Né le 1er novembre 1923 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), fusillé ou exécuté en février 1944 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; étudiant ; maquisard au sein de l’Armée secrète (AS).

Jean-Isaac Weill
Jean-Isaac Weill
Coll. privée, famille Weill
Jean-Isaac Weill (qui apparaît aussi sous le nom de Jean Weiss dans les témoignages) était issu d’une famille provençale juive. Son grand-père paternel, Alfred Gédéon Weill, né le 1er janvier 1892 à Aix-en-Provence, était rabbin et fils de rabbin. Sa mère Rachel Miserie était née à Cavaillon (Vaucluse). Professeur d’anglais à l’École primaire supérieure (EPS) d’Aix-en-Provence en 1929, elle avait été nommée directrice de l’EPS de Sisteron (Basse-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). En application du statut des Juifs, elle fut rayée du personnel de l’Éducation nationale en 1941. La famille habitait alors à Peipin.
Jean-Isaac Weill, après avoir obtenu le baccalauréat scientifique avec félicitations, poursuivit des études supérieures au lycée Thiers de Marseille. Major en mathématiques supérieures, il voulait préparer le concours d’entrée à l’École polytechnique, mais il ne put s’inscrire en mathématiques spéciales. Il s’engagea dans la Résistance en 1943, comme son père, Éléazard Weill, dit Francis Martini, et son frère, Max. Après être passés peut-être par un maquis à Aubignosc, son frère et lui rejoignirent en septembre 1943 le maquis AS des Oppelières à Montsalier, près de Banon. Ils s’y trouvaient avec une quinzaine de réfractaires, dont plusieurs évadés des Chantiers de jeunesse. D’après un témoignage, les frères Weill, trouvés « très bien élevés » par leurs camarades, étaient un peu moqués par eux, étonnés de les voir partager leur vie si chichement dans ce trou perdu et dans cette ancienne ferme d’éleveurs de chèvres abandonnée avant la guerre par ses propriétaires. Les maquis qui se trouvaient autour de Banon furent investis par les soldats allemands et leurs auxiliaires de la 8e compagnie Brandebourg (qui les avait infiltrés) dans la nuit du 4 au 5 décembre 1943. Douze maquisards furent arrêtés dont Jean-Isaac Weill (alors que son frère avait quitté le maquis), mais aussi des habitants de Banon et Redortiers qui aidaient ces jeunes gens (ravitaillement, transport, etc.). Tous furent regroupés à la gendarmerie de Banon puis transportés à la prison des Baumettes à Marseille, les maquisards étant d’abord interrogés et maltraités dans le Var, à Hyères, d’où provenaient peut-être les soldats, puis à Bandol où le groupe de « Brandebourgeois » était installé.
Aux Baumettes, les maquisards de Banon furent rejoints par ceux du maquis AS Robespierre arrêtés peu après à la lisière des Hautes et des Basses-Alpes (Curbans). Tous ces maquisards furent jugés par le tribunal militaire allemand de Zone sud qui siégeait à Lyon. Les camarades de Jean-Isaac Weill furent déportés à Mauthausen (Autriche) avec les résistants des villages de Banon et Redortier, mais lui ne se trouvait pas parmi eux. Dans son témoignage, Jacques Paget écrit qu’un des Brandebourg lui dit que « tes deux copains juifs ont été exécutés ». Faisait-il allusion aux frères Weill ignorant que Max n’était plus dans ce maquis, mais ce qui prouverait que ce Brandebourg était bien renseigné sur la composition du groupe de Montsalier ? La condamnation à mort de Jean-Isaac Weill est d’autant plus plausible que la majorité des maquisards de Curbans subirent ce sort et furent exécutés, sans que l’on retrouve leur lieu d’exécution et d’inhumation. En tout cas, il disparut lors de son séjour aux Baumettes.
Dès la Libération, ses parents vinrent à Banon pour y chercher des renseignements et entreprirent de nombreuses et éprouvantes démarches pour retrouver la trace de leur fils jusqu’au moment où ils apprirent enfin l’existence d’une fosse commune au quartier de l’Arenas, proche des Baumettes.
Le corps de Jean-Isaac Weill fut identifié par son grand père. Il repose depuis au quartier juif du cimetière d’Aix-en-Provence. Son nom figure sur le monument aux morts de Peipin avec la mention « Mort pour la France » et sur une plaque au lycée Thiers. Ses parents obtinrent pour leur fils le titre d’« interné résistant ».
Sources

SOURCES : Direction de la Mémoire, Patrimoine, Archives du Service historique de la Défens, DOSSIER n AC.21 P – 169183. – Jacques Paget, L’Étincelle, témoignage dactylographié inédit. – Renseignements fournis par Christiane Derobert, Guillaume Vieira et Jean Weill, son neveu.

Thérèse Dumont

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