Né le 4 janvier 1904 à Berlin (Allemagne), massacré le 11 juin 1944 peut-être aux environs de Bellac (Haute-Vienne) ; journaliste ; réfugié politique allemand anti-nazi.

Célibataire, journaliste, il se réfugia en France dès 1933, fuyant très vraisemblablement la montée du nazisme. Après l’entrée en guerre en septembre 1939, il fut sans doute interné en tant que citoyen allemand dans un ou plusieurs camps. En juin 1940, au moment de l’exode, il parvint à s’enfuir vers le sud de la France en zone libre et s’installa à Bellac (Haute-Vienne) où il s’établit dans la vieille ville 22, place de l’Eglise. Comme beaucoup d’étrangers considérés comme en surnombre dans l’économie française, il fut contraint par le régime de Vichy au travail dans un groupement de travailleurs étrangers (GTE). Il intégra le 27 février 1941 le 313ème GTE à Saint-Sauveur (à la sortie sud de Bellac) qui rassemblait essentiellement des opposants allemands au régime nazi. Il y était détaché comme bûcheron aux établissements Pradaud. En avril 1943, le 313ème GTE fut dissous et Hans Lauterbach transféré au 643ème GTE (Aixe-sur-Vienne). Il resta cependant à Bellac affecté chez un nouvel exploitant, M. Redon.
Au lendemain du débarquement allié du 6 juin 1944, et suivant le mot d’ordre d’un soulèvement général, les chefs de la Résistance dans le nord de la Haute-Vienne décidèrent d’une libération de Bellac. Les résistants pénétrèrent dans la ville le 9 juin 1944, l’occupèrent momentanément récupérant un important matériel et arrêtant une vingtaine d’habitants de Bellac suspects de collaboration (qui furent peu après relâchés).
Mais la libération ne fut que temporaire. En effet, dès le 9 juin au soir le Haut Commandement allemand donna ordre aux unités de la division SS Das Reich qui avaient été engagées à partir du 8 juin en Limousin contre la résistance de se préparer à partir vers le front de Normandie. Les 11 et 12 juin les unités allemandes se dirigèrent ainsi de Limoges, où elles avaient été regroupées, vers Poitiers lieu du regroupement suivant, avant le départ vers la Normandie. Le trajet de la RN 147, Limoges – Poitiers passait par Bellac. Une unité de la division occupa temporairement la ville dans l’après-midi du 11 juin contrôlant les entrées et les sorties des habitants. Un courrier adressé au maire de Bellac en 1954 par le service allemand sur les dédommagements pour injustices subies du fait du régime nazi (ADIRP 87 op. cit.) au bénéfice d’un de ses compatriotes, Adolf Steinschneider (établi sans doute à partir du témoignage de la femme et de la fille d’Adolf Steinschneider qui résidaient avec lui à Bellac) fournit une version de leur arrestation : « M. Steinschneider et son ami Hans Lauterbach, qui travaillaient dans ce temps en dehors de Bellac, avaient passé le dimanche à la maison et voulaient repartir avant le couvre-feu, qui avait été proclamé pour 21 heures à cause de l’arrivée des Allemands. Or c’est à 20 h 45 lorsqu’ils voulaient passer la route de Limoges au sortir de la rue du Docteur Veteley que les troupes arrivaient à ce moment au même endroit. Comme M. Steinschneider ne s’était pas arrêté sur interpellation des SS, il fut abattu par ceux-ci à coups de crosse et gravement blessé. Dans cet état on le traîna dans une maison pour l’asperger d’eau et ensuite on jeta les deux amis Steinschneider et Lauterbach sur un camion qui les mena en direction de Limoges. Depuis ce temps tous les deux ont disparu ». Les témoignages recueillis après-guerre confirmèrent qu’ils étaient en possession de leurs papiers d’identité et que les Allemands surent le soir même qu’ils avaient affaire à des réfugiés politiques allemands. Ils furent officiellement considérés comme exécutés à proximité de Bellac sans que le lieu de l’exécution ni celui de l’inhumation ait pu être retrouvé. L’hypothèse un temps émise par la famille Steinschneider d’une déportation des deux hommes avec l’ensemble des otages et prisonniers, partis de Limoges le 12 juin 1944 vers Poitiers puis Compiègne ne put être confirmée, leurs noms n’apparaissant pas dans les listes des déportés des convois de l’été 1944. Il resterait à vérifier l’hypothèse, s’ils ont bien été conduits à Limoges, d’une exécution sommaire au Malabre dans la banlieue de Limoges. En effet le 12 juin 1944 à cet endroit en deux lieux différents furent retrouvés 16 corps dont cinq restent à ce jour non identifiés (les 11 autres étant issus d’un groupe de prisonniers faits par une unité de la division Das Reich à Argenton-sur-Creuse).
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Vienne 993W222 et 1081W 239-320 (306) — ADIRP 87 (Archives privées de l’Association départementale des déportés et internés de la Haute-Vienne) dossier Steinschneider — Peter Gaida « Les étrangers en surnombre, les GTE sous le régime de Vichy » thèse Paris 1 – université de Brême 2009, publiée en version abrégée en 2016.

Bernard Pommaret, Michel Thébault.

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