Né le 9 janvier 1900 à Aire-sur-l’Adour (Landes), exécuté sommairement le 1er septembre 1944 au camp de Natzweiler-Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin) ; officier supérieur ; résistant « pluri-appartenant » : Super-Nap PTT et réseau SR Alliance.

Paul Labat était le fils d’un instituteur et d’une infirmière. Il perdit son père très tôt et fut élevé par sa mère
Il fit ses études au lycée de Bayonne où sa mère était infirmière puis au lycée de Bordeaux. Il entra à Polytechnique en septembre 1919 puis fit l’école d’application du génie à Versailles. En 1921 il intégra le 8e régiment du génie de sapeurs-télégraphistes du Mont-Valérien. En 1924 et 1925 il poursuivit ses études à l’École supérieure d’électricité (ESE), section radio. En 1926 il fût affecté au 41e bataillon du Génie au Maroc dans la zone de Taza, où il assura pour la première fois le fonctionnement d’un réseau d’ondes courtes pour les liaisons de commandement de troupes en opérations. Nommé capitaine en 1928, il fut affecté à la Section d’Études des matériels et Transmissions des Armées (SEMT) où il étudia la propagation des ondes électromagnétiques qui seront à l’origine du Radar. Il réalisa en 1937 la première liaison radioélectrique entre le continent et la Corse. En 1938, devenu chef de bataillon, il prit le commandement de sa section et collabora avec les anglais pour la mise en place de différents types de Radars. Après la déclaration de guerre, il dota les armées en campagne et les ouvrages fortifiés de la ligne Maginot d’un ensemble de matériels de transmissions. Paul Labat et son groupe quittèrent Paris le 13 juin pour Limoges puis les Landes. Après la défaite de 1940, sa section de transmissions fut démobilisée et il rejoignit Vichy où il fut en novembre 1940 nommé directeur général du Groupement des contrôles radioélectriques (GCR). Il en profita pour intercepter les messages allemands et transmettre les renseignements utiles à la Résistance et à Londres tout en encourageant les industries françaises à poursuivre leurs essais et en les camouflant, car le GCR travaillait en réalité pour le 2ème Bureau français camouflé, et le MI 6, le "Secret Intelligence Service" (SIS) britannique, auxquels il transmettait ainsi des informations importantes. En décembre 1940, le ministère de la Défense créait le CSTTE (Cadre spécial temporaire des transmissions de l’État) destiné à accueillir les officiers des transmissions pour les soustraire de l’armée d’armistice. C’est ainsi qu’en avril 1941, six officiers des Transmissions dont Paul Labat et Gabriel Romon furent mutés ingénieurs civils des PTT, et rattachés au Secrétariat d’État aux Communications, afin de masquer leur activité et de les faire échapper au contrôle de la Commission d’armistice.
Nommé lieutenant-colonel le 25 septembre 1941, il engagea progressivement avec son adjoint le commandant Gabriel Romon les transmissions au service de la Résistance et des forces alliées. Après l’invasion de la zone libre en novembre 1942, Paul Labat et Gabriel Romon seront de plus en plus exposés et afin de les protéger ils seront mutés à Paris par la direction des PTT. Cette mesure les encouragera au contraire à s’investir de plus en plus dans les réseaux de Résistance, Super-NAP PTT, Gallia et surtout Alliance. Avec le pseudonyme "Deslandes", Paul Labat sera chef adjoint et conseiller radio à l’état-major du Réseau, "Grand Hôtel", au service radio. Il sera également nommé chef des Transmissions des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) en février 1944. A la suite d’une dénonciation, le commandant Romon fut arrêté le 12 décembre 1943 à son domicile, à Saint-Yorre (Allier). Le 30 mars 1944 ce sera le tour du colonel Labat d’être arrêté à Paris.
Surnommé par ses hommes "l’ingénieur soldat", il fut incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) puis déporté le 4 mai 1944 à destination de Strasbourg puis du camp de Schirmeck (Bas-Rhin), où il arriva par le convoi du 20 mai 1944 et fut interné au block 10 avec tous les agents masculins du réseau. Le dossier d’accusation d’espionnage instruit par la Gestapo de Strasbourg au titre de la liste des affaires n° 314 du 24 juillet 1944, concernant également les opérateurs radio du GCR entrés avec lui dans le réseau Alliance, Roger Delille, Émile Glévarec, Oscar Hosch, Louis Louys et Joseph Singer, fut transmit au Tribunal de guerre du Reich qui y apposa les tampons « Geheim » (secret) et « Haftsache » (affaire concernant des détenus) ainsi que la mention manuscrite "NN" ("Nacht und Nebel"-"Nuit et Brouillard"). Le 10 septembre 1944, les détenus furent remis à disposition du SD de Strasbourg mais leur sort s’était déjà joué car devant l’avance alliée les 106 membres du réseau Alliance détenus à Schirmeck, dont Paul Labat, avaient été sur ordre du Haut commandement de la Wehrmacht (OKW) à Berlin, transférés en camionnette par fournées de 12 vers le camp de concentration du Struthof, où ils furent, dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, abattus d’une balle dans la nuque à la chambre d’exécution puis incinérés directement dans le four crématoire du camp, situé dans le même bâtiment.
En 1945, Paul Labat fut promu à titre posthume, colonel à compter du 25 mars 1944 et général à compter du 20 août 1944. Il fut déclaré "Mort en déportation" par arrêté du 10 janvier 2013.
Son nom figure sur la plaque commémorative du réseau S.R. Alliance au camp de concentration du Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin). Une rue d’Aire-sur-Adour (Landes) porte le nom de Général-Labat depuis le 24 août 1950. Il y a aussi une impasse Paul Labat à Mont-de-Marsan et une rue du Général-Labat à Pouillon, également dans les Landes.
Sources

SOURCES : Site F4CZV Station Radioamateur Française. — Marie-Madeleine Fourcade L’Arche de ¨Noé, Plon 1989. — Auguste Gerhards Tribunal du IIIe Reich, Paris 2014.— 6e promotion de l’École de l’enseignement technique de l’armée de terre "Général Labat"1968-1971.— Mémorial GenWeb. — Wikipédia Réseau Alliance et biographie du colonel Labat.

Jean-Louis Ponnavoy, François Romon

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