavelier, Gaston Le Métayer et Jean Nicolas, André Gardes fut déféré le 20 janvier 1943 devant le tribunal militaire allemand de Paris, rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.) : il fut condamné à mort avec Georges Agoutin ; les autres furent déportés et moururent dans les camps.
André Gardes apprit le rejet de son recours en grâce le 30 avril, qu’il évoqua dans sa dernière lettre : « Ma pauvre chérie, J’apprends la terrible nouvelle. C’est la dernière lettre que je t’adresse. Tout est fini, le jugement est revenu confirmé, il est environ 10 heures, et je dois être fusillé à 15 heures. Il me reste donc peu de temps à vivre. En premier lieu, je te supplie d’être forte, mon Aimée. De mon côté, jusqu’à la dernière minute, je veux rester courageux. Ma dernière pensée sera pour toi, et nos deux petits. Pardonne-moi de te faire tant souffrir, toi qui m’as rendu si heureux. Tu sais quel idéal m’a toujours conduit. Que Dieu te protège... Je vais essayer de mourir en chrétien, moi qui me trouve au seuil de grand mystère, je n’ai plus de foi qu’en Dieu. Fais que nos petits deviennent des hommes, de vrais hommes, de vrais Français. Ils n’ont pas le droit de désespérer de l’avenir. Je compte sur toi pour mener à bien cette grande tâche. Pour moi, j’offre ma souffrance afin de t’éviter de nouvelles épreuves, ainsi qu’à nos petits. Prie pour moi. De l’infini où je vais aller, heureux ou pas, mon âme ne pensera qu’à toi et à nos chers enfants. Que Dieu soit pitoyable à mon sacrifice, moi qui aurais tant voulu mourir en plein ciel de bataille. Qu’Il protège notre Patrie et la sauve. Adieu à toi. Adieu à nos petits. Adieu à notre beau pays de France, André.
P.S. – À l’instant je viens de me confesser et de recevoir la communion, aussi vais-je pouvoir partir plus confiant et plus fort. »
Un peloton d’exécution allemand le fusilla avec Georges Agoutin le 30 avril 1943. André Gardes tomba à 16 h 04, au stand de tir du ministère de l’Air, place Balard. Son corps a été inhumé dans le carré des corps restitués, dans le cimetière d’Ivry-sur-Seine.
Il a été déclaré « Mort pour la France » (décision du ministère des Anciens Combattants AC 21 P 190892), et son nom figure sur le monument en mémoire au personnel de la SNCASE-URP, dans l’enceinte de la société Eurocopter à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). On peut également le lire sur la plaque commémorative apposée avenue du Pont-de-Sèvres (Paris, XVe arr.), en hommage aux fusillés du stand de tir : la plaque du ministère de la Défense à Paris XVème
. Il est enfin inscrit sur le mémorial des Services spéciaux de Ramatuelle (Var).
Son action dans la Résistance lui valut une étoile de vermeil à ajouter à la Croix de guerre qu’il avait déjà obtenue dans les Flandres en 1940.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VII 0742, Boîte 5/B VIII dossier 4 ; Liste S 1744, réf. 28/43 et (V) 315/42 (Notes Thomas Pouty). – Sites : Mémoire des Hommes, Mémorial GenWeb, Mémorial national des Anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (références indiquées : Archives du Bureau « Résistance »). – Arch. Nat., dossier F60 - 1576. – Bulletin de l’AASSDN, no 13, p. 4. – Germaine L’Herbier-Montagnon, La Couronne t’attend, janvier 1945.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : http://www.memorial-genweb.org/ memorial2/html/fr/complementter.php?table=bp&id=186281&largeur=1440&hauteur=900

Frédéric Stévenot

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