Né le 20 juin 1893 à Paris (Xe arr.), guillotiné le 25 août 1943 à Cologne (Allemagne) ; éditeur de musique ; maître imprimeur ; résistant.

Issue d’une famille alsacienne, cousin d’Édith Thomas, Raymond Deiss était le fils de Alphonse Édouard Deiss, industriel, et de Léontine Justine Chaulaire. R. Deiss a suivit d’abord des études de musique, de piano, en Allemagne.
Il combattit sous l’uniforme français pendant toute la Première Guerre mondiale, et aurait été gazé. En 1916, la commission de réforme d’Auxerre le déplaça en service auxiliaire, pour problème cardiaque. Il fut démobilisé en 1919.
En 1913, il s’était établi comme éditeur de musique, sous la raison sociale Deiss & Crépin (31, rue Meslay à Paris, IIIe arr .), prenant la succession des éditions musicales Benoit-Loigerot (1851-1913) - la société Deiss & Crépin fut néanmoins fondée officiellement en 1920. Pierre-Marcel Crépin était chimiste. Raymond Deiss est admis à la SACEM en 1921. Il devint le seul propriétaire de la maison d’édition en 1926.
A défaut d’avoir fait fortune dans son domaine, Deiss est célèbre dans l’histoire de la musique pour avoir publié de jeunes compositeurs : il a édité entre autres Scaramouche : pour deux pianos de son ami Darius Milhaud (1937) et le Concerto en sol mineur pour orgue, orchestre à cordes et timbales de Francis Poulenc (1939). Sa maison d’édition a aussi accueilli Fourdrain, Canteloube, Harsanyi, Godefroid, Honegger, F. Schmitt, et Carman. En 1938, il décida de devenir son propre imprimeur et acquit du matériel pour cela.
Pendant la drôle de guerre, Deiss fut mobilisé jusqu’au 31 mars 1940.
En octobre 1940, seul semble t-il, Deiss rédigea et tira sur ses presses une feuille d’information qu’il baptisa Pantagruel, qui fut probablement le premier journal clandestin français. Par la suite, il fut aidé par deux linotypistes René et Robert Blanc, propriétaires de la société l’Entente linotypiste - et par Roger Lescaret, imprimeur. Il entra en contact avec Duchemin, imprimeur, qui le mit en liaison avec l’Armée volontaire. Il publia 16 numéros avant d’être arrêté le 7 avril 1942 et interné à Fresnes - René et Robert Blanc avaient été arrêtés en novembre 1941. Avec 45 militants de l’Armée des Volontaires, Deiss est déporté à Trèves, le 9 octobre 1942, en vertu du décret Nacht und Nebel.
Le 27 mai 1943, avec 6 membres de l’Armée des Volontaires, Deiss est condamné à mort par le 2e sénat du Volksgerichtshof et transféré à Rheinbach. Deiss est décapité à la prison de Cologne. Avec lui furent exécutés Charles Domergue, André Lalanne-Picart, Philippe Bonny, Marcel Le Pape, Raymond Cousin et Maxime Belleville.
Après la guerre, son fonds d’édition a été repris par Salabert.
Le 9 décembre 1954, une plaque en son hommage a été inaugurée au 5 rue Rouget-de-L’Isle à Paris, adresse de son domicile.
Sources

SOURCES : PPo 1 W 645-2962. - Témoignage du baron Henri Letourneur-Hugon, 20 mars 46, Arch. Nat. 72 AJ 36. - Arch. SACEM [en ligne]. - Arch. Paris registre matricule D4R1 1812 [en ligne]. - Robert Cusin [son filleul]. « Raymond Deiss créateur du premier journal clandestin ». L’Aurore, 9 décembre 1954. - Henri Michel, Paris résistant, Albin Michel, 1992. - Jean-Noël Jeanneney. « Pantagruel fait de la résistance ». L’Histoire, n° 357, octobre 2010, p. 100-101. - Daniel Cordier. Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon. T. 3 : De Gaulle, capitale de la Résistance, novembre 1940-décembre 1941. JC. Lattès, 1993, p. 216-233.

Marie-Cécile Bouju

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