Née le 12 décembre 1913 à Esparragal (province de Murcie, Espagne), massacrée le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; victime civile.

Ses parents étaient de petits commerçants du village d’Esparragal dans la province de Murcie (Espagne). En 1926, ils décidèrent de quitter leur village pour partir avec leurs cinq enfants, Asunción, Antonia, María, Paulina et Antonio, vers Barcelone. Ils fuyaient ainsi selon un mouvement très général la misère en milieu rural pour tenter de trouver du travail dans l’agglomération barcelonaise alors un des principaux centres de développement industriel et d’emploi de l’Espagne. Maria trouva un emploi dans l’industrie textile. Après le coup d’État militaire de juillet 1936, la plus grande partie de la famille Pardo Guirao regagna Esparragal, le village natal, pour échapper aux bombardements. Seule, la famille de sa sœur Antonia Lorente Pardo resta à Barcelone, le mari Francisco s’étant engagé politiquement dans le camp républicain. María vint rejoindre sa sœur restée à Barcelone vraisemblablement pour l’aider dans son ménage et son commerce en raison des absences répétées de Francisco Lorente Prior, absences liées à son engagement politique.
L’offensive nationaliste contre Barcelone fin décembre 1938 amena rapidement l’effondrement du pouvoir républicain et la fuite de nombreux civils et des troupes républicaines en retraite (« retirada ») vers la France. Maria Pardo Guirao suivit sa sœur Antonia son mari et ses deux enfants dans l’exil. Recueillis dans des centres d’hébergement organisés dans l’urgence, les réfugiés furent ensuite répartis dans les diverses régions françaises. Maria et la famille Lorente Pardo rejoignirent le Limousin qui compta ainsi en mars 1939 plus de 6000 civils et blessés espagnols. Ils s’installèrent dans la région de Limoges. Les réfugiés, sans ressources, mais susceptibles d’exercer une activité furent incorporés à partir de l’été 1940 dans des structures d’encadrement de plus en plus contraignantes crées par le gouvernement de Vichy : les Compagnies de travailleurs étrangers puis les Groupements de travailleurs étrangers. Francisco Lorente Prior fut placé dans un GTE et c’est également un autre républicain espagnol employé dans un GTE, José Serrano Roblès, que María Pardo Guirao rencontra et épousa sans doute fin 1940. Ils eurent trois enfants, tous trois nés à Limoges, Armonia née le 4 juin 1941, et des jumeaux Esther et Francisco nés le 8 août 1943. Ils vinrent s’installer à Oradour-sur-Glane, peut-être pour un emploi au GTE 643 installé au lieu- dit « La Fauvette ».
María Pardo Serrano fut victime du massacre commis par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944. Vers 15h, les femmes et les enfants furent enfermés dans l’église. Vers 16h, les soldats y introduisirent un engin explosif. Celui-ci dégagea une fumée asphyxiante, puis des SS pénétrèrent dans l’édifice et mitraillèrent femmes et enfants, jetèrent des grenades puis incendièrent l’église. María périt ainsi avec ses trois enfants en bas âge, dans l’église avec les autres femmes et enfants d’Oradour. Sa sœur Antonia Pardo Guirao et sa nièce Nuria y périrent également. Son mari fut massacré le même jour avec le groupe des hommes, il périt mitraillé puis brûlé dans l’une des six granges dans lesquelles les hommes furent massacrés.
María Pardo Serrano obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945. Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 ainsi que sur deux stèles installées au cimetière d’Oradour-sur-Glane après la guerre, la première ayant été apposée très tôt par la Junta Espagnole de Libération au nom de la République espagnole.
Sources

SOURCES : Éva Léger, Thèse de doctorat L’exil républicain espagnol en Limousin. Cartographie des mémoires, des identités et des appartenances Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Paris, 2014 — Jean Philippe Heurtin Limousin, Histoire de l’immigration aux XIXe et XXe siècles Revue Hommes et migrations 2009 n°1278 — Eva Léger La présence de réfugiés espagnols dans la commune d’Oradour-sur-Glane, conférence du 26 avril 2014 publiée dans les actes du Colloque de l’Ateneo du Limousin en 2014 — stèle pour les exilés espagnols à Oradour-sur-Glane — mémorial genweb.

Michel Thébault

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