Né le 17 janvier 1928 à Coblence (Allemagne), mort au combat à Roquefixade (Ariège) le 6 juillet 1944 ; pensionnaire du château de la Hille à Montégut-Plantaurel (Ariège), traqué par les Allemands, rejoignit la Résistance (FTPF de l’Ariège).

op. cit., p. 116. Cliché recadré par André Balent. "> Egon Berlin (1928-1944)
Egon Berlin (1928-1944)
Egon Berlin, au premier plan, pensionnaire au château de la Hille (Ariège), en compagnie de Joseph Dortort. Photo prise lors d’une excursion au "Grand rocher du Moulin Neuf", dans les environs du château de la Hille (1944) avant son départ pour le maquis.Photographie : Sebastian Steiger. In Sebastian Steiger, op. cit., p. 116. Cliché recadré par André Balent.
Egon Berlin, nommé "Berdin" dans certains documents ou témoignages, était connu des maquisards de la 3101e compagnie de FTPF de l’Ariège sous le sobriquet de "Petit Paul".
Ses parents tenaient une boutique de vêtements à Coblence. Il avait une sœur, Inge, née en 1923. Âgé de dix ans, il vécut la "Nuit de Cristal" dans sa ville natale et fut traumatisé par les violences de ce pogrom programmé par Goebbels. Quelques jours après la Nuit de Cristal, ses parents décidèrent de l’envoyer en Belgique avec sa sœur Inge. Ils prirent le train pour Bruxelles
Egon Berlin était un Allemand juif, un des enfants du château de la Hille en Ariège recueillis et protégés par le Secours suisse aux enfants. Il faisait partie d’un groupe d’une centaine d’enfants, la majorité des Juifs de nationalité allemande ou autrichienne qui, après la nuit de cristal avaient été recueillis en Belgique où ils furent hébergés jusqu’en mai 1940. Egon Berlin suivit jusqu’en 1942 les péripéties de ce groupe de mineurs pourchassés.
Pendant la campagne de mai-juin 1940, ils parvinrent à fuir in extremis dans un train de marchandises jusqu’à Seyre (Haute-Garonne) près Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) et Nailloux (Haute-Garonne) où ils passèrent l’hiver 1940-1941 dans un château délabré des conditions très précaires. La Croix rouge suisse d’efforça de leur apporter de quoi survivre. Au printemps 1941, ils furent pris en charge par une organisation liée à la Croix rouge suisse, le Secours suisse aux enfants qui les transféra au château de la Hille (commune de Montégut-Plantaurel, Ariège). Ils y vécurent pendant une année. Au mois d’août 1942, la gendarmerie arrêta les enfants de quinze ans et au-dessus et les interna au camp du Vernet d’Ariège, dans l’attente de leur transfert vers Drancy puis Auschwitz. La directrice Roesli [Rosa] Näf fit tout ce qu’elle put pour sauver les pensionnaires de la Hille. Selon le témoignage de l’un d’entre eux qui survécut, Jacques Roth, reproduit sur la stèle du musée de la Hille inaugurée en 2000, vingt-cinq tentèrent de gagner la Suisse. Vingt réussirent et cinq furent arrêtés. Une dizaine tenta de passer en Espagne ; cinq échouèrent. Des filles furent recueillies et cachées dans des couvents. Des garçons trouvèrent un refuge dans des fermes. Certains prirent le maquis parmi lesquels Egon Berlin qui fut le seul tué de ce groupe. De la dizaine d’enfants et d’adolescents déportés à Auschwitz, un seul survécut. La sœur d’Egon, Inge, réussit à se réfugier en Espagne, avec deux autres pensionnaires autrichiens du château de la Hille. Les parents d’Egon survécurent. Ils firent graver sur une plaque du mémorial de Pamiers l’inscription suivante : ’Egon chéri, nous ne t’oublierons jamais ! Tes parents."
Comme tous les enfants de la Hille, et plus particulièrement les "grands", Egon Berlin était menacé d’arrestation. certains, comme on l’a vu essayèrent d’entrer clandestinement en Espagne ou en Suisse. Certains réussirent, d’autres échouèrent. Avec Kurt Klein alias "Onze" (né en 1925 qui, après avoir échoué lors d’une tentative de franchissement de la frontière franco-suisse, revint au château) Egon Berlin gagna un maquis ariégeois des FTPF formé initialement sur le piémont du Plantaurel, à Vira (Ariège).
En effet, avec "Onze", Egon Berlin fut pris en charge par les FTPF de la 1er compagnie de l’Ariège (renumérotée 3101e compagnie) qui, à partir de 1944 forma un maquis itinérant. Le 6 juillet 1944, en début d’après-midi, ces FTPF cantonnés depuis quelques jours aux granges du Grézat, à moins d’un kilomètre du hameau de Coulzonne (commune de Roquefixade, Ariège) furent attaqués au lieu-dit Rambert, par des GMR et des miliciens dirigés par Pierre Marty, intendant régional de police à Toulouse (Haute-Garonne). Pendant le combat au cours duquel des groupes de maquisards de la 3101e compagnie eurent d’importantes pertes, Egon Berlin se trouvait alors avec le PC de la compagnie. Il se proposa de servir d’estafette afin de rétablir le contact avec le groupe "Gaby" (Joseph Campos). Pendant le déplacement, il fut fauché par une rafale de fusil mitrailleur qui causa sa mort (selon le témoignage de Jean Sannac in Pétris, op. cit.). Son ami de la Hille, Kurt Klein ("Onze"), présent au maquis lors de l’affrontement de Roquefixade et qui, caché, assista à la scène, expliqua que Egon Berlin fut abattu à coups de crosse de fusil par un milicien, à genoux, les bras levés. Il criait : "ne me tuez pas !" (Steiger, op. cit., pp. 325-326 ).
Le tribunal civil de première instance de Foix, déclara Egon Berlin mort le 7 juillet 1944 à Roquefixade (Ariège). L’acte de décès le concernant n’aurait pas été retrouvé. Pétris (op. cit.) a écrit que son identité réelle étant inconnue des autorités à l’automne 1944, le tribunal de Foix n’a pas pu dresser un acte de décès et demander au maire de Roquefixade de l’inscrire sur le registre de l’état civil de sa commune.
Son nom est inscrit à Roquefixade sur le monument commémoratif des morts des 6 et 7 juillet 1944. Le musée du château de la Hille perpétue le souvenir de la tragique histoire des enfants juifs qui y furent hébergés. Une stèle avec le récit de Jacques Roth, évoqué dans cette notice, fut inaugurée le 17 septembre 2000.
Voir Fusillés sommaires, exécutés le 6 juillet 1944 à Roquefixade (Ariège).
Sources

SOURCES : Jean-Jacques Pétris, Le maquis de Roquefixade, Toulouse, imprimerie Espace repro, 1999, 125 p. — Sebastian Steiger, Les enfants du château de la Hille, Bâle, Brunnen Verlag, 1999, 357 p. [en particulier : pp. 151-154, 322, 324-326, , 338, 342], 1e édition en allemand :Die Kinder von Schloss La Hille, Basel, Brunnen Verlag, 1992. Sebastian Steiger, enseignant suisse de La Hille a recueilli les confidences d’Egon Berlin, en particulier, son récit de la Nuit de Cristal à Coblence. ― Site MémorialGenWeb consulté le 14 décembre 2015. — Article de Walter Bernstein, site ariege.com/histoire consulté le 14 décembre 2015. — site chemins de memoire.gouv.fr consulté le 14 décembre 2015, avec le récit de Jacques Roth, enfant de la Hille survivant, gravé sur la stèle du musée du château de la Hille.— Notes de Jean-Pierre Besse

André Balent

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