Né entre le 20 septembre et le 3 octobre 1913 à Nadarzyn (Russie, Pologne vers 1930), naturalisé Français, massacré le 26 juin 1944 à Saint-Laurent-de-Mure (Isère, Rhône depuis 1967) ; chapelier ; victime civile.

GODINGER Jacques
GODINGER Jacques
Jacques Godinger portant l’uniforme du 405e RADCA (on reconnaît l’insigne du régiment sur sa poitrine).
Aizyk, Mendel Godingen, dit Jacques ou Isaac Godinger, était le fils de Jankel Godingen et d’Ajdla Ehrlich (Erlich, Erlick). Jankel Godingen eut plusieurs fils d’un premier mariage. De son union avec Ajdla Ehrlich naquirent à Varsovie (Pologne) cinq enfants : Thérèse (Tauba) née en 1901, Judka (Idel) né en 1903, Suzanne née en 1905, Marguerite (Malka) née en 1908 et Henri né en 1910. Sixième et dernier enfant de cette fratrie, Jacques Godinger vit le jour à Nadarzyn, village situé à environ 25 km au sud-ouest de Varsovie. Les Godingen s’exilèrent en France vers 1914 pour fuir l’antisémitisme. Ils demeurèrent à Paris (IVe arr.), 26 rue de l’Hôtel de Ville. Le premier drame que vécut la famille Godingen fut le décès d’Ajdla Ehrlich, le 21 février 1926. Au moment de la mort de sa mère, Jacques n’avait que douze ans. Le 19 avril 1928, il perdit également sa sœur Thérèse. Jacques Godinger grandit dans une famille de chapeliers. Son père exerça les professions de tailleur et de casquettier. Ses frères aînés furent tous casquettiers. Après des cours à l’ORT, Jacques Godinger devint à son tour ouvrier chapelier. D’après sa famille, il pratiqua également une activité de bijoutier. Il fabriqua notamment une broche pour sa sœur Marguerite. Jacques Godinger fut naturalisé Français par décret du 30 septembre 1936. A l’époque il était « coupeur chapelier » et demeurait à Paris. Le 11 juin 1939, il perdit son père, Jankel qui décéda 10 rue de Jouy (Paris, IVe arr.).
En septembre 1939, il fut mobilisé dans l’armée française, dans le 405e régiment d’artillerie de défense contre aéronefs (RADCA) manifestement (il existe plusieurs photographies de lui portant l’uniforme de ce régiment). Son frère Judka s’engagea dans la Légion étrangère (21e RMVE). Jacques Godinger fut fait prisonnier de guerre. La lecture de sa fiche de l’institut médico-légal de Lyon nous apprend qu’il fut ensuite rapatrié. D’après sa famille, en réalité, Jacques Godinger s’évada. Il rejoignit la France et s’installa à Lyon (Rhône) où il demeura 66 rue Victor Hugo (IIe arr.).
En 1942, Judka Godingen, sa femme, Jenta (Jeunta) Grauzam, et leurs deux fils Elie (12 ans) et Roger (3 ans) furent déportés à Auschwitz.
Jacques Godinger fut arrêté et incarcéré à la prison de Montluc (Lyon). D’après sa famille, il fut dénoncé par un mari jaloux et appréhendé dans un café avec un ami (c’est ami était-il Jean Borowski ?). Fut-il dénoncé comme prisonnier évadé ou comme Juif ?
Le 26 juin 1944, extraits de Montluc, Jacques Godinger et Jean Borowski furent contraints de monter dans une Traction avant noire. Vers 12h30, la voiture arriva à Saint-Laurent-de-Mure (Isère, Rhône depuis 1967) et s’arrêta au lieu-dit les Glandiers, en bordure du chemin qui reliait la route nationale numéro 6 (aujourd’hui Départementale 306) à la commune de Colombier-Saugnieu. Les Allemands firent descendre Jacques Godinger et Jean Borowski du véhicule, ils les exécutèrent puis ils repartirent en direction de Lyon. Un témoin, Gabriel Montchal, entendit les Allemands tirer : « […] vers 12h40, je me trouvais dans un champ situé près de la route de St-Laurent à Colombiers, lorsque j’ai entendu claquer quatre coups de feu. J’ai eu l’impression qu’on venait de tuer quelqu’un car aussitôt après les coups de feu j’ai entendu le ronflement d’une voiture qui faisait demi-tour et qui ensuite démarrait. D’après le bruit de moteur, il me semble que c’est une traction avant. Comme je venais de terminer mon travail, je rentrais sur St-Laurent, lorsque sur le talus à 3 mètres environ de la route, j’ai remarqué la présence de deux cadavres d’hommes. Je me suis approché pour me rendre compte si ces hommes étaient morts. L’un était couché sur le dos et l’autre sur le ventre légèrement tourné. Dès ma découverte, je me suis rendu chez Monsieur le Maire de St-Laurent pour l’avertir. […] ». Marcel Baconnier, maire de Saint-Laurent-de-Mure, alerta la police qui se rendit sur les lieux pour constater les faits. Les policiers découvrirent les deux cadavres dans un pré se trouvant en bordure du chemin vicinal. Les deux hommes reposaient perpendiculairement à la route, les pieds sur le bord du fossé. Sur chacun des deux corps, ils relevèrent les traces d’entrée de deux balles, l’une à la tempe droite et l’autre à la nuque. Les victimes étaient dépourvues de pièces d’identité et ne purent être identifiées. La police attribua le numéro 11 au cadavre de Jacques Godinger : « N°11 – taille 1 m 72, cheveux châtains roux, front fuyant, nez rectiligne, base légèrement relevée, menton vertical, à la mâchoire inférieure droite manquent deux molaires, et une incisive. […] Cicatrice à la partie supérieure de la jointure du genou droit, face antérieure. » Jacques Godinger était vêtu d’une veste marron foncé à rayures verticales rouges, d’un pantalon gris noir à petits carreaux, d’une longue chemise bleue, d’une cravate à petits carreaux bleus et blancs, de socquettes en laine blanche. Il était chaussé de souliers en daim marron rouge à bouts ferrés, pointure 41, en bon état. Il portait des bretelles neuves en cuir avec petites boucles. Sur son pantalon, il y avait « une marque de dégraissage formée de points de fil rouge sur ruban vert ». Dans les poches de Jacques Godinger, se trouvaient un mouchoir rouge et bleu et un mouchoir en fil blanc. Les policiers ne trouvèrent aucune marque, initiale ou bijou permettant son identification. Ils notèrent que Jacques Godinger avait les mains très soignées.
Son corps fut inhumé au cimetière de Saint-Laurent-de-Mure. On peut lire sur sa fiche de la morgue qu’il fut « reconnu par Madame Schafer son amie d[emeuran]t 66 rue Victor Hugo […] » et que le procès-verbal de reconnaissance ne put être établi. Le fichier Montluc précise qu’il fut identifié par « Melle Schafer 66 rue Victor Hugo sous le nom de Gaudin [ou Gandin ?] Madeleine ». Par ailleurs, son frère Henri Godinger le reconnut officiellement le 10 novembre 1944.
En 1962, la mention Mort pour la France fut portée en marge de son acte de décès.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W605, 3808W606, 3335W22, 3335W14, 3460W4, 31J1F4.— Arch. Dép. Paris, actes de décès de Aïdla Erlick, de Thérèse Godinger et de Jankel Godinger, listes nominatives de recensement 1926 et 1931, actes de mariages d’Abraham Godinger, Thérèse Godinger, Suzanne Godinger, Judka Godingen, Marguerite Godingen et Henri Godinger.— Journal officiel de la République française, 11 octobre 1936.— Notes et archives (extrait d’acte de décès et attestation de naturalisation de Jacques Godinger) de Catherine Labbé.— Notes de Robert Serre, Bernard Reviriego.— Site Internet du Mémorial de la Shoah.— Mémoire des Hommes.— Site Internet de Yad Vashem.

Jean-Sébastien Chorin

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