Né le 16 août 1913 à Verdun (Meuse), fusillé le 18 juillet 1944 à Signes (Var) ; capitaine des troupes coloniales ; chef de mission interalliée, délégué militaire régional (DMR) par intérim.

Saint-cyrien, originaire de Bordeaux (Gironde), issu d’un milieu catholique, Henri Chanay avait quitté la France pour l’Afrique en 1938 et servait comme officier de l’armée coloniale. Optant pour la France libre, il fut capitaine d’artillerie dans la Division Leclerc et participa avec elle à la campagne du Tchad jusqu’en Érythrée. Souhaitant continuer le combat en métropole, il suivit l’entraînement des forces spéciales au Club des Pins à Staoueli (Algérie), où il fit la connaissance d’une partie de ceux qui allaient le rejoindre en France. Il fut parachuté dans la nuit du 9 au 10 avril 1944 à Beaumont-de-Pertuis (Vaucluse) avec Michel Lancesseur (Victor), son adjoint, autre ancien du Tchad, et le major britannique Alaistair Hay (Edgar), officier d’artillerie d’origine écossaise. Le capitaine Henri Chanay était le chef de la mission interalliée « Michel » chargée de préparer la mobilisation résistante de la région au moment du débarquement. Pris en charge par l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), il entra en contact avec un certain nombre de responsables militaires de la Résistance régionale, en particulier dans le Vaucluse et les Basses-Alpes. Il leur confirma les plans de mobilisation au jour J et l’envoi sur les centres de rassemblement prévus de parachutages d’armes, de vivres, de munitions et de matériel divers. Il donna l’ordre d’activer ces plans le 6 juin 1944. Le PC de la mission, qui se trouvait alors à Vinon (Var), sur les bords du Verdon, au château d’Ongles, fut attaqué le 14 juin par les Allemands et leurs auxiliaires français de la 8e compagnie Brandebourg. Chanay avait été dénoncé aux Allemands par Maurice Deydier Seignon de Possel (Noël), autre officier parachuté qui s’était aussitôt mis au service de la Sipo-SD de Marseille et, en particulier, d’Ernst Dunker (Delage), élément central de la section IV. Échappant aux assaillants, Henri Chanay et ses compagnons de la mission interalliée gagnèrent alors la vallée de l’Ubaye (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) où le capitaine Jacques Lécuyer (Sapin), chef régional de l’ORA R2, essayait de tenir une zone libérée. Ayant fait sécession du commandement régional des Forces françaises de l’intérieur (FFI), conformément à la ligne de l’ORA et avec le soutien d’Alger, le capitaine Lécuyer était entré en conflit avec le capitaine Robert Rossi (Levallois), chef régional des Corps francs de la Libération (CFL) et des FFI. Cependant, Henri Chanay, rejoint par le major américain Jean-Maurice Muthular D’Errecalde (Lucas), avait fait transmettre le 16 juin les ordres de démobilisation pour les maquisards qui pouvaient encore rentrer chez eux. Il fut nommé délégué militaire régional (DMR) par intérim après l’arrestation du titulaire, Louis Burdet (Circonférence), à Marseille, le 28 juin 1944. Le contact avec Robert Rossi avait alors été renoué. Ce rapprochement avait été facilité par la venue du délégué militaire Zone sud, Maurice Bourgès-Maunoury (Polygone), qui avait rencontré Robert Rossi et Max Juvénal (Maxence), chef régional R2 du Mouvement de libération nationale (MLN), le 4 juillet à Arles (Bouches-du-Rhône). Appuyant leurs griefs à l’encontre de l’ORA, il avait facilité le rapprochement avec Henri Chanay que Rossi (Levallois) reconnaissait, dans une note du 12 juillet, comme adjoint du DMR avec mission d’assurer la liaison avec Alger. Le DMR Louis Burdet, non identifié par les Allemands, avait été libéré le 8 juillet. Henri Chanay avait un contact quotidien avec lui. C’est à un rendez-vous que Louis Burdet lui avait donné pour lui transmettre des instructions et de l’argent qu’Henri Chanay et son adjoint, Michel Lancesseur (Victor), furent arrêtés par l’équipe de Dunker qui le recherchait activement depuis juin. Dunker avait trouvé ce rendez-vous dans une boîte aux lettres découverte au cours de la vague d’arrestations en cours (affaires « Catilina » et « Antoine »). Henri Chanay était convoqué avec Rossi (Levallois) au café des Danaïdes près de l’église des Réformés, au centre de Marseille. C’est là que l’arrestation eut lieu le 15 juillet. Henri Chanay porte le no 29 dans le rapport « Catilina » et le no 15 dans le rapport « Antoine » du 11 août 1944, rapports rédigés par Dunker pour faire le bilan des arrestations.
Emprisonné aux Baumettes à Marseille, après avoir été torturé, il a été fusillé avec huit résistants (dont très probablement Michel Lancesseur), suite à un jugement sommaire sur place, le 12 août, au fond du vallon isolé, dans les bois de Signes où, le 18 juillet, dans les mêmes conditions, vingt-neuf autres résistants avaient été exécutés. Les corps furent exhumés le 17 septembre 1944. Un monument funéraire a été inauguré le 18 juillet 1946 dans ce lieu, connu désormais comme le « Vallon des fusillés » et devenu nécropole nationale en 1996. Il fut homologué comme commandant.
Sources

SOURCES : SHAT 13P53, Journal de marche du commandant Chaumont, chef départemental de l’ORA. – Témoignages. – Henri Rosencher, Le sel, la cendre et la flamme, Paris, rééd. Kiron-Éd du Félin, coll. Résistance. Liberté-Mémoire, 2000. – Sapin et quelques autres, Méfiez-vous du toréador, Toulon, AGPM, 1987. – Madeleine Baudoin, Témoins de la Résistance en R2, thèse d’histoire, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1977. – Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983. – Jean-Marie Guillon, « La Résistance intérieure et la libération de la Provence. Stratégies militaires et problèmes de commandement », in Antoine Champeaux et Paul Gaujac (sous la dir.), Le Débarquement de Provence, Paris, Lavauzelle, 2008. – Renseignements Guillaume Vieira.

Jean-Marie Guillon

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