Né le 25 mars 1911 à Condat-en-Combrailles (Puy-de-Dôme), tué au combat le 11 juillet 1944 à Saint-Martin-du-Touch (Toulouse, Haute-Garonne) ; militaire membre du service de contre espionage 2e bureau ; résistant de l’Armée secrète, réseau Camouflage du matériel CDM, chef du réseau Morhange.

Marcel Taillandier
Marcel Taillandier
 Marcel Taillandier. Site ordredelaliberation
Marcel Taillandier. Site ordredelaliberation
Fils de Jean-Baptiste Taillandier, négociant, et de Marie Debas, ménagère, Marcel Taillandier, pupille de la Nation, rejoignit à l’âge de 13 ans, l’ École des enfants de Troupe de Billom (Puy-de-Dôme).
Il s’engagea en mars 1929 à la garnison de Versailles dans la 8e unité du Génie (Ingénieur Radio Électricien). À partir de 1936, il appartint au 2e bureau (contre-espionnage) et fut engagé au service radio du Ministère de la Guerre.
Replié avec les archives des services spéciaux au château de Brax près de Toulouse, l’adjudant-chef Marcel Taillandier, marié et père de deux enfants, refusa l’armistice. Alors qu’il appartenait aux services spéciaux de l’armée, il rejoignit son aile favorable à une forme de résistance contre l’Allemagne, le service de contre-espionnage offensif dirigé par le commandant Paul Paillole dissimulé dès juillet 1940 sous le nom d’ "Entreprise des travaux ruraux" , installée à Marseille à la fin de l’année 1940.
Il rassembla autour de lui, en zone libre, dès décembre 1940, les premiers éléments d’un groupe qu’il destinait à la lutte sous toutes ses formes contre les services de renseignements ennemis et la Gestapo.
Il installa un émetteur dans la tour du château pour correspondre avec la zone occupée et prit également contact avec le service du Camouflage du matériel (CDM) de l’armée au profit duquel il monta une équipe spécialisée dans la récupération et le stockage de matériel de guerre. Début 1942, il s’installa dans le Gers, à Solomiac où il poursuivit ses activités.
Ayant repéré deux postes émetteurs réquisitionnés par les Allemands dans la région de Bordeaux, il passa la ligne de démarcation avec de faux papiers et se fit engager par une entreprise travaillant pour l’Organisation Todt à proximité des postes. En l’absence des opérateurs, il força la porte du blockhaus qui les abritait et rapporta les postes dans deux valises, en zone libre, avec divers documents qu’il avait pu saisir concernant le mur de l’Atlantique.
De retour à Toulouse début 1943, Marcel Taillandier organisa avec son groupe des caches et des évasions par les Pyrénées. Son action se confondit ensuite avec celle du réseau "Morhange" qu’il créa, dont il porta le nom et dont il fut à la fois l’âme et le cerveau. Il recruta dans la police et dans les groupes francs du mouvement Combat. Il prit comme couverture la gérance d’un bar du centre-ville, le "Frascati", qui devint le PC du CDM et du groupe "Morhange" qui passa alors à l’offensive directe contre les agents de l’ennemi.
Marcel Taillandier mit au point une véritable technique d’enlèvement visant à obtenir un maximum de renseignements. En cas d’impossibilité totale de procéder à l’enlèvement, il fut décidé d’exécuter l’individu visé, ce qui se passa 13 fois sur 73 opérations. Les exécutions étaient approuvées par l’antenne des Travaux ruraux à Barcelone et communiquées à Alger.
Le 21 mai 1943, il décida d’abattre un nommé Platt résidant à Fonsorbes, ancien combattant de l’armée allemande. Après qu’il fut abattu sur le perron de son château, les services allemands contre-attaquèrent : le 24 juin, Marcel Taillandier s’échappa in extremis d’une souricière de la Gestapo tendue au bar Frascati au cours de laquelle trois de ses adjoints furent arrêtés.Le mois suivant, il reçut le renfort efficace du capitaine Louis Pelissier, chargé de mission de 1ère classe qui prit la tête d’un groupe franc du réseau.
En août et septembre 1943, Morhange dirigea son action contre les agents de renseignements de l’État français. Six d’entre eux furent enlevés et, parmi eux, l’ex capitaine Paris dont la prise permit de mettre la main sur l’ensemble du fichier du parti collaborationniste PPF (Parti populaire français) et de prévenir une attaque contre le maquis de Grésigne, alors en formation.
Le 7 octobre 1943, il organisa l’enlèvement, en pleine ville, d’Allard-Dubreuil, ancien agent du 2e bureau français passé à l’ennemi et incorporé dans le Service de renseignements allemand. Le 15 octobre, Marcel Taillandier fit enlever, également en plein jour, Senac, agent de l’ennemi se faisant passer pour un chef de l’Intelligence service.
Le 2 janvier 1944, il mit au point l’attaque d’un convoi de la Gestapo sur la route de Toulouse à Carcassonne à Montgiscard (Haute-Garonne), attaque qui réussit pleinement et qui aboutit à l’exécution de 5 agents de l’ennemi, parmi lesquels l’Obersturmführer Messak, ainsi qu’à la saisie de documents d’une importance capitale. Cette affaire fut connue en zone Sud sous le nom de "Courrier de Nice" car la Gestapo transférait ce jour-là, de Toulouse à Nice, une partie de ses archives.
Le 1er mars 1944, le chef départemental du RNP (Rassemblement national populaire) fut enlevé à son tour en plein jour avec tous ses dossiers. Cette opération permit de prévenir plusieurs personnes menacées d’arrestation.
Dans le courant du mois de juin, Marcel Taillandier, chef de l’Armée secrète toulousaine, forma un maquis dans la région de Quérigut (Ariège) qui regroupa rapidement 150 personnes parmi lesquelles de nombreux éléments des brigades de gendarmerie de la région.
Le 11 juillet 1944, à Saint-Martin-du-Touch, quartier de Toulouse, alors qu’il partait assurer une importante liaison avec le maquis du Gers, il tomba avec deux camarades (Léo Hamard et Georges Marchandeau), sur un contrôle de police allemand. Parvenu à s’enfuir, dans le village il se réfugia sur le toit d’une forge, près de l’église. Dénoncé aux Allemands par une habitante, il fut abattu immédiatement. Enseveli dans une fosse commune de la Gestapo à Toulouse, le corps de Marcel Taillandier a été retrouvé après la libération et inhumé à Châteaugay dans le Puy-de-Dôme. Léo Hamard et Georges Marchandeau furent faits prisonniers. Transférés au siège toulousain de la Sipo-SD, ils y furent torturés. Hamard y succomba le 16 juillet, Marchandeau (né à Gaillac, Tarn le 6 mars 1912) et sa femme Stasia, née Owezarska, née le 18 août 1919 à Hainiga, Pologne) furent déportés en Allemagne. Georges Marchandeau put revenir d’Allemagne alors que sa femme mourut à Ravensbrück le 30 avril 1945.
Chevalier de la Légion d’Honneur, reconnu Compagnon de la Libération, par le décret du 20 janvier 1946, il fut aussi décoré de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre 1939-1945 avec Palme, de la Médaille de la Résistance, et de la Medal of Freedom (USA).
Son nom est gravé sur le Monument commémoratif des enfants de troupe à Clavières (Cantal), sur le Monument aux morts de Châteaugay (Puy-de-Dôme), sur la Plaque commémorative 1939-1945 de Clermont-Ferrand , ainsi que sur le Mémorial des Services Spéciaux à Ramatuelle (Var). Il existe une rue Marcel-Taillandier à L’Isle-Jourdain (Haute-Garonne). Une stèle a été érigée en 2011 en l’honneur de Marcel-Taillandier sur un rond-point nouvellement inauguré, le rond-point du Souvenir français. Voir également les biographies d’André Audebaud, Combatalade Jacques, Viadieu Achille).
Sources

SOURCES : Vladimir Trouplin Dictionnaire des compagnons de la Libération Elytis, Bordeaux, 2004.— Roger Faligot, Jean Guisnel, Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français. De la Seconde guerre mondiale à nos jours La Découverte /Poche, 2015. — Michel Goubet, "Marcel Taillandier ("Ricardo", "Mohrange"), in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, AERI. — Henri Noguères, Marcel Degliame-Fouché, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, tome 5, Au grand soleil de la Libération 1er juin 1944 - 15 mai 1945, Paris, Robert Laffont, 1981, 923 p. [pp. 315-317].. — MemorialGenweb. — Colonel Rémy, Morhange. Les chasseurs de traitres, Paris, Flammarion, 1975, 312 p. [en particulier pp.222-226] — État civil en ligne cote 6 E 3416, vue 3. — Notes d’André Balent.

Annie Pennetier, Françoise Strauss

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