Le « commandant Jean » est l’une des vingt-sept victimes abattues le 14 juin dans la région de Guise. Il fut abattu lors d’un accrochage à Vadencourt-et-Bohéries, au cours duquel Marcel Cavroy, qui commandait la 2e compagnie FTPF, et Henri Legroux trouvèrent également la mort, vers six heures du matin, auxquels il faut ajouter les noms de Roland Demeester et Charles Roche, brûlés vif dans l’incendie de la maison Mulet, à Bohéries, et de Serge Gentien, Jacques Lecœur et Maurice Lenfant, abattus près de la gare de Vadencourt.
Ce « commandant Jean » n’a pas été identifié. Son pseudonyme fut donné par Renée Desprez, épouse Buquet, agent de liaison du capitaine Cavroy sous le peudonyme de « Rose ». Celle-ci déclara l’avoir vu à Metz-en-Couture (Pas-de-Calais), lors de la réunion préparatoire au mouvement des trois compagnies de FTP vers le maquis des Ardennes. Il n’est pas impossible qu’il soit le « commandant » qui ait dirigé la réquisition des véhicules dans la nuit du 13 au 14 juin, à Étaves-et-Bocquiaux et Seboncourt (Aisne).
Au matin du 14 juin, alors qu’elle est près de l’église de Vadencourt, Renée Desprez le voit passer dans sa traction avec un chauffeur. Il allait vers Bohéries après le 1er accrochage (vers cinq heures du matin), revenir vers l’église donner l’ordre de dispersion aux FTPF, puis repartir une seconde fois vers Bohéries. Cette fois, elle voit revenir la voiture, mais le « commandant Jean » est mort.
Renée Antoinette Desprez, née à Harnes (Pas-de-Calais) le 11 novembre 1923, est décédée à Morlaix (Finistère) le 8 mars 2010. Le 2 juin 1944, elle rejoignit Marcel Cavroy au café Vulcain, à Harnes (Pas-de-Calais). Elle partit ensuite avec lui et vingt-cinq FTPF vers Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais) ; le groupe y resta du 2 au 9. Le 10 au matin, elle porta l’ordre de gagner le maquis des Ardennes à Marcel Cavroy, qui était alors dans le bois d’Havrincourt (Pas-de-Calais). Son périple la conduisit à Joncourt et Bernoville (Aisne), avant de gagner le bois de Cessereux au soir du 13 juin. Elle rejoignit Lavaqueresse (Aisne) avec vingt-cinq FTPF à la suite de l’ordre de dispersion, et retrouva au bout de deux jours le groupe réfugié à Tupigny (Aisne). Là, elle reçut l’ordre de gagner le bois La Dame à La Capelle (Aisne) le 25 juin, puis le bois de Fourmies où elle resta jusqu’aux environs du 10 juillet. Toujours à pied, elle rentra saine et sauve à Harnes le 12 juillet avec trois autres résistants, dont Serge Buquet. Le périple avait duré quarante jours.
Le nom du « commandant Jean » ne figure pas sur les monuments de la région. Il est probable qu’il y soit sous sa véritable identité, non encore établie.
Sources

SOURCES. Site de Vadencourt. — Renseignements Jean-Marie Caudron.

Frédéric Stévenot

Version imprimable