Née le 20 mars 1942 à Sartrouville (Seine-et-Oise, Yvelines), massacrée le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; victime civile.

Michelle Henry
Michelle Henry
Crédit photo : Mémorial d’Oradour.
Michelle Henry était la fille de Jean Juste Paul (né le 27 janvier 1910, à Epinal, Vosges), instituteur, professeur de musique, et de son épouse Gilberte Odette née Biver* (née le 21 juin 1921, à Hayange, Moselle). Ses parents s’étaient mariés le 29 août 1941 à Oradour-sur-Glane.
En 1939, la famille de sa mère Louis Justin Perette* et son épouse Lucie Hollot* veuve de Jean Adolphe Biver, habitait Charly (Moselle annexée). Elle fut expulsée le 15 novembre 1940 avec d’autres habitants de Charly par les Allemands dans le cadre de l’opération Aktion D visant à épurer la Moselle de ses éléments francophones. Ils trouvèrent refuge à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) le 17 novembre 1940.
En 1939, son père Jean Juste Paul Henry, affecté au 92e régiment d’infanterie basé à Riom, d’où il est démobilisé en 1941, est alors nommé surveillant-chef au 643ème GTE (groupement de travailleurs étrangers), établi à Oradour-sur-Glane et composé pour l’essentiel de républicains espagnols. C’est là qu’il rencontre celle qui deviendra sa mère Gilberte Odette Biver*.
En mai 1944, à la suite des bombardements intensifs en région parisienne, afin de protéger sa famille Jean Henry décide d’envoyer sa femme et sa fille chez ses beaux parents Louis Justin Perette* et Lucie Hollot*, restés à Oradour-sur-Glane. Ils obtiennent un certificat d’évacués volontaires et rejoignent le Limousin.
Ils arrivent le 18 mai 1944, elle loge avec sa fille chez ses parents dans un appartement situé en face de l’église loué à Mme Mosnier. Jean Henry séjourna quelques jours avec eux à Oradour/Glane, mais doit rentrer pour reprendre son poste d’instituteur à Sartrouville. Suite au débarquement en Normandie le 6 juin, la ligne de démarcation est bloquée, les Allemands ne laissant plus personnes passer pendant quelques jours. Jean Henry reporte son retour et obtient de l’académie de Limoges une attestation d’impossibilité de reprendre les classes.
Le 10 juin 1944, il décide de remonter en région Parisienne, il prend alors le tramway du matin vers Limoges et constate une fois arrivé à la gare que tous les trains pour Paris furent supprimés. Résigné, il attend un tramway pour rentrer une nouvelle fois à Oradour-sur-Glane. Malgré de nombreux retards, il parvient à prendre celui de la fin d’après-midi. A quelques kilomètres du Bourg en flammes, il est arrêté par les SS, ces derniers montent dans le tram et vérifient sans se presser l’identité des voyageurs. Ils font descendre un à un tous les résidents permanents d’Oradour, les places sous escorte et les conduisent à un PC voisin. Les autres passagers, dont Jean Henry, sont refoulés sur Limoges, où ils arrivent vers 21h30. L’attente est longue, dans une gare. Le lendemain, rongé d’inquiétude, il prend le premier train pour Saint-Victurnien. Arrivé lé-bas, il parcourt à pied les huit kilomètres séparant la petite commune d’Oradour, sans rencontrer personne sur le chemin. Il atteint finalement le Bourg incendié, et entre dans les ruines encore fumantes. Il compte ainsi parmi les premiers témoins du village détruit, arrivant même avant que les SS ne reviennent pour jeter les cadavres dans les fosses communes. Fuyant cette vison d’apocalypse, il erre ensuite dans le village et rencontre Martial Mâchefer. Atterré, lui aussi marche parmi les ruines à la recherche de quelques indices concernant sa famille, décimée dans le massacre. Il retourne ensuite à Limoges, où il prévient les autorités locales et raconte sa triste expérience.
Elle fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich et brûlée dans l’église avec sa mère, sa grand-mère et l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane. Son grand-père fut mitraillé puis brûlé dans l’une des six granges dans lesquelles les hommes furent massacrés.
Michelle Henry obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane, et sur l’une des douze stèles (une pour chaque famille mosellane) installées depuis 1949 dans le village devenu Charly-Oradour en 1950.
Les jours qui suivirent le massacre, Jean Henry, rejoint le maire provisoire d’Oradour et l’assiste dans la gestion des courriers, dossiers et papiers administratifs nécessaires pour les familles de victimes. Le 22 juin 1944, il est contraint de rejoindre Sartrouville pour y reprendre son travail. Mais bouleversé par le drame et menacé par la milice et la Gestapo à cause de statut de témoin privilégié, il préfère se réfugier chez des amis dans les Hautes-Alpes, d’où il rejoint Nice à bicyclette pendant l’été, en attendant la prochaine rentrée scolaire et le retour au calme dans la région Parisienne. Jean Henry, entame alors de longues procédures afin de faire reconnaître le décès de sa femme, de sa fille et de ses beaux parents. Il établit avec l’aide de la communes les actes de disparition tout d’abord, les corps n’ayant pas été identifiés, puis de décès. Il entre au sein de l’association Nationale des Familles de Martyrs d’Oradour-sur-Glane (ANFOME).
Jean Henry continue son activité de professeur de musique jusqu’à sa retraite en 1973. Il épousera en secondes noces le 31 janvier 1946, Yvette Le Goff, ils divorcèrent le 29 mai 1963, et épousera en troisièmes noces le 5 mai 1965, Monique Maire Blain, ils divorcèrent le 18 décembre 1985, à Sartrouville. Il eut d’autres enfants. Il décède le 27 octobre 2005 à La Ferté-Bernard (Sarthe). Jean Henry a voulu fixer tout cela sur papier, il a laissé à chacun de ses six enfants un exemplaire du manuscrit de ses mémoires.
Voir Oradour-sur-Glane
Sources

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil de la Moselle, Sarthe, actes de naissances, mariages, décès État civil. — Extrait des mémoires de Jean Henry. — Le Lorrain, 6 juin 1942.

Michel Thébault, Philippe Wilmouth, Isabel Val Viga

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