Né le 30 septembre 1921 à Revin (Ardennes), fusillé sommaire le 13 juin 1944 au Fenouillet, commune de la Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) ; instituteur ; FFI, résistant de l’Organisation universitaire des Mouvements unis de Résistance - Mouvement de libération nationale (OU MUR MLN) et de l’Armée secrète (AS).

Lucien Toulmond
Lucien Toulmond
Jacky Rabatel, op. cit., p. 271.
Quai Lucien Toulmond à Martigues (photo de Renaud Poulain-Argiolas, avril 2021)
Le grand-père de Lucien Toulmond était journalier à Cons-la-Granville, en Meurthe-et-Moselle. Son père, Adolphe Jean Joseph Toulmond, né dans la même commune le 6 mai 1889, mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, se trouva prisonnier de guerre pendant quatre ans à Stuttgart en Allemagne. De retour en France, il fut, en 1919, chef électricien à Longwy (Meurthe-et-Moselle), puis à Revin. Il épousa dans cette ville, en 1921, Lucienne, Octavie Ridrimont dont le père travaillait comme mouleur. Lucien Toulmond comptait donc, dans sa parenté proche, originaire de l’est de la France, plusieurs travailleurs manuels qualifiés. Mais, dans les années 1930, son père, Adolphe Jean Toulmond (qu’on désignait souvent par son deuxième prénom), changea de profession et de région et prit la direction, à Martigues (Bouches-du-Rhône), du cinéma Rex primitivement installé à Saint-Max, en Meurthe-et-Moselle.
Lucien Toulmond choisit, lui, le métier d’instituteur, qu’il exerça, en octobre 1942, à proximité de Martigues, dans la petite ville industrielle de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). De novembre 1942 à mai 1943, il fut mobilisé pour les chantiers de jeunesse, puis, en juin 1943, requis pour le Service travail obligatoire (STO) en Allemagne. Mais il y échappa en sautant du train en marche près de Dôle, et, en octobre 1943, rejoignit le maquis dans les Basses-Alpes. Il revint ensuite dans la région marseillaise et rallia le groupe de l’OU MUR-MLN dirigé, à Martigues, par un autre instituteur, Robert Daugey. La SIPO-SD (la « Gestapo ») de Marseille le qualifia, sous le numéro 10, de « membre des FFI » dans un document (le « rapport Catilina ») qui faisait le point sur la répression des maquis de juin 1944.
Après le débarquement de Normandie et l’appel à la mobilisation lancé par les organisations de Résistance, Lucien Toulmond participa, comme ses camarades, à la réunion organisée par Robert Daugey à son domicile 1, rue Hoche à Martigues, avant le départ du groupe au maquis, le 8 juin 1944. Comme eux, il fut interpellé par la « Gestapo », incarcéré à Marseille et, le 13 juin, fusillé dans la clairière du Fenouillet, à proximité de La Roque d’Anthéron. Les corps des résistants furent enterrés dans une fosse commune creusée par les habitants du village.
Le 17 octobre 1944, la presse régionale annonça que l’on venait de découvrir le destin tragique et le lieu d’exécution des huit résistants des Martigues, dont les familles étaient à la recherche depuis la Libération. Mais ce n’est que le 19 octobre que leurs dépouilles furent exhumées et identifiées. Lucien Toulmond fut inhumé définitivement au cimetière Saint-Pierre de Martigues, comme ses compagnons originaires de cette ville, au cours d’obsèques solennelles, en présence d’une foule nombreuse, le 21 octobre 1944.
Lucien Toulmond a obtenu les mentions « Mort pour la France », « Interné résistant », et fut homologué sous-lieutenant à titre posthume, Son nom figure sur la stèle érigée dans la clairière du Fenouillet, sur le mémorial du maquis de Sainte-Anne à Lambesc (Bouches-du-Rhône) et sur la plaque commémorative de l’École normale d’Aix-en-Provence. À Martigues, le nom de Lucien Toulmond a été donné au quai du Port, où il habitait, à une traverse et à une école maternelle.
Le père de Lucien, Adolphe Jean Toulmond (appelé le plus souvent Jean) représenta les Anciens combattants au premier conseil municipal élu après la Libération, en avril-mai 1945. Le 18 mai 1945, il fut élu maire de Martigues, à l’unanimité moins une voix.
Voir La Chaîne des Côtes et ses environs, Lambesc, Charleval, La
Roque-d’Anthéron, Le Fenouillet (Bouches-du-Rhône), 11 -
13 juin 1944
Sources

SOURCES : AVCC Caen, 21P 159886. — Arch. nationales, 72 AJ 104, AIII 7 bis, le Kommandeur de la SIPO et du SD de Marseille, « Rapport final […] Affaire Catilina », Marseille, 6 juillet 1944, signé Dunker, SS Scharführer. — Arch. dep. des Bouches-du-Rhône, 76 W 129, messages téléphonés de la gendarmerie des Bouches-du-Rhône au préfet délégué, 12 et 13 juin 1944 ; rapport téléphonique du sous-préfet d’Aix, 13 juin 1944 ; liste des personnes tuées au cours des opérations allemandes effectuées dans le secteur Lambesc-Charleval, La Roque-d’Anthéron, les 12 et 13 juin 1944 ; rapport de la brigade de gendarmerie de Lambesc, 19 juin 1944. — Combat universitaire, n°1, février 1945. — La Marseillaise, 17 octobre 1944. — Le Provençal, 13 juin 1945. — Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation, Martigues, 1939-1945, Martigues, Centre de développement artistique et culturel, 1996 — Madeleine Baudoin, « Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine », thèse de doctorat d’État, Université de Provence, 1977 — Robert Mencherini, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi rouge, ombres et lumières, tome 3, Syllepse, 2011.— État civil.

Robert Mencherini

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